La NBA, la MotoGP, les championnats du monde de hockey ou de cyclisme, le Tour de France ou encore le Top 14. Autant d’immenses événements sportifs reliés entre eux par… leur chronométreur officiel: Tissot. La marque d'horlogerie suisse, créée en 1853 au Locle, fournit des technologies de pointe pour de nombreux sports.
Le Tour de France Femmes n'y échappe, évidemment, pas. Entretien avec Sylvain Dolla, CEO de Tissot animé par cette relation entre l’horlogerie et le vélo, à l'occasion du «Grand Départ Suisse» du Tour, à Lausanne.
Sylvain Dolla, vous êtes citoyen franco-suisse: d’un point de vue personnel, que vous procure ce départ du Tour de France Femmes en Suisse?
Je suis ravi, parce que ça réunit les deux pays que j’aime le plus au monde (sourire). On est dans un cadre extraordinaire, à Lausanne, à côté du lac. Je suis à la maison, dans la plus belle région du monde, à mon avis.
Et en tant que CEO de Tissot, chronométreur officiel de cet événement?
Le Tour de France, c’est l’événement cycliste le plus important du monde, et de loin. C’est unique, sur plus d’un mois en tout, avec les hommes et les femmes. On est partenaire de beaucoup de courses, mais le Tour revêt une importance toute particulière. Donc on est très fier que Tissot soit le fournisseur de technologies et chronométreur officiel.
C’était également une volonté de Tissot de soutenir le retour du Tour de France Femmes et le cyclisme féminin?
Il n’y a pas eu de discussion. On ne fait pas de différence entre le Tour de France Hommes ou Femmes. On amène le même niveau de compétence, les mêmes équipements. Quand vous êtes dans la cabine de chronométrage Tissot et que vous voyez un sprint, que ce soit des hommes ou des femmes, l'émotion est la même.
Le temps est essentiel au Tour de France. Pouvez-vous développer le rapport entre le monde du cyclisme et celui de l’horlogerie?
Ce sont deux mondes qui se nourrissent, qui ont beaucoup de valeurs communes: la performance, la précision, la technologie. Et tout l’aspect de travail qu’il y a derrière. Un cycliste ne fait pas le Tour de France du jour au lendemain, il y a des années d’apprentissage pour arriver à ce niveau-là. C’est pareil pour un horloger, c’est un chemin qui doit s’écrire.
Vous n’êtes pas seulement chronométreur du Tour de France, mais également de la MotoGP, de la NBA ou du championnat du monde de hockey, sans même parler des autres marques du Swatch Group (Longines, Omega). Pourquoi tant d’activités liées au sport?
Nous avons la chance d’avoir Swiss Timing dans notre groupe. C’est vraiment la référence en termes de chronométrage sportif, d’équipements pour chronométrer les plus grands événements du monde.
Tout ce qu’on fait est toujours authentique, basé sur du solide. C’est facile de payer pour mettre un logo, faire un partenariat marketing. Nous, on va bien plus loin, ce sont des années de développement de technologies pour arriver à un niveau d’excellence qui nous permet d’assurer le chronométrage des plus grands événements sportifs du monde.
Et tout cela est donc développé à Corgémont, dans le Jura bernois, c’est ça?
Oui, vous pouvez être fier, quand vous allez voir un match de NBA aux États-Unis, de dire que ça vient de chez nous. On a amené la personne chargée des technologies pour la NBA à Corgémont, lui qui est habitué à aller dans la Silicon Valley, il était halluciné du niveau de compétence que l’on a en Suisse. On peut être très fiers de ça. Au fond du Jura, vous avez Swiss Timing qui fournit les équipements pour les événements sportifs les plus prestigieux du monde.
Vous parlez des technologies de pointe développées. Quelles sont les dernières avancées dans le chronométrage?
On améliore la photo finish d’année en année, pour être capables d’aller à des niveaux de précision bien supérieurs aux standards actuels. C’est un élément essentiel pour les arrivées au Tour de France. Il y a aussi toutes les technologies autour des transpondeurs, qui équipent chaque vélo pour assurer la sécurité, localiser, donner les résultats aux juges. On peut avoir quasiment instantanément les données du peloton sur la ligne.
Avec un niveau de technologie pareil, les couacs peuvent-ils quand même arriver?
Là où on est très forts, c’est qu’on a un système de backup partout. Le Tour de France, c’est très complexe, puisqu’il se déroule à l’extérieur, dans un endroit différent chaque jour. Il faut faire avec les éléments extérieurs: le vent, la pluie.
Pour donner deux exemples lors des championnats du monde de cyclisme. Il y a deux ans à Zurich, il y a eu un problème avec l’électricité. Mais on était connectés sur nos propres génératrices en backup, durant la durée de la panne. Il y a trois ans, à Glasgow, il n’y avait plus de connexion internet dans une descente. Nous, on a pu assurer la mesure du temps avec des systèmes de backup satellites, pour avoir la connexion même où il n’y en avait plus. C’était panique à bord chez tout le monde, mais nous on était sereins. On est très suisse, on veut assurer la perfection. On tend vers cela.
Il y avait hier l’équipe cycliste Festina, aujourd’hui c’est Tudor. Quid d’une équipe Tissot?
Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas notre rôle aujourd’hui. Nous avons un rôle beaucoup plus fort en tant que chronométreur officiel. Ça, c’est le graal au niveau de l’image, de la visibilité, plus que d’avoir une équipe. En plus de cela, nous avons une responsabilité de neutralité, de crédibilité, qui fait qu’on ne veut pas investir dans une équipe, même si on est souvent contactés. Je n’aimerais pas avoir une équipe Tissot et qu’une étape se joue à la photo finish (sourire).
Le peloton est-il féru de montres?
Bien sûr, l’horlogerie touche le peloton par sa précision, sa performance, ses matériaux. Il y a beaucoup d’émotionnalité autour d’une montre. Quand vous êtes cycliste, avoir une belle montre, c’est un peu prolonger la compétition et l’amour du vélo.