Gregor Deschwanden a remporté de manière sensationnelle le bronze olympique en Italie, écrivant ainsi une page de l’histoire du saut à ski suisse. Tandis que le Lucernois se réjouissait de ce succès, son coéquipier Remo Imhof dresse depuis la Suisse un constat accablant: «La lutte pour les Jeux olympiques m’a brisé».
Imhof s’est retrouvé en concurrence avec six autres sauteurs pour trois places de départ. Cette rivalité interne – notamment face au vétéran Simon Ammann (44 ans) – l’a mis sous une telle pression qu’il ne se reconnaissait parfois plus lui-même. «J’ai perdu le plaisir du saut à ski. Mon humeur a été très mauvaise pendant des semaines.»
Un talent écarté
Au printemps dernier pourtant, beaucoup de choses semblaient prometteuses pour le natif de Muotathal. Les sauts étaient bons, les progrès au rendez-vous. Mais avec les premières compétitions, la fluidité a disparu. «C’était comme un enfant qui savait déjà marcher, mais qui se met soudain à tomber sans cesse. C’était extrêmement frustrant.»
Plus il s’acharnait, plus il s’éloignait de sa meilleure forme. Mais Imhof n’était pas le seul à douter. «L’ambiance dans l’équipe était globalement très tendue. Nous nous entendions encore bien, mais la situation était loin d’être idéale.»
À cela se sont ajoutées des décisions du staff qui ont suscité de l’incompréhension. Imhof a parfois eu le sentiment d’être écarté. «J’avais l’impression, au vu de mes performances, d’être prêt pour un rôle plus important. Mais à plusieurs reprises, je n’ai pas été retenu. Cela m’a déçu.»
Des éloges pour le vétéran Ammann
Et comme si la pression n’était pas déjà suffisante, la malchance s’en est aussi mêlée. Peu après Noël, Imhof a souffert d’une intoxication alimentaire. «Rien ne s’est déroulé comme prévu», dit-il avec le recul. Malgré la rude concurrence, Imhof n’a que des mots élogieux pour son coéquipier de longue date Simon Ammann. «Il a été un soutien immense dans l’équipe. C’était vraiment un plaisir d’être avec lui.»
Le quadruple champion olympique s’est comporté de manière exemplaire lors de la lutte pour aller aux Jeux. «J’espère qu’il va continuer. C’est incroyable depuis combien de temps il évolue à ce niveau et tout ce qu’il apporte à ce sport. C’est une immense source d’inspiration.»
La médaille olympique donne de l’élan à Imhof
Ces dernières semaines, Imhof a commencé à digérer la phase la plus difficile de sa carrière jusqu’ici. Il a analysé en détail la course aux JO et remis de l’ordre dans ses émotions. Il en tire une conclusion claire: «J’ai mal interprété beaucoup de choses et je ne veux donc faire de reproche à personne. Je dois simplement faire preuve de plus de patience. C’est un processus».
Un processus que Gregor Deschwanden, 35 ans, a déjà traversé avec succès. Pendant des années, lui aussi a dû faire face aux revers et aux doutes, avant de décrocher le bronze olympique en Italie. «Je suis très heureux pour lui», déclare Imhof, qui a lui aussi retrouvé de la confiance grâce à ce succès.