Une victoire dans le contre-la-montre et trois étapes en jaune. Et la première Suissesse à remporter le Tour de France? Non. Marlen Reusser (34 ans) aurait pu entrer dans l’histoire du sport suisse. Distancée lors de la dernière étape, la Bernoise chute ensuite et se traîne péniblement jusqu’à l’arrivée. Puis elle fond en larmes à Nice.
Au lieu de monter sur le podium, elle se retrouve dans le no man’s land du classement général, à la 14e place. La championne du monde du contre-la-montre 2025 et triple vainqueure du Tour de Suisse (2023, 2025, 2026) ne souhaite pas s’exprimer immédiatement après la course.
«J’ai d’abord dû remettre un peu d’ordre dans ma tête, physiquement et mentalement», explique-t-elle le lendemain. Sur le chemin de son appartement en Andorre, elle s’arrête dans une station-service française et prend le temps d’échanger en visioconférence avec quelques journalistes.
Marlen Reusser, vous avez sans doute passé une nuit difficile...
Marlen Reusser: Je n’ai pas très bien dormi. Cela aurait d’ailleurs été étonnant. Je ne me suis couchée qu’à 2 heures du matin. J’avais énormément de choses qui me trottaient dans la tête. Et les blessures physiques n’arrangent évidemment rien. C’est la vie.
Dimanche, vous avez fait une lourde chute, mais il n’y a pas eu d’images télévisées. Que s’est-il passé?
J’ai heurté un nid-de-poule dans un virage et le guidon m’a échappé des mains.
Comment cela a-t-il pu arriver ?
Mes gants étaient mouillés et j’ai été éjectée de mon vélo. J’ai pris un sacré choc à la hanche et je suis également tombée sur l’asphalte, avec la poitrine et la tête. Mais j’avais déjà été distancée dans la montée. Ce n’est donc pas cette chute qui m’a empêchée de monter sur le podium.
Avez-vous envisagé d’abandonner?
Je me suis dit: «Autant arrêter maintenant.» Mais mes coéquipières m’ont tellement soutenue que j’ai continué. C’était presque un chemin de croix. C’est vraiment, vraiment dommage. Je suis désolée pour tout le monde.
Cela ressemblait-il à ce que vous aviez vécu aux Championnats du monde 2023 à Glasgow, lorsque vous aviez abandonné le contre-la-montre?
Pas du tout. Ce sont deux situations complètement différentes. À l’époque, je n’étais pas tombée, mais je n’avais simplement plus envie de continuer. Je ne voulais absolument pas aller à Glasgow, je l’avais fait pour les autres et, pendant la course, je me demandais diable j’étais là. Cette fois, j’étais toute proche de gagner le Tour et j’étais extrêmement motivée.
Vous dites que la chute n’a pas été déterminante. Alors, qu’est-ce qui l’a été?
Lors de l’avant-dernière étape, avec l’arrivée au Mont Ventoux, j’ai atteint des niveaux de puissance que je n’aurais jamais cru pouvoir atteindre. Le lendemain, j’étais complètement à bout. J’avais un problème à la jambe gauche. Il s’est avéré que ma répartition de la force était déséquilibrée: 45% à gauche, 55% à droite. Mon pédalage n’était pas fluide. C’était très décevant.
Vous aviez déjà rencontré un problème similaire lors du Giro, n’est-ce pas?
Exactement. À l’époque, c’était la conséquence de ma chute au Tour des Flandres. Mais cette fois, nous ne savons pas d’où cela vient. Même les médecins et les kinésithérapeutes n’en ont aucune idée. C’est extrêmement frustrant.
Avez-vous trop forcé au Mont Ventoux et payé vos efforts le lendemain?
Je pensais que cela coûterait encore plus cher à Demi Vollering (la future vainqueure, ndlr). Elle a mieux récupéré. C’est peut-être mon point faible: il est possible que certaines coureuses soient plus efficaces que moi en matière de récupération après huit ou neuf jours de course. Mais il est aussi possible que la situation soit beaucoup plus complexe que ce que nous sommes capables de comprendre. Nous allons chercher une solution, mais pour l’instant, nous ne savons même pas par où commencer.
La victoire d’étape et ces trois jours en jaune ne sont-ils pas une consolation?
Pas pour l’instant. Je sais que c’est exceptionnel et que c’est une belle étape supplémentaire…
Mais?
Cela fait pourtant longtemps que je fais du vélo, que je m’entraîne aussi dur, que je donne tout et que je suis performante. Et malgré tout, il y a toujours quelque chose. Je me demande: quel est donc mon problème? Qu’est-ce que nous devons faire? C’est extrêmement frustrant.
Les Championnats du monde au Canada, fin septembre, constituent le prochain grand objectif de la saison...
Absolument. Mais pour l’instant, je suis contente de pouvoir faire une pause. Elle ne sera certes pas très longue (sourire). Dans une semaine, j’ai déjà des essais en soufflerie.