Une victoire «légendaire». En remportant pour la seconde année consécutive la Ligue des champions de l’UEFA, le Paris Saint-Germain (PSG) vient d’écrire un chapitre de l’histoire du football français dont personne ne peut contester l’importance. Cette équipe est désormais considérée comme l’une des meilleures au monde. Son entraîneur a réussi à allier discipline, sens du collectif et réussite sportive. Ses joueurs se serrent les coudes et ne semblent pas obnubilés par leur image ou leur réussite personnelle. Avec, en prime, des matchs magnifiques, même si la finale contre Arsenal, remportée aux tirs au but, n’a pas offert le spectacle espéré.
Tout cela est ce que le PSG, ce club parisien créé en 1970 et possédé depuis 2011 par le fonds souverain de l’émirat du Qatar, vient d’offrir à la France. Ce n’est, a priori, que du sport. Mais c’est en réalité beaucoup plus. La finale PSG-Arsenal a été regardée dans le monde entier, tout comme le retour à Paris des joueurs, fêtés au Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel, avant de rejoindre le palais présidentiel de l’Élysée, puis leur stade, le Parc des Princes. La réussite footballistique est saluée par tous les experts, convaincus que ce club richissime a enfin su tourner la page des années «bling-bling» pour devenir l’égal des plus grands clubs européens. La réussite marketing, qui profite à la capitale française dont le PSG porte le nom, est également indéniable. Ce qui, à l’heure des images, des réseaux sociaux et du sport mondialisé, vaut de l’or en termes de publicité et d’attractivité.
La méthode PSG
Il y a toutefois, pour la France, à la veille d’une campagne présidentielle synonyme de grand remue-ménage politique et démocratique, trois autres leçons à tirer de ce succès historique.
La première est la méthode «Enrique». L’entraîneur espagnol du PSG, en misant sur de jeunes joueurs et en leur inculquant le sens de l’équipe, a transformé ce club dont tout le monde, jusqu’alors, ne connaissait que les individualités les plus saillantes. Les candidats à la présidence de la République devraient-ils le consulter? Le rencontrer? L’écouter? Pourquoi pas. Même si le football n’est pas la vraie vie, ce sport collectif demeure une formidable école de sociabilité. À quand une «master class» du coach – et pourquoi pas de ses joueurs – à l’intention de la jeunesse française?
Savoir qui est dans la rue
La seconde leçon est l’absolue nécessité d’analyser, de décrypter et de répondre aux vagues d’incivilités insupportables qui accompagnent les succès du club. Il ne suffit pas d’écrire, comme je l’ai fait, que Paris faisait peur dans la nuit victorieuse, au vu du déferlement de jeunes munis de mortiers et prêts à casser. À un an de leur grand rendez-vous électoral, les Français doivent savoir qui sont ces jeunes qui, partout dans le pays, ont fêté cette seconde Coupe d’Europe dans une exubérance aussi violente qu’inquiétante.
Il ne suffira pas d’aller, demain, dans les tribunaux pour assister aux comparutions immédiates. Il faut se poser la question des familles, de l’entourage social, de l’itinéraire de ces fans qui se transforment en hordes cagoulées. Qui sont-ils? Des sociologues, des spécialistes des quartiers et des élus doivent enquêter. Le PSG s’honorerait de financer une telle étude, puis de la rendre publique. Les Français ont besoin de comprendre, pour éviter les clichés, les rumeurs et les accusations. Mais aussi, et surtout, pour regarder la vérité en face.
L’ordre indispensable
Troisième enseignement de cette victoire: l’exigence de l’ordre, surtout si le PSG reste au parc des Princes comme le souhaite le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire. Rien n’est plus dangereux, dans une démocratie, que d’excuser les atteintes aux biens collectifs au nom de la «fête». Le pire serait que la France et sa capitale s’habituent aux violences émeutières «parce que c’est le PSG». L’exemple des Jeux olympiques réussis de 2024 est souvent cité. L’ordre républicain, cette expression chère au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, doit être respecté.
Surendettée, sans marge de manœuvre budgétaire, confrontée à un modèle social et d’intégration à l’évidence en fin de course, la France ne peut pas, une nouvelle fois, compter sur une hypothétique révolution pour se réformer enfin. C’est d’un sursaut gagnant dont elle a besoin. Ce sursaut que le PSG incarne, avec sa seconde étoile.