Une détestable nuit de folie soi-disant footballistique. Une nuit que les Parisiens voudraient oublier et dont beaucoup redoutent les conséquences pour leur ville, pour son image et pour celle de la France à l’étranger. Une fois de plus, comme le 31 mai 2025 au soir de la première victoire en Ligue des champions du Paris Saint-Germain, Paris a brûlé. Littéralement. Pas partout, certes. L'immense majorité de la capitale est restée calme, ponctuée par les explosions de pétards et les crise de joie. Le déferlement de violence n'a, en revanche, pas pu être enrayé dans les quartiers où les supporters ont déferlé, alors qu'un très important dispositif policier y avait pourtant été déployé: près de 8000 agents des forces de l’ordre pour la capitale française et sa périphérie!
Mais rien n’y a fait. Le succès remporté aux tirs au but par le PSG contre Arsenal à Budapest (Hongrie) s’est transformé en «baston» généralisée et en courses-poursuites entre policiers motorisés et bandes de jeunes jusqu’aux petites heures du matin, principalement dans l’ouest parisien, près des Champs-Elysées, mais aussi du côté de la place de la République ou de la Bastille. Et la peur est palpable, ce dimanche, avec le retour de l’équipe parisienne qui doit être fêtée au Champ-de-Mars et reçue au palais de l’Elysée par Emmanuel Macron.
Le rôle du Qatar
Pourquoi Paris brûle-t-elle ainsi chaque soir de victoire du PSG, ce club possédé par l’un des Etats les plus riches du monde, l’émirat du Qatar, dont l’ambassade en France fait face à l’Arc de triomphe, en haut des Champs-Elysées qui, ce week-end, ressemblent à une avenue fantôme avec toutes les façades des magasins recouvertes de grilles et de planches de bois installées à la hâte? Oui, pourquoi?
Je me suis posé la question toute la soirée d’hier, au milieu des hordes de jeunes supporters déchaînés, trop heureux de narguer les forces de police, de casser sur leur passage et surtout de tirer des mortiers et des pétards à l’effet sonore maximal.
Pourquoi? Car cette violence n’était dirigée contre personne, sinon contre la police et ses brigades motorisées. Peu d’animosité envers les journalistes. Beaucoup de chahut contre les véhicules et scooters en approche, souvent encerclés par des grappes de jeunes, mais peu de vols ou de bousculades. Des cavalcades dans les rues lorsque les gaz lacrymogènes commencent à pleuvoir. Des abribus détruits. Des feux rouges et des panneaux de signalisation arrachés ou tordus. Des voitures sur lesquelles on tape à pleines mains. Des pillages? Pas là où je me trouvais. Plutôt, de la part de ces prétendus fans, l’envie de démontrer que Paris leur appartient. Qu’ils peuvent tout faire. Que rien ne peut les arrêter.
Les mineurs et les émeutes
J’ai souvent lu que beaucoup de mineurs participent à ces émeutes. Je l’avais constaté lors des comparutions immédiates après la mort du jeune Nahel, le 27 juin 2023, suivie de plusieurs nuits de violences. Difficile à dire après ce samedi de folie. Beaucoup de très jeunes dans cette foule bigarrée? Oui. Mais pas seulement des adolescents, loin s’en faut. Beaucoup de jeunes originaires des quartiers populaires métissés de Paris, de sa banlieue ou de province? Oui, à l'image de la population que l'on rencontre dans les transports en commun de la capitale française. Des hommes? Pas uniquement. De nombreuses jeunes femmes étaient venues immortaliser leurs «potes» en train de tirer des feux d’artifice, de secouer une voiture ou d’essayer de descendre sur le boulevard périphérique parisien.
Un cirque plus qu’une révolution. Objectif: narguer la police, braver les caméras de surveillance, se tenir prêts, à la moindre occasion, à piller peut-être des magasins aux vitrines fracassées. J’ai vu des centaines de jeunes en cagoule noire. Ils se masquaient le visage à l’approche des policiers. Puis ils couraient comme des dératés à la première charge. Il y a eu des blessés parmi les forces de l’ordre. Près de 500 personnes ont été interpellées. Elles seront sans doute nombreuses à revenir ce dimanche au Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel.
«La France s’est accoutumée aux violences émeutières», écrit ce dimanche 1er juin l'analyste politique Jérôme Fourquet dans «Le Figaro». C’est aussi mon impression, à deux nuances près.
La première est policière: comment expliquer que les autorités continuent d’autoriser l’accès aux Champs-Elysées, même piétonnisés? Comment expliquer que l’on autorise le PSG à remplir le Parc des Princes (50'000 places) de spectateurs payants venus regarder la finale sur écran géant sans assurer pleinement la sécurité du périmètre? Pourquoi la police ne filtre-t-elle pas davantage les stations de métro dans les quartiers sensibles de Paris et de sa banlieue?
J’ai vu le visage déconfit de l’ancienne maire du 8e arrondissement de Paris (celui des Champs-Elysées), Jeanne d’Hauteserre, lorsqu’elle m’a expliqué combien de fois elle avait demandé, en vain, la fermeture de la plus belle avenue du monde. Refus des autorités. Sérieusement? Qu’en est-il alors des ambitions de faire des Champs-Elysées l’avenue la plus luxueuse d’Europe?
La nuance policière
Ma seconde nuance porte sur la foule de jeunes en question. Incontestablement, il y avait des casseurs et nombre d’entre eux voulaient en découdre avec la police. Etait-ce la majorité? Non, ce n’est pas ce que j’ai observé. Ceux que j’avais devant moi trouvaient simplement normal de foutre le «b... », d’incendier des poubelles, comme on adresse un doigt d’honneur aux caméras.
Il y a une part de rite dans cette jeunesse française-là. J’ai vu des filles, toutes couleurs de peau confondues, faire poser des lascars torse nu, pectoraux exhibés, devant du mobilier urbain détruit. Ceux qui y voient aussitôt la «nouvelle France» de Jean-Luc Mélenchon, issue de l’immigration, feraient bien de venir sur le terrain, dans les rues, puis dans les palais de justice au lendemain des émeutes.
Beaucoup de ces émeutiers sont professionnellement intégrés. Ils travaillent. Ils veulent se défouler. Ils se croient simplement tout permis. Bien sûr, la violence de fond existe, avec la part d’ombre du trafic de drogue endémique, la banalisation des agressions contre les symboles de l’Etat et la perte du sens commun. Paris brûle parce que le système français ne sait plus générer l’autodiscipline sociale indispensable.
Drapeaux algériens
J’ai vu deux drapeaux algériens brandis par des automobilistes. Pourquoi? Pour défier la France? J’ai vu aussi des drapeaux français et beaucoup de drapeaux du PSG, dont la plupart des joueurs, faut-il le rappeler, viennent de l’étranger ou sont issus de l’immigration.
Paris brûle parce que ces émeutes sont une manière de dire: «Nous existons, nous pouvons à n’importe quel moment foutre le bazar, nous sommes les champions.»
Champions de quoi? On verra ce dimanche si les joueurs du PSG auront le courage d’appeler au calme leurs supporters, voire de les réprimander pour leurs débordements.
Car, pour l’heure, ce club de football, désormais le plus titré de France et possédé par un pays étranger, est en train de devenir l’abcès d’une République déboussolée.