Ils ont peur. Ils fermeront leur terrasse et leur café à partir de 16 heures, ce samedi 30 mai. Les employés du «Trois Obus», l’une des principales brasseries de la porte de Saint-Cloud, à l’ouest de Paris, avouent leur ras-le-bol au premier client venu. Juste en face, de l’autre côté du boulevard périphérique, se trouve le Parc des Princes, le stade du Paris Saint-Germain.
En théorie, tout le quartier devrait être en fête à quelques heures de la finale de la Ligue des champions de l’UEFA entre le Paris Saint-Germain et Arsenal, à Budapest, à partir de 18 heures. La réalité? Des planches que l’on cloue sur les façades. Une dizaine de cars de policiers déjà déployés pour faire barrage aux casseurs en avance sur l’événement. Une exaspération des riverains face à ceux qu’ils nomment désormais ouvertement les «barbares».
Ce qui ne marche plus
Le «Trois Obus» est l’exemple de ce qui ne marche plus en France les soirs de passion footballistique. Ce café est dédié au sport. Chaque jour de la semaine, en temps normal, ses écrans diffusent des compétitions, et beaucoup de football. Les tables en terrasse sont même à l’effigie des plus célèbres joueurs français. Tout est réuni, normalement, pour que ce lieu soit le QG du bonheur du ballon rond. Mais, dans les faits, rien à voir.
Il y a pile un an, le 31 mai 2025, des hordes de supporters déchaînés ont envahi la porte de Saint-Cloud et sont même descendus sur le périphérique, cette autoroute qui ceinture Paris, pour arrêter les voitures. Le chaos s’est installé. Les Champs-Élysées ont à nouveau été le théâtre de pillages. Des vitrines ont été fracassées. Une révolution? Non. Le fait de quelques centaines de jeunes déterminés, souvent descendus de banlieue pour «la baston». D’où ce terme de «barbares» que la presse française utilise aujourd’hui, tout en encensant le club de football qui draine avec lui une telle dose de violence incontrôlée.
Le Paris Saint-Germain est, de longue date, connu pour compter des supporters violents. Pas tous, loin s’en faut. Dans les rues de Paris, près de la grande fan zone du Champ-de-Mars, l’esplanade de la tour Eiffel, des dizaines de jeunes et moins jeunes, revêtus du maillot aux couleurs du club, se préparent à passer la soirée devant les écrans géants. Marie est une supportrice de longue date du club, à nouveau sacré champion de France en 2026. Elle cite de mémoire ses joueurs préférés, dont son buteur fétiche, le Ballon d’or Ousmane Dembélé.
«Rien à voir avec eux»
«Nous n’avons rien à voir avec ces barbares. Eux viennent pour casser. Ils se préparent pour ça. C’est un rituel désastreux pour Paris et son image», nous dit-elle, attablée à un café rempli de touristes face à la Seine.
Des «barbares»? Le terme a été utilisé le 17 mai dans un éditorial de Bruno Jeudy, directeur de l’hebdomadaire La Tribune Dimanche. Dans son texte, le journaliste désignait les narcotrafiquants et les gangsters qui kidnappent les investisseurs en cryptomonnaies. Sauf qu’une autre catégorie s’y ajoute : celle des casseurs.
À la suite de la finale remportée par le PSG le 31 mai 2025 contre l’Inter Milan, 563 personnes ont été interpellées et 376 placées en garde à vue. Rien qu’à Paris, 491 interpellations et 323 gardes à vue ont été dénombrées. Tout a été mis en œuvre, dans la foulée de cette nuit de violences, pour identifier les auteurs. Les téléphones portables ont été passés au crible. Les images des caméras de surveillance ont été disséquées.
Résultat: des dizaines d’individus sans casier judiciaire, parfois sans antécédents, ont été pris dans les mailles du filet ou arrêtés en flagrant délit. Magasins pillés, véhicules incendiés, barrières et vélos jetés sur le périphérique, projectiles lancés contre les forces de l’ordre: les faits sont nombreux. Parmi les auteurs, beaucoup de mineurs, d’autant plus résolus que la justice française les relâche souvent avec des peines minimales. Les sanctions? Principalement de la prison avec sursis et des amendes de 500 à 1000 euros. De quoi nourrir l’amertume des forces de l’ordre, comme le raconte l’ancien commissaire Jean-Pierre Colombiès dans son livre «La Face obscure de la police» (Éd. Max Milo), tout juste publié.
Comparutions immédiates
Des «barbares»? À l’énoncé des audiences en comparution immédiate de juin 2025, et au vu des faits commis, le terme paraît approprié. Exemple: un homme de 24 ans était jugé pour violences sur un policier sans incapacité de travail. Quatre hommes, âgés de 18 à 20 ans, comparaissaient pour le vol avec effraction en réunion dans un magasin de vêtements. L’un d’eux avait asséné un coup de tête à la victime avant de s’opposer à son interpellation. Autre cas: deux coups de poing portés au visage d’un policier avant le pillage d’un magasin de deux-roues.
Et la justice? Après la première Ligue des champions remportée par le PSG, le ministre de la Justice avait dénoncé des condamnations qui n’étaient, selon lui, «plus à la hauteur». Il avait aussitôt avancé plusieurs propositions: suppression des aménagements de peine obligatoires, limitation du sursis et instauration de peines minimales une fois la culpabilité reconnue. Le Premier ministre de l’époque, François Bayrou – contraint de démissionner en octobre suivant –, avait lui aussi plaidé pour des «peines minimales» de prison face à «l’exaspération» des Français.
Résultat: la réponse demeure avant tout policière. Quelque 22'000 policiers et gendarmes seront déployés ce samedi, dont 8000 agents spécifiquement chargés de sécuriser Paris et sa banlieue, soit deux fois plus qu’en 2025