Ursula von der Leyen est médecin. Elle s'y connaît en matière de diagnostics. Son audit des défis et des menaces auxquels l'Union européenne fait face en 2026 était donc juste, lors de son discours annuel sur l'état de l'Union au Parlement de Strasbourg, ce mercredi 16 septembre.
Revitaliser d'urgence l'économie communautaire et son grand marché, équiper les armées européennes d'armes non américaines, avancer vers une association avec le Canada, investir massivement pour acquérir une capacité européenne en matière d'intelligence artificielle qui ne nous condamne pas à finir ligotés par les géants de la tech américains ou chinois... Que dire? La Suisse pourrait signer au bas de la page. Merci pour ce moment!
Un moulin à promesses
Le problème est que les promesses n'engagent, comme aimait le répéter le président français Jacques Chirac, que ceux qui les croient. Or, l'Union européenne est devenue un moulin à annonces. Une machine bureaucratique incantatoire. Une sorte de lanceur d'alerte éléphantesque.
Or, c'est aux questions simples, très simples, qu'il faut répondre d'urgence, surtout face à une administration Trump qui tire dans tous les sens et dégaine plus vite que son ombre, au risque d'être retoquée ensuite, comme sur les droits de douane. Quand? Comment? Combien?
La Commission européenne n'est, pour rappel, pas un organe consultatif. Elle n'est pas un think tank. Certes, et il faut le répéter, les 27 États membres ont toujours le dernier mot. Mais elle a des instruments et doit dégager des priorités. Ukraine? OK. Russie? OK. Chine? Trump? OK. Numérique? OK. Croissance économique et investissements? Mille fois OK, car c'est de ceux-ci que tout dépend. Le moment est venu de faire le tri. Le reste, tout le reste, peut et doit attendre.
Empêtrée dans ses règles
Une Union européenne empêtrée dans ses textes juridiques, oublieuse de ses propres règles qu'elle doit d'abord faire appliquer (par exemple le Digital Services Act sur les services numériques) et de ses priorités, ne fait qu'alimenter le mécontentement populaire et le scepticisme envers le projet communautaire.
À quand un indicateur mensuel (oui, mensuel) des actions initiées pour transformer les promesses de ce discours en actes? À quand un rappel public (oui, public) des obstructions de tel ou tel État? À quand un rappel à l'ordre ferme (désolé pour la France) sur l'impérative nécessité de tenir ses finances en ordre et d'investir massivement pour l'avenir?
Un médecin est toujours jugé sur ses résultats. Lesquels peuvent être décuplés si le patient a confiance et que tous deux luttent de concert pour vaincre la maladie. Ursula von der Leyen, elle, se comporte en pharmacienne sans médicaments. Elle liste les remèdes qu'il faut trouver. Elle nous saoule de promesses. Au risque d'une gueule de bois massive qui augmentera encore l'europhobie ambiante.