L'UE doit absolument réagir aux défis et aux menaces en provenance des États-Unis, de la Russie et de la Chine. C'est autour de ce constat géopolitique implacable que la présidente de la Commission européenne a construit son «discours annuel sur l'état de l'Union», prononcé ce mercredi 16 septembre au Parlement de Strasbourg.
Fait marquant: le Premier ministre du Canada, Mark Carney, était présent dans l'hémicycle strasbourgeois. Il s'exprimera devant les eurodéputés jeudi 17 septembre. Que retenir du discours de celle que tout le monde surnomme «VDL»? Avant tout, une promesse de ne plus subir et d'être offensive sur ces cinq fronts. Crédible?
Défendre l'indépendance européenne
«L'Europe a besoin de son propre manuel contre les menaces hybrides. Nous devons trouver d'urgence un consensus sur le mode opératoire à adopter face à certains incidents; ceux qui, sans être des agressions armées, menacent éminemment notre sécurité nationale», a affirmé Ursula von der Leyen. «L’Europe dispose de son propre article 4, ou d’un protocole de sécurité d’urgence. En cas de déclenchement par un État membre, tous les États membres se réuniraient afin de coordonner une réponse européenne, d’empêcher toute nouvelle escalade et d’atténuer les conséquences.»
Soit. Mais cela suppose un nouveau traité européen, des négociations, etc. De retour du Groenland, territoire sous souveraineté du Danemark menacé par l'administration Trump, la présidente de la Commission est restée floue sur les ripostes concrètes. «Notre projet est clair. Il est de construire une Europe indépendante qui a le pouvoir d’agir», a-t-elle poursuivi. (…) «Le sort de l’Europe doit rester aux mains des Européens.» Qui pourrait dire le contraire, même au sein des partis souverainistes hostiles à l'intégration communautaire, forts d'environ 200 eurodéputés sur 720?
Aider l'Ukraine et le Canada, alliés européens
«Nous allons renforcer la défense aérienne de l’Ukraine. La semaine dernière, nous avons pour la première fois approuvé l’achat de missiles de défense américains Patriot pour Kiev. Il faut à présent que ceux-ci soient livrés d’urgence», a promis Ursula von der Leyen.
Nouveauté: le réarmement autonome des pays de l'UE, notamment pour contrer les menaces russes, passera par l'Ukraine: «Nous devons aussi réduire ensemble notre dépendance à un fournisseur unique (les États-Unis) », a-t-elle complété. «C’est pourquoi nous voulons développer avec l’Ukraine un système de défense antimissile modulaire et d’un coût abordable.»
D'accord, mais quand et à quel prix? Le coup d'éclat géopolitique de ce discours est une autre promesse, faite au Canada, appelé à devenir «un État associé à l'UE», sans que les modalités soient précisées. Pour rappel, l'Union a ouvert en juin 2026 le premier groupe de chapitres dans le cadre des négociations d'adhésion avec l'Ukraine et la Moldavie. Il faut avoir bouclé 35 chapitres répartis en six groupes avant de pouvoir intégrer l'Union.
Réparer une économie en panne
Sans une économie prospère et innovante, l'Union européenne court vers l'abîme et risque de perdre le soutien de ses peuples. Ce que confirment tous les sondages, même si 75% des citoyens de l'Union européenne considèrent l'UE comme un « espace de stabilité dans un monde troublé», selon le dernier sondage Eurobaromètre de juin 2026.
Or, que faire? Appliquer les rapports Letta et Draghi sur le marché européen, remis respectivement en avril et septembre 2024! C'est là que le bât blesse, et von der Leyen n'a rien annoncé de nouveau. «Notre priorité numéro un est de donner un nouvel élan à l’économie européenne», a-t-elle répété.
Son discours a repris les poncifs: achever le marché unique, réduire les obstacles administratifs, accélérer les permis et les investissements, mieux mobiliser l'épargne européenne, faire adopter un «pacte contre la surréglementation» pour réduire de près de 17 milliards d'euros par an les charges administratives qui pèsent sur les entreprises. La seule question à laquelle elle n'a pas répondu est pourtant simple: quand?
Affronter la Chine
Ursula von der Leyen est allemande. Elle a été ministre de la Défense dans les gouvernements d'Angela Merkel. Elle a grandi politiquement dans la soumission à l'OTAN, l'Alliance atlantique dominée par les États-Unis. Elle peine toujours à affronter Donald Trump et tout le monde se souvient qu'elle avait accepté, le 28 juillet 2025, de se rendre sur le golf privé de Donald Trump en Écosse — sur le territoire du Royaume-Uni, sorti de l'UE — pour signer le fameux accord sur les droits de douane!
Rien de neuf dans son discours de 2026. La présidente de la Commission a préféré cibler la Chine. «VDL» a chiffré le déficit commercial européen avec la Chine à 1 milliard d'euros par jour. Elle estime que le «second choc chinois» se manifeste déjà par la désindustrialisation de certains bassins industriels européens. Pour y répondre, l'UE doit, selon elle, utiliser ses instruments pour rééquilibrer la relation et réduire sa dépendance, qui dépasse 80% envers la Chine pour plusieurs matières premières critiques. Mais là aussi: comment y parvenir?
Éviter le précipice numérique
L'intelligence artificielle ne doit pas être l'ennemie de l'Europe. Elle peut encore être le «fondement de notre économie et de notre sécurité», a affirmé Ursula von der Leyen. Celle-ci reconnaît les risques des modèles les plus avancés — piratage, modèles capables d'auto-amélioration, agents autonomes — et défend le règlement européen sur l'IA comme un garde-fou.
Elle propose aussi une coopération avec le Canada et le Royaume-Uni sur l'évaluation des modèles, la sécurité et l'alerte précoce. Mais elle a surtout parlé d'argent, en promettant une augmentation massive des capacités informatiques européennes et de nouveaux financements publics et privés en faveur des entreprises technologiques européennes. Combien de milliards pour éviter que l'UE tombe dans le précipice et le piège numérique que lui tendent les États-Unis et la Chine? Pour rappel, le rapport Draghi réclamait 800 milliards d'euros d'investissements par an. On en est loin. Très loin.