Urs Rohner a quitté sa villa de luxe pour un appartement de 5,5 pièces
L'optimisation fiscale tout à fait légale de l'ex-président de Credit Suisse

L'ex-président de Credit Suisse possède une villa dans le canton de Zurich, mais vit depuis 2021 dans un immeuble à Schwyz. Son cas illustre parfaitement les conséquences de la concurrence fiscale entre cantons.
Publié: 12.02.2023 à 16:56 heures
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Urs Rohner, ancien président du conseil d'administration de Crédit Suisse et sa partenaire Nadja Schildknecht, cofondatrice du Festival du film de Zurich.
Thomas Schlittler

À l’automne 2019, la filature du banquier de haut niveau Iqbal Khan, qui était sur le point de passer de Credit Suisse à l’UBS, a fait la une des journaux du monde entier. Pour Credit Suisse et Urs Rohner, alors président de son conseil d’administration, ce scandale a marqué le début d’une spirale négative sans fin.

Au même moment, «un couple connu de l’économie suisse» présentait dans le magazine «Homes» sa «maison de rêve» près de Zurich. Le portail financier «Inside Paradeplatz» a rapidement découvert à qui appartenait cette «oasis de verdure»: à Urs Rohner et à sa partenaire Nadja Schildknecht, cofondatrice du Festival du film de Zurich.

Nadja Schildknecht a décrit en détail dans l’article comment elle a fait rénover la «maison insignifiante des années 1960» selon ses idées. En raison des nombreuses modifications, la transformation a finalement été «presque aussi coûteuse qu’une nouvelle construction» et a duré environ un an.

Le jeu en valait la chandelle. Le résultat, avec piscine, sauna et pavillon de fitness dans le jardin, a pleinement satisfait le couple. «La maison correspond exactement à nos besoins et nous considérons que c’est un grand luxe de pouvoir vivre ainsi», a déclaré Nadja Schildknecht en octobre 2019.

Bonheur résidentiel de courte durée

Le bonheur n’a toutefois pas duré bien longtemps. Moins de deux ans plus tard, à l’été 2021, Urs Rohner et sa conjointe ont quitté leur villa de la commune de Zumikon pour s’installer de l’autre côté du lac de Zurich, dans un immeuble d’habitation de la commune de Freienbach, dans le canton de Schwyz.

La vue depuis le balcon de l’appartement de 5,5 pièces doit être satisfaisante. Mais le nouveau domicile est loin d’être une oasis de verdure. Les quelques brins d’herbe qui subsistent ici risquent d’être bientôt victimes d’un autre lotissement, pour que ce paradis fiscal dispose de quelques places supplémentaires.

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Urs Rohner profite en effet de la clémence du fisc schwytzois. Son temps en tant que président de Credit Suisse, payé royalement, s’est certes achevé de manière peu glorieuse au printemps 2021, mais le juriste avait accumulé une belle fortune auparavant.

De plus, il exerce toujours des mandats lucratifs, par exemple auprès du groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline ou chez Investcorp, un fonds d’investissement du Bahreïn. À cela s’ajoute sa propre entreprise de conseil, qu’il a fait enregistrer à l’été 2021.

Urs Rohner dément toute optimisation fiscale

Le financier conteste avec véhémence que son déménagement à Freienbach ait été effectué pour économiser des impôts. Il a déclaré à Blick: «Jamais de ma vie je n’ai choisi mon domicile en fonction de considérations fiscales.» La raison de ce changement de domicile serait une nouvelle transformation à Zumikon. Ces travaux ont rendu la maison inhabitable et, depuis leur départ, ni lui ni sa compagne n’y ont donc passé la nuit. Par ailleurs, Urs Rohner fait remarquer qu’il a déjà vécu longtemps dans le canton de Schwytz dans les années 2000 et que sa compagne et lui s’y plaisent beaucoup.

Il n’y a aucune raison de douter de ces déclarations. Néanmoins, il n’est pas exclu que l’administration fiscale zurichoise frappe un jour à la porte d’Urs Rohner en raison de son changement de domicile. Des jugements de tribunaux montrent que les changements de domicile fiscal sont parfois remis en question par les autorités, même lorsqu’il est prouvé qu’un déménagement a eu lieu. Le danger menace particulièrement lorsque les contribuables ne déplacent pas complètement le centre de leur vie professionnelle et privée vers leur nouveau domicile ou retournent dans leur ancienne commune après une période relativement courte.

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Encore bien présent à Zurich

Un avocat et expert fiscal zurichois, qui élabore des solutions d’optimisation fiscale pour des individus fortunés, indique à ce sujet: «Pour être absolument sûr de ne pas avoir d’ennuis avec les autorités compétentes, je donne toujours deux conseils à mes clients: faire table rase dans leur ancien canton de résidence et rester au moins deux, voire cinq ans, dans leur nouveau lieu de domiciliation.»

Urs Rohner n’a pas suivi ce premier conseil. La villa de Zumikon lui appartient toujours et il est fort possible que lui et sa compagne y reviennent après les travaux. De plus, il reste solidement ancré à Zurich sur le plan professionnel. Son bureau se trouve dans le quartier de Seefeld et on le voit régulièrement en ville.

Mais pour quelle raison quelqu’un aurait-il intérêt à s’installer pour quelques mois ou quelques années dans un canton à faible fiscalité? La réponse est simple: cela peut s’avérer extrêmement avantageux sur le plan fiscal, surtout pour les personnes qui gagnent bien leur vie et qui, en règle générale, ne se font pas verser l’argent de leur caisse de pension sous forme de rente, mais de capital.

Les autorités fiscales veillent au grain

Il y a quelques semaines à peine, le Tribunal fédéral a eu à juger le cas d’un médecin de 77 ans et de sa femme qui voulaient déclarer leur retrait de capital de 2,5 millions de francs dans les Grisons plutôt que dans le canton de Zurich. Le changement de domicile fiscal aurait permis de réaliser une économie d’impôt de 315’000 francs.

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Comme l’a rapporté le «SonntagsBlick», les juges n’ont toutefois pas retenu leur déménagement, malgré une consommation d’électricité plus élevée dans leur résidence secondaire, les justificatifs d’achats et de sorties au restaurant dans les Grisons et l’extension des installations de téléphone, d’internet et de télévision.

À 63 ans, Urs Rohner est, lui aussi, à un âge où un retrait des fonds de prévoyance est possible et judicieux. Sa caisse de pension devrait effectivement être bien remplie, comme il a très bien gagné sa vie en tant qu’associé du cabinet d’avocats Lenz & Staehelin, puis en tant que CEO du groupe de médias ProSiebenSat.1 Media et surtout pendant ses 17 ans chez Credit Suisse.

La grande banque lui a versé à elle seule environ 3,5 millions de francs, comme le montrent les rapports de gestion. À cela s’ajoute le fait que ce sont justement les gros salaires qui effectuent volontiers des rachats de caisse de pension, ceux-ci permettant de réduire les impôts sur le revenu et la fortune pendant la vie professionnelle.

Avantages fiscaux considérables

Il est impossible d’estimer la fortune d’Urs Rohner. Mais un montant de plusieurs dizaines de millions au moins est probable. Pour de telles sommes, le lieu du domicile fiscal pèse énormément, comme le montre le calculateur fiscal des banques cantonales. Pour un retrait de capital de 10 millions de francs, il faudrait par exemple payer environ 2’040’000 francs d’impôt à Zumikon, alors qu’à Freienbach, seulement 750’000 francs suffiraient, soit 1,3 million de francs de moins. Pour un retrait de capital de 20 millions de francs, la différence passe même à plus de trois millions de francs. Même pour un ancien cadre supérieur, ce ne sont pas des cacahuètes.

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Avec de telles différences, il n’est pas étonnant que des futurs retraités tentent de trouver refuge dans un canton à faible fiscalité.

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