Merci la Banque nationale!
Voilà pourquoi la décision sur les taux d'intérêt aide toute la Suisse

La Banque nationale a renoncé, à la surprise générale, à une nouvelle hausse des taux d'intérêt. Cela aide toute la Suisse. Il faut espérer que le calcul de la BNS sera payant.
Publié: 22.09.2023 à 10:06 heures
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Dernière mise à jour: 22.09.2023 à 10:09 heures
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Le président de la Banque nationale suisse Thomas Jordan renonce à une hausse des taux d'intérêt.
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Christian Kolbe

Les Suisses peuvent le dire à l'unisson: merci la Banque nationale! Les gardiens de la monnaie suisse renoncent à une nouvelle hausse des taux et laissent le taux directeur à 1,75%. La BNS nourrit ainsi l’espoir que le sommet des taux d’intérêt pourrait être atteint. La série de progressions rapides des taux d’intérêt hors de la zone négative est pour l’instant terminée.

Le président de la Banque nationale Thomas Jordan, interrogé par Blick, tempère néanmoins quelque peu l’euphorie: «Je ne déboucherais pas encore de bouteilles de champagne, la lutte contre l’inflation n’est pas encore terminée.»

Malgré tout, une petite bouteille de prosecco est quand même envisageable. Car en renonçant à une nouvelle hausse des taux d’intérêt, la Banque nationale donne un coup de pouce à de nombreux acteurs de l’économie suisse.

1% de croissance économique

L’industrie d’exportation, par exemple, doit faire face à la faiblesse conjoncturelle de ses principaux débouchés. Une nouvelle appréciation du franc suisse serait donc très malvenue. Les entreprises orientées vers le marché à l'intérieur du pays en profitent également, car leurs coûts de crédit n’augmentent plus.

Tout cela aide l’économie suisse, qui traverse actuellement une phase difficile et n’a pas du tout décollé au deuxième trimestre. Il semble désormais qu’une croissance d’ 1% soit envisageable pour l’ensemble de l’année. Avec cette direction dans sa politique monétaire, la Banque nationale desserre un peu son étreinte sur une conjoncture de plus en plus instable.

Les propriétaires et même les locataires peuvent aussi se réjouir. Les taux hypothécaires n’augmentent plus, et à long terme, ils pourraient même être revus légèrement à la baisse. Toutefois, il ne faut pas s’attendre non plus à une baisse rapide des taux d’intérêt, ce n'est pas le bon moment et la pression inflationniste est toujours trop élevée.

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Pas de nécessité d’agir

Tant que le taux d’intérêt de référence hypothécaire ne se sera pas adapté aux précédentes hausses de taux, le risque de nouvelles augmentations de loyer subsistera. Toujours est-il que, comme la Banque nationale renonce à présent à une hausse des taux d’intérêt et que le sommet de l'augmentation est peut-être atteint, la hausse du taux d’intérêt de référence devrait prendre fin au milieu de l’année 2025. Et la fin des augmentations de loyer serait ainsi possible.

Un facteur a facilité la décision de la Banque nationale. Pour l’instant, le renchérissement en Suisse se situe à 1,6%, il n’y a pas de nécessité immédiate d’agir. Et la politique monétaire ne peut rien faire contre le renchérissement à venir. Elle peut surtout empêcher une surchauffe de l’économie et amortir les hausses de prix importées.

Mais aucune hausse des taux d’intérêt n’est efficace contre les hausses de prix réglementées par la politique, comme le relèvement de la TVA, l’augmentation des tarifs de l’électricité approuvée par les autorités ou le mécanisme de calcul du taux d’intérêt de référence pour les loyers.

Vers une stabilité des prix?

La Banque nationale accepte donc que le renchérissement soit supérieur à l’objectif de 2% jusqu’à fin 2024. Cela signifie que les consommateurs devront encore patienter jusqu’à ce que les prix puissent à nouveau baisser plus largement. Ce n’est qu’en 2025 que l’inflation passera en dessous de cet objectif, qui correspond à ce que la BNS voit comme étant une stabilité des prix.

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Il ne reste plus qu’à espérer que le calcul de la Banque nationale soit payant. Elle accepte encore un peu de renchérissement sur une période plus longue et espère qu’aucun choc externe ne viendra perturber ses prévisions, comme un hiver rigoureux qui ferait grimper très fortement les prix du pétrole ou du gaz. Elle devrait alors relever une nouvelle fois les taux d’intérêt. Mais pour l’instant, la BNS fait tout comme il faut, réagit à la situation en Suisse et ne lorgne pas sur ce que font ses collègues des autres banques centrales.

(Adaptation par Lliana Doudot)

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