Confusion autour de systèmes antiaériens
Londres veut-elle acheter d'anciens missiles de défense suisses?

La Grande-Bretagne s'est renseignée sur les systèmes de défense antiaérienne dont l'armée suisse est en train de se débarrasser. Le Département de la défense a alors stoppé l'élimination des missiles pour permettre un potentiel rachat... qui n'aura finalement pas lieu.
Publié: 29.05.2023 à 06:05 heures
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Dernière mise à jour: 29.05.2023 à 07:43 heures
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La Suisse a acheté 60 de ces systèmes de défense antiaérienne de type Rapier aux Britanniques dans les années 1980. Ils sont maintenant censés être éliminés.
Fabian Eberhard

Il y a de l'agitation au Département fédéral de la défense (DDPS). Sous l'égide de Viola Amherd, le DDPS s'apprêtait à mettre à la ferraille des systèmes de défense antiaérienne de l'armée suisse lorsque les Britanniques se sont manifestés. Ils se sont renseignés sur l'état des systèmes et soudain, la question s'est posée: Londres veut-elle acheter ces armes défensives?

Il s'agirait alors d'un rachat: la Suisse a en effet acheté les systèmes de type Rapier à la Grande-Bretagne dans les années 1980. Les missiles étant devenus obsolètes, la Confédération les a retirés du service fin 2022 et a commencé à les mettre au rebut.

Élimination mise en pause

Une première tranche des 60 systèmes Rapier avait déjà été démontée, d'autres devaient suivre. Après la demande britannique, le DDPS a toutefois décidé de marquer un temps d'arrêt. L'élimination a été interrompue.

Vendredi encore, peu après 13h, Kaj-Gunnar Sievert, porte-parole de l'Office fédéral de l'armement (armasuisse), a confirmé à Blick: «La Grande-Bretagne a pris contact de manière informelle avec le DDPS à ce sujet et s'est renseignée sur les systèmes.» Des clarifications seraient en cours.

Pas besoin de consulter le Parlement

Il semblerait donc que les Britanniques envisagent un rachat. Non pas pour leur propre armée, mais pour les transmettre à des pays d'Europe de l'Est, comme la Pologne ou les États baltes. Ces derniers fournissent des armes en grande quantité à l'Ukraine – avec les systèmes Rapier, ils pourraient combler les lacunes de leur propre défense antiaérienne. Une transmission à l'Ukraine est aussi théoriquement possible.

Légalement, une revente aux Britanniques ne poserait aucun problème. Le porte-parole d'armasuisse explique: «Le droit de la neutralité autorise en principe la revente de matériel de guerre mis hors service provenant des stocks de l'armée suisse au pays producteur ou sa remise gratuite et sans conditions à ce dernier.» De plus, comme les systèmes sont déjà retirés du service, l'accord du Parlement ne serait plus nécessaire – seule une autorisation du Département fédéral de l'économie (DEFR) serait requise.

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La Grande-Bretagne lâche l'affaire

Après l'accord sur les chars Leopard 2 avec l'Allemagne, pour lequel le Conseil fédéral a donné son feu vert mercredi dernier, un autre échange se prépare-t-il? «En l'absence de demande officielle, il n'est pas possible de dire ce que la Grande-Bretagne aurait l'intention de faire avec ces systèmes», a relevé le communiquant d'armasuisse en milieu de journée vendredi.

Quelques heures plus tard, retournement de situation: vers 19h, le porte-parole d'armasuisse s'est à nouveau manifesté. «Comme on vient de me l'apprendre, la Grande-Bretagne n'est pas intéressée par les systèmes Rapier de la Suisse», a indiqué Kaj-Gunnar Sievert. C'est ce qu'auraient fait savoir les Britanniques.

Un autre potentiel accord pour un soutien indirect de la Suisse à l'Ukraine n'est donc plus d'actualité.

Occasion manquée selon certains parlementaires

De nombreux parlementaires auraient pourtant salué une telle démarche, parmi lesquels Hans-Peter Portmann. Le conseiller national zurichois du PLR sait de quoi il parle: il a été commandant d'intervention dans la défense antiaérienne avec le grade de colonel. «Les systèmes Rapier sont certes déjà anciens, mais ils sont encore pleinement opérationnels et précis», explique le politicien.

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On ne sait pas encore ce qu'il adviendra des missiles de défense restants. Finiront-ils à la décharge? Armasuisse ne se prononce pas pour l'instant. «Recontactez-nous dans le courant de la semaine prochaine», a conclu Kaj-Gunnar Sievert.

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