«Pas de plainte, pas d'explication»
Olaf Scholz est-il le maillon faible de l'Allemagne?

Pendant deux ans, le chef du gouvernement allemand a fait semblant d'avoir un plan pour tout. Après le désaveu de la Cour constitutionnelle sur le budget, plus personne n'y croit. On lui reproche de ne pas diriger.
Publié: 02.12.2023 à 18:59 heures
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Dernière mise à jour: 02.12.2023 à 19:01 heures
Le chancelier allemand Olaf Scholz est dans la tourmente. Il a de la peine à convaincre.
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Chiara Schlenz

Il manque 60 milliards d'euros dans les caisses de l'Etat allemand. Un déficit dont serait en grande partie responsable le chancelier Olaf Scholz. Les crédits Covid-19 non utilisés ont été transférés dans le fond climatique. Une pratique jugée illégale par la Cour constitutionnelle fédérale allemande. Face à cette situation, on pourrait s'attendre à des excuses et des explications de la part d'Olaf Scholz. Mais le chancelier allemand ne l'entend pas de cette oreille. 

Mardi, dix jours après le verdict, il s'est exprimé devant le Bundestag: slogans motivationnels, autocongratulation et une bonne dose de fierté. Il ne manquait qu'une chose aux représentants du peuple allemand: des excuses... qui n'ont pas été prononcées.

Le social-démocrate a uniquement avoué que le jugement de la Cour suprême sur la pratique budgétaire est le début d'une «nouvelle réalité». Olaf Scholz a toujours prétendu prendre des décisions «justes et nécessaires». Cette illusion semble aujourd'hui dissipée.

L'attitude du chancelier énerve même dans les propres rangs de son parti. Ses collègues prennent la parole anonymement dans les médias pour le désapprouver. Selon l'hebdomadaire allemand «Der Spiegel», ses camarades lui prêtent une expression de Benjamin Disraeli, un ancien Premier ministre britannique: «Never complain, never explain» – ne vous plaignez jamais, ne vous expliquez jamais. 

Ils ajoutent qu'Olaf Scholz est connu pour se taire et faire échouer ses propres projets. Voici quelques exemples qui appuient leurs propos. 

La pandémie de Coronavirus

Olaf Scholz a été élu nouveau chancelier d'Allemagne, au plus fort de la pandémie de Covid-19. Il a immédiatement fait miroiter 30 millions de doses de vaccin, puis a annoncé l'obligation de vaccination dans tout le pays. Il semblait pouvoir maîtriser la situation. Seulement que l'obligation générale a échoué au Parlement et la pandémie a continué à faire des ravages dans le pays. Une défaite pour le chancelier et son ministre de la Santé Karl Lauterbach. Ensemble, ils s'étaient fortement engagés en faveur de cette politique, mais n'avaient pas réussi à l'imposer.

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Les inondations dans la vallée de l'Ahr

Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2021 – en pleine campagne électorale – des inondations meurtrières ont touché la vallée de l'Ahr après des pluies diluviennes. Au total, 136 personnes sont décédées, des centaines ont été blessées et 17'000 ont perdu leur maison. Lors de cet événement tragique, Olaf Scholz n'était pas encore chancelier mais il a dû gérer les suites de cette catastrophe.

Problème, selon les habitants de la région, il ne l'a pas vraiment fait. «Monsieur Scholz a dit à l'époque devant les caméras que nous n'oublierions pas la vallée de l'Ahr. Je pense que cette promesse n'a pas vraiment été tenue», a déclaré un habitant au journal télévisé allemand. «Nous nous sentons de plus en plus oubliés.»

La guerre en Ukraine

Avant même l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, Olaf Scholz a agi de manière plutôt atypique: il a pris les choses en main, du moins pour une courte période. En février 2022, il s'est rendu à Moscou et s'est fait promettre par le chef du Kremlin Vladimir Poutine qu'il n'y aurait pas de guerre contre l'Ukraine. Il semblait alors avoir évité le désastre.

Puis est arrivé le 24 février et le début du conflit entre la Russie et l'Ukraine. Olaf Scholz a alors appelé à un «changement d'époque» et a promis une aide financière et matérielle à l'Ukraine. Les décisions et les livraisons ont pris du temps, mais l'Allemagne s'est effectivement avéré être un allié de poids pour l'Ukraine. Le pays est le plus grand soutien de Kiev après les Etats-Unis.

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Pourtant, la situation pourrait pourtant bientôt changer. Le chancelier allemand hésite à fournir de nouvelles armes comme les missiles de croisières Taurus. Il attend le feu vert de Washington. 

Les éoliennes

La vision du chancelier et de sa coalition d'ériger quatre à cinq éoliennes par jour d'ici 2030 et de faire ainsi progresser le «tournant énergétique» a également suscité de grandes attentes. Mais la réalité est restée en deçà de ces objectifs ambitieux. L'année dernière, seule 1,5 éolienne a été installée en moyenne par jour.

Le chaos financier : Scholz à bout de souffle?

A tout cela s'ajoute désormais la crise financière. Là aussi, le chancelier allemand était sûr d'avoir un plan qui allait marcher. Problème, il ne l'a pas mis à exécution. Pour ne rien arranger, Olaf Scholz se présente comme omniscient. Plus cette certitude semble fausse, moins le chancelier est crédible aux yeux de ses camarades et de ses adversaires.

Les rumeurs d'élections anticipées ne devraient pas avoir lieu. Aucun des partis d'opposition n'a de candidat suffisamment convaincant à proposer. Il faut quand même reconnaître une chose à Olaf Scholz: il a toujours réussi jusqu'à présent à se sortir du pire pétrin d'une manière ou d'une autre.

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