Des montagnes de dettes...
L'avenir financier des étudiants est en danger

Les étudiants britanniques sont pris en tenaille entre des remboursements élevés, une inflation en hausse et un coût de la vie qui flambe, ce qui a empiré pendant la pandémie de Covid-19. Et ce alors que les salaires n'ont pas grimpé autant que l'inflation depuis 2008.
Publié: 16.05.2022 à 08:38 heures
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Dernière mise à jour: 16.05.2022 à 10:59 heures
D'après l'Institut des études budgétaires (IFS), les étudiants britanniques sont les plus endettés du monde. 1,5 million d'étudiants empruntent près de 20 milliards de livres (24 milliards de francs) chaque année en Angleterre et les diplômés de 2020 ont amassé en moyenne 45'000 livres (55'000 francs) de dette chacun. (Image d'illustration)

Rhiannon Muise, qui a décroché un diplôme de danse et d'art dramatique en 2021 à l'université d'Edge Hill, dans le nord-ouest de l'Angleterre, se retrouve à présent lestée de 45'000 livres de dette étudiante, un montant qu'elle pense mettre «toute sa vie» à rembourser.

La jeune femme de 21 ans termine un contrat à durée déterminée dans son université. Elle sait qu'elle aura du mal à trouver un emploi bien payé dans la carrière artistique à laquelle elle se destine mais elle ne veut pas changer de métier juste pour pouvoir rembourser son emprunt.

La pression financière qu'elle ressent est «épuisante, particulièrement pour quelqu'un qui a une vingtaine d'années et commence juste à penser à sa carrière.

«Payer pendant les trente ans à venir»

D'après l'Institut des études budgétaires (IFS), les étudiants britanniques sont les plus endettés du monde. 1,5 million d'étudiants empruntent près de 20 milliards de livres (24 milliards de francs) chaque année en Angleterre et les diplômés de 2020 ont amassé en moyenne 45'000 livres (55'000 francs) de dette chacun.

Avec une inflation galopante, la situation va encore s'aggraver: un problème qui menace l'avenir financier de cette jeune génération mais aussi les comptes du gouvernement, un important pourvoyeur de prêts étudiants.

Zeno, étudiant londonien de 25 ans préférant taire son nom de famille, a emprunté 74'000 livres (90'900 francs) pour financer des études de maths et de finance, puis de communication et médias. Il est conscient que, à moins de «gagner au loto, je dois accepter que c'est une taxe supplémentaire que je vais devoir payer pendant les trente ans à venir.»

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Augmentation des frais

Les universités britanniques étaient auparavant gratuites, avec des bourses accordées aux étudiants les plus pauvres pour financer leurs dépenses quotidiennes. Mais depuis une forte augmentation du nombre d'étudiants à partir des années 1990, les universités ont commencé à facturer des frais de scolarité qui n'ont cessé d'augmenter, tandis que les subventions baissaient.

En Angleterre, les premiers cycles universitaires coûtent jusqu'à 9250 livres (11'300 francs) par an pour les Britanniques et les Irlandais, le triple d'il y a dix ans. Sans compter le logement et les dépenses de la vie courante.

Au Royaume-Uni, le gouvernement joue un rôle important dans le financement étudiant, en émettant des prêts qui ne commencent à être remboursés que lorsque les diplômés gagnent un montant supérieur à un certain seuil: actuellement 27'295 livres (environ 33'500 francs) par an.

Plus progressiste?

Le montant remboursé chaque mois dépend du revenu de ces anciens étudiants. Ils ont trente ans pour payer - plus que ce qu'accordent les banques - après quoi le gouvernement annule la dette éventuellement restante.

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D'après Nick Hillman, directeur de l'Institut sur les politiques d'enseignement supérieur, basé à Oxford, «ce système est plus progressiste qu'aux Etats-Unis, avec des annulations de dette généreuses pour les diplômés qui gagnent peu.»

Toutefois, ces prêts émis par le gouvernement sont indexés sur l'inflation: le taux d'intérêt qui s'applique est équivalant à l'indice des prix au détail au Royaume-Uni, auquel sont ajoutés jusqu'à trois points de pourcentage, selon le niveau de revenus.

Avec une inflation au plus haut depuis trente ans au Royaume-Uni, et qui devrait dépasser 10% en fin d'année, ce taux va atteindre jusqu'à 12% à partir de septembre, et pourrait encore grimper.

Délai de remboursement rallongé

Le problème de la dette étudiante, qui devrait dépasser 560 milliards de livres (687 milliards de francs) au Royaume-Uni d'ici 2050, devient aussi celui du gouvernement britannique: il s'attend à ce que la moitié de ces prêts ne soient pas remboursés pour les promotions à partir de 2023, d'après un rapport parlementaire.

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Pour tenter de limiter les pertes pour les caisses de l'Etat, des mesures ont été adoptées qui entreront en vigueur en 2023: elle forceront les diplômés à rembourser dès qu'ils gagnent 25'000 livres (30'700 francs), pour une durée pouvant aller jusqu'à 40 ans, ce qui défavorisera les revenus modestes.

Aux Etats-Unis, la dette étudiante est devenue un problème colossal, évalué à 1760 milliards de dollars par la Réserve fédérale. Avec un montant de dette par étudiant qui peut aller jusqu'à 40'000 dollars (40'100 francs), d'après le centre de réflexion spécialisé Education Data Initiative.

Le président Joe Biden vient de prolonger un moratoire mis en place sur la dette étudiante et réfléchit à un mécanisme d'annulation partielle de dette.

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