Jusqu'à présent, le Conseil fédéral a fait preuve de retenue. De beaucoup de retenue. Dans la nuit du 3 janvier, des forces spéciales américaines ont pénétré au Venezuela et enlevé le président Nicolás Maduro ainsi que son épouse Cilia Flores. Le président américain Donald Trump a ensuite déclaré que les Etats-Unis prenaient temporairement le contrôle de l'Etat sud-américain.
Le Département fédéral des affaires étrangères n'a pas souhaité condamner l'attaque américaine. La Suisse se présente pourtant volontiers comme un havre du droit international. Sur X, le DFAE s'est contenté d'appeler «à la désescalade, à la retenue et au respect du droit international, y compris l'interdiction du recours à la force et le principe du respect de l'intégrité territoriale».
La Confédération semblait ne pas vouloir casser inutilement de la vaisselle – sans doute en gardant à l'esprit le différend douanier qui l'oppose à Trump.
«Un monde plus dangereux»
Jeudi, le ministre de la Défense Martin Pfister s'est exprimé pour la première fois sans détour en public. «Comme le montre par exemple l'action militaire de commandement des Etats-Unis au Venezuela, l'ordre juridique international se désagrège également, ce dont la Suisse se sent particulièrement responsable», a déclaré le conseiller fédéral du Centre, lors de la journée des Rois de l'Association des éditeurs de médias suisses.
Il a ainsi clairement critiqué les agissements américains, les qualifiant de violation du droit. «Je suis très inquiet pour l'évolution du monde, a affirmé Martin Pfister. Lorsque les règles sont abrogées, d'autres se sentent aussi légitimés à ne pas les respecter. C'est dangereux pour le monde entier.»
Jusqu'ici, seul l'ancien conseiller fédéral Alain Berset avait tenu des propos d'une telle clarté. «Un monde dominé par des exceptions, une double morale ou des zones d'influence concurrentes est un monde plus dangereux», a déclaré l'actuel président du Conseil de l'Europe. Tout recours à la force sur le territoire d'un autre Etat soulève de sérieuses questions au regard du droit international.
Un problème pour la Suisse également
Le ministre de la Défense Martin Pfister a en outre souligné que la «désintégration de l'ordre juridique international» constituait un problème immédiat pour la Suisse, mais aussi pour l'Europe, «car nous en avons largement profité durant la longue période de l'après-guerre». Les bouleversements géopolitiques – dans lesquels Trump met en avant la loi du plus fort – semblent transformer en profondeur l'ordre mondial.
Pour autant, la Suisse ne critique pas explicitement Trump. Les sanctions, comme celles prises contre la Russie, ne sont de toute façon pas à l'ordre du jour. A la place, le Conseil fédéral fait bloquer d'éventuels avoirs en Suisse pouvant être attribués à Maduro ou à des personnes de son entourage. S'il s'avérait que ces fonds proviennent de sources illégales, la Suisse s'engagerait à ce qu'ils bénéficient à la population vénézuélienne.