Washington a dépensé pour soutenir le yen qui a atteint dernièrement ses plus bas niveaux en 40 ans, avance le Financial Times dimanche. La devise japonaise a enregistré en juillet ses plus bas niveaux depuis décembre 1986, plombée par les écarts de taux entre le Japon et les Etats-Unis.
Selon le Financial Times qui cite trois sources anonymes proches, «la Réserve fédérale de New York a pris la décision inhabituelle de procéder à une vente d'euros pour acheter des yens pour le compte du Trésor» vendredi. Ces ventes ont été réalisées par l'intermédiaire de Goldman Sachs et Morgan Stanley, a précisé le journal, citant deux de ces sources.
Une première depuis trois décennies
Avec cette intervention du Trésor, c'est «la première fois en près de 30 ans que Tokyo et Washington unissent leurs forces pour soutenir la monnaie japonaise par le biais d'achats directs», écrit le journal américain. Sa temporalité correspond avec la remontée soudaine du yen. Il s'est envolé jeudi face au dollar et les cambistes suspectent Tokyo d'avoir acheté d'importantes quantités de yens avec des dollars pour soutenir la devise nationale.
Vendredi, le yen s'échangeait à 160,53 face au dollar, après avoir atteint 158 yens la veille sur fond de rumeurs d'une intervention gouvernementale japonaise. «On ignore encore si Tokyo était réellement impliqué, mais l'évolution des cours présentait toutes les caractéristiques habituelles», a noté Stephen Innes, de SPI Asset Management.
Le «carry trade» encouragé
Le Financial Times cite des analystes estimant que l'intervention des autorités japonaises s'élevait probablement à environ 8450 milliards de yens (52,8 milliards de dollars), tandis que le quotidien économique Nikkei l'évaluait entre 6000 et 7000 milliards de yens (37,5 à 44 milliards de dollars).
Les taux japonais restent bien inférieurs à ceux des Etats-Unis, ce qui pèse sur la monnaie nippone. D'autant que les marchés anticipent une nouvelle hausse des taux de la Fed au moins une fois avant la fin de l'année, intensifiant la pression.
Cette disparité de rendements encourage le «carry trade», un mécanisme qui consiste à emprunter dans une devise dont la banque centrale pratique des taux bas, pour placer ses fonds dans une monnaie aux rendements plus élevés, ce qui plombe la première pour renforcer la seconde.