Un documentaire à sa gloire
L’énigme Melania Trump, un mystère entretenu à des fins politiques

La Première dame américaine fait l’objet d’un documentaire au succès inattendu. Un outil de propagande qui permet de perpétuer l’image mystérieuse de l’épouse de Donald Trump, plus discrète mais aussi insaisissable que son président de mari.
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Melania Trump l'assure: elle ne dévoilera jamais ses idées politiques.
Photo: keystone-sda.ch
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Margaux BaralonJournaliste Blick

Sept millions de dollars de recettes. Pour n’importe quel blockbuster, ce serait catastrophique. Mais pour un documentaire, voilà une belle performance. En l’occurrence, celle réalisée par «Melania: Twenty days to history», film financé par Amazon qui suit la Première dame américaine pendant les vingt jours précédant la deuxième intronisation de son époux à la présidence.

Qu’importe que ce curieux objet d’1h44 ait coûté la modique somme de 75 millions de dollars. Dans un pays comme les Etats-Unis, où le cinéma se porte mal et les documentaires n’ont jamais attiré les foules, la Maison-Blanche a de quoi se réjouir.

Creuser le mystère

Car il ne faut pas s’attendre à autre chose que de la propagande, selon la presse anglo-saxonne, qui est la seule à avoir pu le visionner (le film n’est sorti qu’aux Etats-Unis et aucune date de sortie en Europe n’est pour l’instant prévue). Au contraire, il s’agit «moins d’un documentaire que de l'œuvre élaborée d’un taxidermiste, affreusement sur-évaluée, froide au toucher et donnée comme une offrande médiévale à un roi avide», assassine le «Guardian». Une «honte» pour «The Atlantic», une suite «de rushs de Melania montant et descendant d’un SUV» pour le «Los Angeles Time», bref, une perte de temps qui n’a qu’un but: creuser encore et toujours le mystère Melania Trump.

Cette énigme est soigneusement bâtie depuis des années par son entourage et par elle-même, qui se confie peu et semble finir par ressembler à la tenue qu’elle arborait le 20 janvier 2025, lors de la seconde investiture de Donald Trump. En stiletto et long manteau sombre, elle avait surtout la moitié du visage cachée par un élégant chapeau qui rendait impossible toute tentative de voir ses yeux. C’est cela, Melania Trump: une femme illisible, au mieux discrète, au pire opaque. Mais dont l’aspect insaisissable ne peut que servir politiquement à son époux.

Tricot et mannequinat

De cette mannequin slovène, on sait donc très peu de choses, sinon qu’elle est née en avril 1970 à Novo Mesto dans ce qui est alors la Yougoslavie. Cela en fait la deuxième Première dame américaine seulement à ne pas avoir vu le jour aux Etats-Unis, un détail plutôt cocasse lorsqu’on connaît le rapport actuel de l’administration de son mari avec tout individu d’origine étrangère. En 2016, pendant la première campagne de son époux, son site internet mentionne un diplôme d’architecture et design de l’université de Ljubljana, dont personne n’a jamais retrouvé la trace.

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Dans le garage de son père, elle a décapé, réparé et repeint un vieux chariot pour le transformer en bac à plantes
Les biographes de Melania Trump, Bojan Požar et Igor Omerza
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Au contraire, selon ses biographes Bojan Požar et Igor Omerza, celle qui est née Melanija Knavs ne veut rien d’autre que devenir mannequin. «Tout ce qui avait trait à la beauté et à la mode l’intéressait et c’est dès son plus jeune âge qu’elle s’est découvert un talent pour le design et la création», écrivent-ils dans «Melania Trump – The Inside Story». «Dans le garage de son père, par exemple, elle a décapé, réparé et repeint un vieux chariot de supermarché pour le transformer en bac à plantes; elle était aussi très portée sur le tricot.»

Finaliste malheureuse d’un concours de beauté en 1992, Melania Trump disparaît des radars jusqu’en 1996, année de son installation à New York pour devenir effectivement mannequin. Deux ans plus tard, elle rencontre Donald Trump dans une boîte de nuit. Il a 24 ans de plus qu’elle et déjà une autre femme à son bras mais demande quand même son numéro. Elle refuse et prend plutôt le sien – il lui en donne une demi-douzaine pour le joindre absolument partout. La suite de l’histoire n’existe que selon leur version: ils se recroisent dans un autre établissement nocturne et tombent dans les bras l’un de l’autre.

«Personne ne connaît mes opinions»

Partage-t-elle les opinions politiques de son époux? «Non», répond-elle au «Harper’s Bazaar» en 2016. «J’ai choisi de ne pas me lancer dans la politique», dit-elle à «GQ» la même année. «C’est le métier de mon mari. Personne ne connaît mes opinions et personne ne les connaîtra jamais.» On murmure que, contrairement aux deux épouses précédentes de Donald Trump, elle n’était pas très favorable à ce que son cher et tendre se lance dans la course à la Maison Blanche.

Le mystère demeure intact autour de Melania Trump.
Photo: Variety via Getty Images

Mais force est de constater que ses prises de parole sont proches des siennes. A maintes reprises, elle vante les qualités de «négociateur» de l’actuel président américain. Interrogée sur les procédures anti-immigration qu’il vante à longueur de temps, alors qu’elle-même n’a obtenu sa nationalité américaine que dix ans après être arrivée à New-York, elle les valide: «J’ai suivi les règles», explique-t-elle au «Harper’s Bazaar». «Je suis venue ici pour ma carrière et j’ai eu tellement de succès que je suis restée. Il ne m’a jamais traversé l’esprit de rester ici sans papier. Vous êtes comme vous êtes. Vous obéissez aux règles. Vous respectez la loi.»

Une First Lady en retrait

En réalité, Melania Trump semble prise dans un paradoxe. D’un côté, elle est mariée depuis 2005 à un homme très conservateur. De l’autre, elle revendique son indépendance. En tant que Première dame, il est bien difficile de lui accorder une influence à la mesure de certaines de celles qui l’ont précédée.

Eleanor Roosevelt a impulsé un mouvement dans les années 1930 et 1940, poussant par exemple son époux à entrer dans la Seconde Guerre mondiale. Hillary Clinton a mené une carrière politique en même temps et après celle de son mari. Michelle Obama s’est d’abord tenue à l’écart, avant de participer pleinement à la politique et la communication de Barack Obama.

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Quand il se prend la tête, qu’il se jette en avant, elle lui apporte du calme et de la sérénité
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En comparaison, que retient-on de Melania à la Maison-Blanche? Absolument rien. Elle a bien participé à «Be Best», programme de protection de l’enfance et de lutte contre le cyberharcèlement, et quelques tables rondes ça et là sur les addictions aux opiacés ou le revenge porn. Mais la Première dame assume d’être plus en retrait, très traditionnelle.

Celles qui la connaissent estiment qu’elle est surtout là pour calmer les ardeurs de Donald Trump. «Quand il tourne sur lui-même, qu’il se prend la tête, qu’il se jette en avant, elle lui apporte du calme et de la sérénité», estime auprès du «Harper’s Bazaar» Pamela Gross, productrice sur la chaîne CNN, qui a organisé la baby shower de Melania alors qu’elle était enceinte de Barron, l’unique enfant qu’elle a eu avec Donald Trump en 2006.

Une femme indépendante

Certes, Melania a refusé dans un premier temps, en 2016, de s’installer à la Maison-Blanche, préférant s’occuper de son fils – qu’elle élève sans nourrice – dans ses luxueux appartements de la Trump Tower à New-York. Certes, elle ne dit jamais un mot plus haut que l’autre, n’est entrée en campagne que tardivement en 2016, pratiquement jamais en 2024, et ressemble à un robinet d’eau tiède en interview.

Mais il est pourtant une chose qu’elle met en avant: son indépendance. «Personne ne me contrôle», affirme-t-elle à «GQ» pour justifier qu’elle ne se déplace pas toujours avec son mari. «Je le fais quand je peux». Dans ses mémoires, la Première dame a écrit être farouchement favorable au droit à l’avortement, ce qui est loin d’être le cas de Donald Trump. Elle avait également pris la parole sur les réseaux sociaux pour s’émouvoir de l’invasion russe en Ukraine en 2022 – mais son mari n’était alors plus président.

Une énigme bien pratique

Et si, finalement, l’énigme Melania Trump était entretenue à des fins politiques? Ne pas savoir ce que pense cette femme, c’est aussi avoir la possibilité de projeter sur elle ce que l’on préfère. Elle lâche la main de son époux en public et enfonce son chapeau jusqu’aux yeux pour qu’on ne puisse pas voir son visage?

Immédiatement, les détracteurs de Donald Trump y voient un signe de désaveu. Il suffit ensuite que celle qui n’a étrangement jamais perdu son accent slovène rappelle, dans le documentaire à sa gloire, qu’elle est toujours «très fière» de son époux, pour se souvenir où se trouve sa loyauté.

Et c’est ainsi, louvoyant constamment, que Melania Trump se fraie un chemin singulier dans le paysage politique américain. D’aucuns y verront un point commun avec son époux: les deux sont opaques et assez pauvres en vocabulaire. La grande différence, c’est qu’elle est bien plus lisse, jusque dans ce physique parfait que Donald Trump ne cesse de vanter avec gourmandise – «Où est mon top model?», avait-il hurlé lors de sa première campagne après un meeting. Avec elle, aucune aspérité, rien ne dépasse.

Son artiste préféré, dévoilé dans le film «Melania», n’est autre que Michael Jackson. Dans le documentaire, elle se montre vulnérable en parlant du décès de sa mère en 2024. Elle regrette parfois la frénésie de la vie de Première dame et la quiétude d’une existence plus anonyme. Difficile de faire plus consensuel. L’ancienne mannequin avait prévenu dès 2016 dans les colonnes du «Harper’s Bazaar»: «Je ne suis pas une emmerdeuse.»

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