Opération «Vivaldi»
Poutine aurait-il été trompé par ses propres généraux?

L’Ukraine affirme avoir repris du terrain dans le Donbass lors de l’opération secrète «Vivaldi». Selon plusieurs sources, des généraux russes auraient minimisé ces revers auprès du Kremlin.
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Le président russe, Vladimir Poutine continue d'afficher sa confiance dans les capacités de l’armée russe.
Photo: Vyacheslav Prokofyev/Pool Sputnik Kremlin via AP
Wiebke Köhne

Les forces armées ukrainiennes auraient lancé l'opération Vivaldi au mois de mai dans le nord de la région de Donetsk. Ce n'est toutefois que mardi dernier que le général Andri Bilezki, responsable des opérations, a officiellement confirmé le lancement de l'offensive, jusque-là restée strictement secrète. L’opération devrait se dérouler en quatre phases, en référence à la célèbre œuvre musicale des Quatre Saisons du compositeur du même nom. La première phase a commencé avec l’annonce d'Andri Bilezki.

Comme l'a expliqué à Blick Klemens Fischer, expert en géopolitique, le secret absolu qui entourait l’opération n’a plus lieu d’être depuis l’avancée des troupes ukrainiennes. Désormais, seuls les plans concernant les prochaines phases de l'opération seraient encore tenus secrets.

Les généraux russes auraient-ils dissimulé leurs défaites?

Selon le général Andri Bilezki, la première phrase de l'opération a permis aux forces ukrainiennes de progresser sur un front de 85 kilomètres carrés. Elles ont notamment repris le contrôle de dix kilomètres carrés de territoire jusque-là occupé par les forces russes. Sur 75 kilomètres carrés supplémentaires, elles sont parvenues à sécuriser des zones situées derrière les lignes de défense ukrainiennes, après avoir neutralisé des soldats russes qui s’y étaient infiltrés.

Les analystes qui suivent l’évolution de la situation à partir des informations disponibles publiquement estiment même que les forces ukrainiennes auraient repris jusqu’à 240 kilomètres carrés de terrain depuis le mois de mai.

Vladimir Poutine, de son côté, continue d'afficher sa confiance dans les capacités de l’armée russe. Lorsqu’il a reçu à Moscou, début septembre les deux émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, il a une nouvelle fois mis en avant les «succès concrets» remportés par l’armée russe. Il n’a, par ailleurs, montré aucune volonté de faire des compromis: Moscou campe sur ses positions et maintient l’ensemble de ses exigences.

Les revers russes seraient restés dans l’ombre

Mais comment expliquer que le président russe semble être resté longtemps dans l’ignorance de l’offensive de grande ampleur «Vivaldi», mais aussi de ses avancées? Selon le «Corriere della Sera», le secret entourant l'opération aurait largement contribué à son succès, tandis que les généraux russes auraient gardé le silence sur les revers essuyés ces derniers mois. Ceux-ci auraient soit dissimulé au Kremlin leurs défaites des derniers mois, soit minimisé leur importance.

Avant la visite des deux émissaires américains, une source proche du Kremlin a déclaré à Reuters qu’aucun accord de paix ne serait envisageable tant que la Russie n’aurait pas conquis l’ensemble de la région de Donetsk. Se basant sur des rapports transmis par ses commandants, Vladimir Poutine estime que cet objectif pourrait être atteint d’ici la fin de l’année.

Les experts de l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW) évoquent eux aussi une culture du mensonge profondément ancrée au sein de l’armée russe. Dans un rapport publié récemment, ils estiment que les informations mensongères ou trompeuses ne viendraient pas seulement du sommet de la hiérarchie militaire, mais circuleraient à différents niveaux de commandement.

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