En bref
- Les élections à la Douma se déroulent en Russie, y compris dans les territoires ukrainiens occupés, avec 450 sièges en jeu. Elles visent à consolider la politique belliciste du Kremlin, selon l'analyste Alexander Dubowy
- Le Kremlin pourrait utiliser un résultat électoral favorable pour justifier une mobilisation forcée de 300'000 à 400'000 soldats. Malgré 30'000 recrutements mensuels, le manque de volontaires complique les efforts militaires
- En 2022, plus d’un million d’hommes ont quitté la Russie pour échapper à la conscription, aggravant la pénurie de main-d’œuvre. De nouvelles mobilisations risquent de provoquer une crise politique similaire
Les élections à la Douma battent leur plein en Russie, y compris dans les territoires ukrainiens occupés. L’objectif de ce scrutin sur les 450 sièges parlementaires est clair. «Ces élections servent avant tout à entériner la ligne de conduite belliciste de Moscou», déclare Alexander Dubowy, analyste politique et spécialiste de l’Europe de l’Est.
De récents rapports alertent sur la possibilité que le Kremlin ordonne une mobilisation par décret après les élections. Il pourrait ainsi se servir d'un résultat électoral solide pour légitimer l'adoption de ce décret impopulaire. «Pour le Kremlin, le risque de ces élections réside dans le fait qu’il pourrait interpréter un résultat très solide comme une validation par la société de sa politique belliciste», ajoute Alexander Dubowy. Car une chose est sûre: l’armée russe manque cruellement de soldats.
Le recrutement actuel
«Actuellement, la Russie recrute environ 30'000 soldats par mois», précise Alexander Dubowy. La plupart des recrues seraient des volontaires. Mais malgré des primes élevées, le Kremlin peine de plus en plus à trouver des combattants. Selon Alexander Dubowy, des entreprises sont déjà contraintes de mobiliser leurs employés pour aller au front dans plusieurs régions. Le recrutement s’intensifie également dans les universités, révélant une démarche du Kremlin particulièrement agressive.
La Russie pourrait considérablement renforcer ses troupes en Ukraine. Selon les estimations de l’Institute for the Study of War (ISW), le Kremlin se préparerait à enrôler de force entre 300'000 à 400'000 soldats supplémentaires.
La nécessité militaire
«Pour atteindre une masse militaire significative et l'emporter sur le front, Poutine devrait mobiliser entre 300'000 et 500'000 soldats », explique Alexander Dubowy. D'ailleurs, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déjà mis en garde contre une telle mobilisation.
«Une mobilisation est justifiée lorsqu'il faut compenser les pertes. On enregistre parfois jusqu’à 1000 pertes par jour», explique Alexander Dubowy. Une mobilisation limitée pourrait donc s’avérer judicieuse. Toutefois, les chiffres actuels de recrutement permettent globalement de maintenir une situation stable.
«D’un point de vue militaire, une mobilisation supplémentaire pourrait s’avérer nécessaire si la Russie souhaite intensifier considérablement ses offensives – actuellement au point mort – dans le Donbass», estime l’expert.
Pour envisager une mobilisation, il faut aussi considérer la situation sur le front, où les drones sont omniprésents. «Tant qu’on n’aura pas trouvé de solution contre les drones, même de grands groupes de recrues ne feront pas de grande différence», déclare Alexander Dubowy. De toute façon, la décision ne sera pas seulement dictée par la nécessité militaire, mais aussi par les risques politiques.
Le risque politique pour le Kremlin
L’année où la guerre a éclaté, la Russie a recruté des soldats sur son territoire, une expérience déstabilisante pour le Kremlin. Selon les estimations, plus d’un million d’hommes auraient quitté le pays. «Ces hommes manquent non seulement sur le front, mais aussi dans les secteurs civils, et ils aggravent la pénurie de main-d’œuvre», décrypte Alexander Dubowy. Et la situation n’a pas évolué depuis. «Le risque politique est extrêmement élevé. Rien ne laisse penser que la situation sera différente qu'en 2022.» Selon la chaîne MDR, certains hommes fuient déjà vers l’Arménie pour échapper à la conscription.
«D'un point de vue coût-bénéfices de politique intérieure, une nouvelle mobilisation est risquée. Mais le Kremlin peut choisir d'accorder plus d'importance à ses objectifs militaires et de politique étrangère qu'à ces coûts internes», poursuit Alexander Dubowy. Si le Kremlin ordonne tout de même une mobilisation, la question décisive sera la suivante: «Les soldats partent-ils tous en Ukraine, ou les effectifs sont-ils renforcés dans les zones frontalières avec l’Otan?» En effet, la première option pourrait s'avérer nécessaire pour le Kremlin. Après tout: «Le Kremlin se considère déjà depuis longtemps en guerre contre l’Occident», rappelle Alexander Dubowy, avant d'ajouter: «Il tente d’affaiblir l’Europe afin de saper le soutien apporté à l’Ukraine.»