La vie du président russe fait étrangement penser à un film d'espionnage. Celui qui instaure un climat de peur et fait planer la menace sur son peuple n'est pas à l'abri lui-même. Vladimir Poutine se sent constamment en danger, comme le dévoile une enquête du «Monde», publiée lundi 14 septembre. Et la menace pourrait aussi bien venir de l'extérieur que de l'intérieur.
Après s'être tapi dans l'ombre et avoir quasiment cessé de se déplacer en région pendant six mois, Vladimir Poutine a repris ses voyages à travers la Russie, à l’approche des élections législatives prévues du 18 au 20 septembre. Le président russe voyage sous très haute protection, aussi bien dans son pays que lors de ses rares déplacements à l’étranger, notamment en Inde, où il a participé au sommet des BRICS.
Les signes ne trompent pas: véritable artillerie dans les véhicules d'escorte, limousine blindée, reproduction de bureaux, abris clonés à travers la Russie, systèmes de défense aérienne, gardes du corps armés jusqu'aux dents ou encore soldats camouflés... Le chef du Kremlin passe son quotidien dans une véritable forteresse ambulante. Et sa sécurité semble être devenue une obsession.
Une armée de l'ombre
L'enlisement de la guerre en Ukraine pourrait menacer l'autorité du Kremlin. Plus de quatre ans après le début de l'invasion russe, la pression s'accentue sur le chef de cette guerre sans fin. Et Poutine ne craint plus seulement les drones ukrainiens. «Ils vont me pendre», aurait-il confié à une source citée par «The Economist», le 1er septembre. Celui qui craignait un putsch il y a quelques mois se replie de plus en plus sur ses craintes.
A ses côtés, une force armée colossale a pris le pouvoir: les «siloviki». Ces structures sécuritaires comportent différentes sections: le FSB, héritier du KGB, ainsi que le FSO, garde présidentielle. Rien que pour cette dernière, les soldats protecteurs sont désormais plus de 800 hommes, dont des opérateurs de drones, ou encore des goûteurs de repas présidentiels. Au total, le FSO compterait plus de 50'000 hommes.
Omnisurveillance
Outre la protection du président, les «siloviki» sont également chargés de surveiller la population et de maintenir l'ordre selon les désirs du Kremlin. Contrôle, recrutement pour le front et russification des villes ukrainiennes occupées font notamment partie de leurs missions. Le FSB encourage la délation et pousse la population à dénoncer les traîtres. Un élève, une mère, un mari ou un employé? Personne n'est épargné par la frénésie de l'espionnage. Et aucun Russe n'est à l'abri de l'omniprésence des «siloviki».
Pourtant, alors qu'ils gangrènent la société et prennent le pouvoir au sein des élites, la tension monte dans les rangs: si les plus âgés dépendent personnellement de Poutine, les plus jeunes sont fidèles au système que ce dernier a mis en place. En clair, si le président tombe, chacun devra choisir entre protéger Vladimir Poutine ou le système.
Une rupture qui accentue l'insécurité grandissante du chef du Kremlin, qui s'isole toujours davantage. «Il n'écoute plus personne», confiait l'un des dirigeants de l'administration présidentielle au «Monde». «Il considère les interlocuteurs avec suspicion. La Russie s'est transformée en prison à ciel ouvert: en détention, qui ose critiquer le gardien en chef?».