Attaques russes incessantes
Ces 5 faiblesses vont décider de l'avenir de l'Ukraine

L'hiver 2026 sera redoutable pour l'Ukraine en guerre. Tout démontre en effet que la Russie a rattrapé son retard en matière de drones. La détermination de Vladimir Poutine à faire plier Volodymyr Zelensky est intacte.
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Vladimir Poutine veut toujours faire plier l'Ukraine par la force.
Photo: Imago
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Le spectacle en dit long sur ce qui attend l'Ukraine cet hiver. Frappé par un drone russe, le squelette dépenaillé de la locomotive qui tirait un train de passagers parti de Kiev pour rejoindre Varsovie a, dimanche 13 septembre, démontré la fragilité du réseau ferroviaire qui constitue l'épine dorsale de l'Ukraine en guerre.

Chaque jour et chaque nuit, des trains remplis de familles ukrainiennes (surtout des femmes et des enfants) et de visiteurs étrangers traversent l'ouest du pays. Or, si cette attaque russe est un avertissement, ce ballet de wagons bleus et jaunes pourrait cesser sous la menace de Vladimir Poutine. Les autorités de Kiev, alors, se retrouveraient encore plus isolées du reste de l'Europe, avec des pénuries énergétiques qui s'annoncent terribles. Et cinq faiblesses structurelles à surmonter, après quatre années de conflit qui ont usé le pays et sa population.

Odessa et l’ouest sont visés

La grande ville portuaire du sud de l'Ukraine, débouché traditionnel sur la mer Noire, est une cible quotidienne des attaques russes. Odessa n'est pas menacée de tomber aux mains de l'armée de Poutine, mais dans cette ville russophone et russe de culture, une pression maximale peut entraîner des remous sociaux compliqués à gérer. Autre fragilité ukrainienne : la vulnérabilité des régions de l'ouest, frontalières de la Pologne ou de la Hongrie. Jusque-là, ces zones étaient à l'abri des frappes russes. C'est pour cela que l'armée ukrainienne y a installé des bases, souvent souterraines, et des usines d'armement. Désormais, Moscou a ces zones dans son viseur. La profondeur stratégique ukrainienne se réduit comme une peau de chagrin.

Une défense antiaérienne saturée

L'Ukraine n'a pas encore obtenu l'autorisation de fabriquer sous licence des missiles antimissiles américains Patriot. Donald Trump l'avait pourtant promis, mais il s'est depuis ravisé devant les protestations de son complexe militaro-industriel. Autre énorme problème pour Kiev: la quantité de missiles Patriot tirés par les pays du Golfe depuis le début de la guerre contre l'Iran. Plus de 2000 ont été tirés par l'Arabie saoudite durant les premiers mois du conflit, alors que l'Ukraine, attaquée quotidiennement, n'en a reçu que 354 en 2025! L'armée américaine a aussi largement puisé dans ses stocks face à la République islamique: 1500 Patriot ont été utilisés pour la défense de l'armada aéronavale américaine et des bases dans la région. Le ciel ukrainien est de plus en plus à découvert, malgré la performance des intercepteurs de drones fabriqués localement.

Les drones russes à réaction changent tout

C'est un drone russe à réaction qui, a priori, a dévasté les bureaux du service de renseignement ukrainien (le SBU) en plein centre de Kiev le 4 septembre. Or, ce type de drone, les Geran-4 et Geran-5, dont la vélocité dépasse les 500 km/h, ne peut pas être intercepté par les engins mis au point en Ukraine. Plus rapides que les copies de Shahed iraniens à hélice utilisées massivement depuis 2022, ils disposent également d’une portée importante et de systèmes de guidage améliorés. Selon le «Financial Times», les Ukrainiens n’en intercepteraient actuellement qu’environ 60%, un taux sensiblement inférieur à celui obtenu contre les générations précédentes de drones russes. Les Shahed traditionnels, eux, pouvaient souvent être détruits par des groupes mobiles équipés de mitrailleuses ou de canons antiaériens.

Des trains pris pour cibles

Dimanche 13 septembre, un drone russe a frappé un train à la gare de Yahodyn, près de la frontière polonaise. Peu auparavant, un train transportant notamment l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson et l’ancien Premier ministre suédois Carl Bildt avait emprunté le secteur. Un autre transportait l’ancien directeur de la CIA David Petraeus. Aucun passager n’a été tué. La leçon à tirer? Les infrastructures ferroviaires jusque-là préservées sont dans le collimateur de Poutine. Frapper locomotives, gares, sous-stations électriques et postes frontières suffit à provoquer des retards, à imposer des réparations permanentes et à obliger l’Ukraine à consacrer une partie supplémentaire de sa défense antiaérienne à la protection de ces axes.

Une armée fragilisée

Les Ukrainiens n'en peuvent plus. Les images de jeunes hommes interpellés par les sergents recruteurs, aux prises en pleine rue avec la colère de leurs femmes ou filles, saturent les réseaux sociaux. Le chiffre de 350'000 recrues nécessaires pour 2027, annoncé sans être confirmé, sème l'effroi. Le recrutement est devenu politiquement et socialement difficile, tandis que les désertions et absences sans permission constituent un problème sérieux.

Problème : cette crise des effectifs de l'armée, considérée comme la plus aguerrie d'Europe, se double désormais de turbulences au sommet. En juillet, Volodymyr Zelensky a limogé successivement le ministre de la Défense Mykhailo Fedorov et le commandant en chef des forces armées, Oleksandr Syrsky, remplacé par Mykhailo Drapatyi. Fedorov avait vivement critiqué le fonctionnement du commandement et accusé Syrsky de freiner certaines réformes. Le dernier sondage du Kyiv International Institute of Sociology, réalisé du 20 juillet au 3 août, indique toutefois que 55 % des Ukrainiens interrogés font encore confiance à Zelensky. Trois personnalités le devancent : l'ancien patron de l'armée Valeri Zaloujny (66%), l'ex-ministre Fedorov (63 %) et l'ancien chef du renseignement militaire Boudanov (61%).

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