Kiev repasse à l'attaque… et prend de court ses alliés comme ses adversaires. Avec l'opération «Vivaldi», l'Ukraine a lancé une nouvelle offensive dans le bassin de Donetsk, théâtre de combats acharnés. Près de la ville de Lyman, les troupes ont percé les lignes russes et, selon leurs propres déclarations, ont repris des dizaines de kilomètres carrés.
Les analystes, qui évaluent les informations accessibles au public (OSINT), parlent même d’un gain de terrain pouvant atteindre 240 kilomètres carrés depuis mai. L’Institute for the Study of War (ISW) estime que Kiev reprend ici l’initiative pour la première fois depuis l’offensive de Koursk en 2024.
Mais s'agit-il vraiment d’un tournant majeur – ou simplement d’un dernier sursaut d’énergie avant l’hiver?
«Difficile à évaluer»
«Il est difficile d’évaluer l’offensive Vivaldi dans toute son ampleur», explique Klemens Fischer, expert en géopolitique, à Blick. «D'un côté, les autorités imposent un secret absolu.; de l’autre, on ne peut plus nier que l’Ukraine tente de se créer un répit dans la zone de la ceinture fortifiée.»
En frappant dans le secteur de Lyman, Kiev cherche avant tout à empêcher un vaste encerclement du verrou défensif du Donbass, ultime rempart face aux forces russes. «En choisissant ce champ de bataille, l’Ukraine peut tirer parti de la ligne intérieure et bénéficie ainsi d’avantages liés à des voies logistiques plus courtes.»
Défaite pour la Russie
Sur le terrain, la situation reste très évolutive. «Kiev est toutefois parvenue, pour l'instant, à réduire nettement la pression sur les villes de Sloviansk et Borova, situées à l'arrière», poursuit l'analyste. Conséquence directe: l'objectif de Moscou d'encercler cette zone s’éloigne considérablement pour les semaines à venir.
Le nom de code «Vivaldi» devrait être une référence directe à la célèbre œuvre d’Antonio Vivaldi, «Les Quatre Saisons». Le commandant du 3e corps d’armée, Andri Bilezki, a lui-même expliqué ce lien: «Notre opération s’appelle 'Vivaldi'. Et comme chacun sait, Vivaldi a quatre saisons. Ce n’est que la première d’entre elles.»
C’est pourquoi l’offensive devrait durer plus longtemps. «Le nom de code de l’offensive, Vivaldi, laisse supposer qu’elle s’inscrit dans une perspective à long terme. Il est concevable qu’elle ait débuté cet été (première saison) et que cette période ait servi de phase de préparation», explique Klemens Fischer.
Dans ce schéma, la poussée actuelle sur le secteur de Lyman correspondrait à la deuxième phase (l'automne), actuellement en cours et marquée par des premiers succès partiels. «La troisième phase (l'hiver) viserait alors à stabiliser les positions pour verrouiller le front face aux percées russes durant plusieurs mois. Enfin, une quatrième phase (le printemps) déboucherait logiquement sur une offensive ukrainienne de plus grande envergure.»
Pourquoi ce secret?
L’opération est en cours depuis des mois déjà. L’offensive n’a toutefois été officiellement confirmée que le 15 septembre. Selon Klemens Fischer, cela tient à la propagande de guerre. «Le secret avait surtout du sens pour la première phase, mais avec l’avancée ukrainienne, ce secret est devenu obsolète. A l’heure actuelle, le secret ne peut plus concerner que les plans relatifs aux phases suivantes. »
L'expert rappelle toutefois un principe de réalité militaire: l'état-major russe dispose de suffisamment de compétences techniques pour anticiper les options à la disposition de Kiev.