La principale responsable des dossiers de concurrence au ministère américain de la Justice a annoncé jeudi, sur X, sa démission, sur fond de tensions avec Donald Trump et sa garde rapprochée, accusés de clientélisme.
Selon plusieurs médias, dont la chaîne NBC, le gouvernement Trump s'apprêtait à remplacer Gail Slater, mécontent de sa gestion des dossiers en cours. Sollicité par l'AFP, le ministère de la Justice (DOJ) n'a pas donné suite dans l'immédiat. Les fusions et acquisitions ne sont pas soumises au feu vert du DOJ, qui n'est pas régulateur, mais sa division antitrust peut saisir la justice pour bloquer une opération de nature à amoindrir la concurrence. «C'est avec beaucoup de tristesse et un espoir indéfectible que je quitte ma fonction», a écrit l'avocate de 54 ans sur X.
Ecarté fin juillet, l'un des cadres de son équipe, Roger Alford, avait dénoncé, en août, le fonctionnement du gouvernement Trump, sous influence, selon lui, d'intérêts privés. Il avait évoqué une «bataille» au sein du ministère de la Justice, dont certains membres menaçaient, à son avis, son «intégrité».
«Un scandale»
Roger Alford s'en était notamment pris publiquement au chef de cabinet de la ministre de la Justice Pam Bondi, Chad Mizelle, accusé de «prendre des décisions clefs selon que la demande vient ou non d'un sympathisant MAGA», slogan de Donald Trump (Make America Great Again). Parmi les dossiers sensibles, il avait qualifié de «scandale» la volte-face du gouvernement Trump dans le dossier de l'acquisition du spécialiste des réseaux informatiques Juniper Networks par son concurrent HPE.
Après avoir contesté l'opération en justice, début 2025, le ministère de la Justice a passé un accord amiable avec les deux sociétés, moyennant quelques cessions d'actifs. «La 'politique' du gouvernement Trump en matière de concurrence est celle d'un système à vendre, orchestré par les lobbies», a commenté, dans un communiqué, Matt Stoller, de l'organisation antitrust American Economic Liberties Project.
Il a mentionné le dossier Live Nation, géant de l'organisation de spectacles et de la billetterie, poursuivi par le DOJ pour pratiques anticoncurrentielles et dont le procès civil doit s'ouvrir le 2 mars. Immédiatement après l'officialisation du départ de Gail Slater, le cours de l'action Live Nation a bondi et prenait plus de 3% vers 17H00 GMT. Pour Matt Stoller, c'est le signe que Wall Street s'attend désormais à une transaction de nature à éviter un procès.