Interventions au Venezuela
Face à la nouvelle présidente, Trump a un gros point faible

Donald Trump intensifie la pression sur le Venezuela, en bloquant les exportations de pétrole. La présidente intérimaire Delcy Rodriguez s’appuie sur ses liens avec la Chine, la Russie et l’Iran pour riposter.
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La politicienne expérimentée Delcy Rodriguez semble prête à coopérer avec les Etats-Unis.
Photo: AFP
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Samuel Schumacher

Un nouveau mot s'impose dans les débats à Washington depuis l'aventure militaire vénézuélienne de Donald Trump: «Fafo» («F*** around and find out», soit en français «Fais le con et regarde ce qui se passe»). C'est avec ces mots que les détracteurs de Trump qualifient sa stratégie. 

Aussi confuse que paraisse la situation au Venezuela après la mission des unités d'élite américaines, la démarche de Washington repose sur une ligne directrice claire. Trump s'appuie sur un instrument de pouvoir éprouvé pour tenter de placer l'Etat latino-américain sous contrôle. Mais les Vénézuéliens connaissent le principal point faible des Américains et n'hésiteront pas à l'exploiter si nécessaire.

Objectif: contenir la Chine, la Russie et l'Iran

Précisons d'emblée que les Etats-Unis ne se préoccupent qu'à titre secondaire des immenses réserves de pétrole du Venezuela. Contrairement au début de la guerre en Irak en 2003, la soif américaine d'or noir est largement étanchée en 2026. Les Etats-Unis sont aujourd'hui le premier producteur mondial de pétrole. 

L'objectif central d'un renversement à Caracas est de contenir les Chinois, les Russes et les Iraniens, le triumvirat des adversaires géopolitiques des Etats-Unis. La Chine tente depuis des années de mettre la main sur les terres rares du Venezuela, les Russes y organisent des entraînements militaires et l'Iran y fait construire des drones de combat en périphérie de la capitale. 

Ce qui différencie Delcy Rodriguez de Maduro

En écartant le dirigeant Nicolás Maduro et en exerçant une pression massive sur le gouvernement de transition, Trump entend régler ces trois dossiers d'un seul coup. Mais comment Washington peut-il désormais prendre l'avantage? La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, entretient elle aussi des liens étroits avec les adversaires des Etats-Unis. Il suffit de regarder l'identité des trois premiers responsables à l'avoir félicitée après son investiture: l'ambassadeur de Chine, l'ambassadeur de Russie et l'ambassadeur d'Iran, ce dernier ayant renoncé à lui serrer la main, préférant un salut de la tête.

Trump ne peut pas simplement faire arrêter la nouvelle cheffe du gouvernement vénézuélien comme Maduro. Ce dernier faisait l'objet d'un avis de recherche émis par les Etats-Unis. Selon le droit américain, son enlèvement à Caracas relevait d'une opération de police exécutée par l'armée, et non d'un coup d'Etat. D'autant plus que Maduro n'est pas reconnu par Washington comme un président légitime. A l'inverse, aucun mandat d'arrêt ne vise Rodriguez. Les obstacles politiques et juridiques qu'il faudrait franchir pour l'attaquer seraient bien plus élevés.

Faire pression avec le pétrole

Porter l'opposition au pouvoir constituait une autre option. La lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, qui a même dédié sa distinction à Trump et vit aujourd'hui en exil aux Etats-Unis, se disait prête. Mais les services de renseignement américains ont déconseillé cette voie, estimant que Machado ne bénéficierait pas du soutien de l'armée et ne serait pas en mesure de gouverner efficacement le Venezuela.

Il reste donc la pression directe sur la présidente par intérim Delcy Rodriguez. C'est la stratégie choisie par Trump, qui bloque les exportations de pétrole vénézuélien. Sans ces exportations, qui représentent 90% des ventes du pays à l'étranger, le régime de Caracas manque des revenus nécessaires pour se maintenir. Le Venezuela doit déjà réduire sa production, les capacités de stockage étant saturées en raison du blocage des exportations.

L'atout de Rodriguez

Rodriguez semble avoir compris le message. Mais elle conserve un atout majeur: elle sait que les menaces de Trump ont leurs limites et que les Etats-Unis ne peuvent pas s'emparer du Venezuela d'un simple claquement de doigts. Selon des experts américains, la conquête de ce pays montagneux nécessiterait au moins 150'000 à 200'000 soldats, bien plus que les quelque 16'000 actuellement déployés dans la région. 

Le «président de la paix» à Washington ne pourrait pas se permettre une guerre de guérilla impliquant des pertes américaines. Un conflit majeur en Amérique latine cadrerait mal avec le slogan «America First». En outre, une telle intervention devrait être approuvée par le Parlement américain, contrairement à l'action expéditive menée contre Maduro, ce qui paraît aujourd'hui quasiment impossible. 

Selon toute vraisemblance, le régime vénézuélien – à l'exception de Maduro, tous les acteurs restent en place – finira par céder sans nouvelle invasion américaine, jouera le jeu et continuera parallèlement à s'enrichir grâce aux ressources du pays, comme le font les dirigeants vénézuéliens depuis des générations. Pour la grande majorité des 31 millions d'habitants, rien ne devrait changer. Leur espoir d'une amélioration, aussi désespéré soit-elle, pèse peu dans le bras de fer entre les deux camps. 

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