Hamas désarmé, Israël retiré
Donald Trump va-t-il créer la surprise avec son plan risqué pour Gaza?

Donald Trump présente un nouveau plan pour le Moyen-Orient. Le Hamas devrait déposer les armes et Israël retirer progressivement ses troupes. Le spécialiste Reinhard Schulze juge l’approche prometteuse, mais sa mise en œuvre reste incertaine.
Donald Trump et Benjamin Netanyahu: la paix va-t-elle enfin s'installer dans la bande de Gaza?
Photo: Getty Images
RMS_Portrait_AUTOR_242.JPG
Guido Felder

Le Moyen-Orient est-il à l’aube de son plus grand bouleversement géopolitique depuis des années? A en croire Donald Trump, la percée serait majeure. Par l’intermédiaire de son Conseil pour la paix, créé au début de l’année, le président américain a annoncé un accord visant au «désarmement complet du Hamas et de tous les groupes armés de la bande de Gaza». En contrepartie, l’armée israélienne devrait se retirer progressivement du territoire.

Alors que Washington évoque une étape historique, le scepticisme reste profond sur le terrain. S’agit-il une nouvelle fois d’un vœu pieux de Donald Trump ou le président américain parviendra-t-il réellement à créer la surprise? 

Un pari osé

L’accord repose sur un processus délicat en plusieurs étapes. Afin d’éviter au Hamas l’humiliation d’une capitulation directe, le mouvement ne remettrait pas ses armes à l’armée israélienne. Il les céderait progressivement à l’autorité palestinienne chargée d’assurer la transition, le Comité national pour l’administration de Gaza.

Une force internationale de stabilisation serait chargée de maintenir l’ordre aux côtés d’une nouvelle unité de police locale. Elle superviserait également le démantèlement du réseau de tunnels du Hamas. Dans le même temps, Israël devrait commencer à retirer ses troupes.

Même si cela ne figure pas dans l’accord, Donald Trump pourrait ensuite relancer, avec son gendre Jared Kushner, son projet touristique pour Gaza. Le président américain a déjà affirmé que le territoire pouvait devenir «meilleur que Monaco». Début 2025, il avait proposé de transformer la bande côtière dévastée, après l’évacuation de sa population, en une «Riviera du Moyen-Orient» réservée à une clientèle fortunée.

L’ONU soutient cette initiative

Le nouvel accord de Donald Trump s’inscrit dans la continuité de son «plan de paix» présenté en 2025. Sa première phase avait permis la libération des derniers otages israéliens en échange de prisonniers palestiniens, ainsi que la reprise des livraisons d’aide humanitaire. La suite du processus s’était toutefois enlisée.

Le nouveau projet semble mieux structuré. «L’objectif et les différentes étapes sont clairement définis. Cela augmente, du moins sur le papier, les chances de voir le processus aboutir», estime Reinhard Schulze, spécialiste du Moyen-Orient. Alors qu’en 2023 le processus manquait encore de garanties, il bénéficie aujourd’hui d’un cadre juridique international. Le mandat accordé par l’ONU renforce ainsi la légitimité du Conseil pour la paix de Donald Trump. 

Reste à savoir si les deux principales parties, Israël et le Hamas, accepteront réellement le plan. Jusqu’à présent, le mouvement islamiste n’a guère été considéré comme un partenaire fiable. Reinhard Schulze estime toutefois que la situation a évolué et se dit «prudemment optimiste». «Avec l’élection de Khalil al-Hayya à la tête du Hamas, les chances de voir cette solution aboutir ont augmenté», affirme-t-il. Khalil al-Hayya, dirige le mouvement depuis lundi. Il pourrait accepter certaines concessions afin de conserver une influence politique dans la bande de Gaza. 

Une solution est également nécessaire en Cisjordanie

Israël n’a pas encore officiellement réagi au plan de Donald Trump. Le scepticisme et la méfiance restent toutefois importants. «On peut se demander si Benjamin Netanyahou pourra approuver l’accord sans obtenir une interprétation qui corresponde aux intérêts israéliens», analyse Reinhard Schulze.

Selon lui, Israël ne chercherait pas seulement à neutraliser et à désarmer le Hamas, mais aussi à obtenir sa dissolution complète. Même s’il était appliqué, le plan de Donald Trump serait loin de garantir un apaisement durable au Moyen-Orient. «La véritable clé de la paix réside dans l’intégration du désarmement. Mais cela implique aussi que l’Etat israélien endigue la violence des colons israéliens en Cisjordanie et procède à leur désarmement», souligne Reinhard Schulze.

Pour le spécialiste, le projet de Donald Trump est cohérent et poursuit un objectif clair. Il appelle toutefois à ne pas céder à un optimisme excessif. «L’accord est encore loin d’être conclu», avertit-il.

Articles les plus lus