Droits de douane illégaux
Après sa défaite face à la Cour suprême, Trump cherche à transformer ce revers en atout

Trump a perdu sa bataille face à la Cour suprême, mais cherche maintenant à en tirer profit. Malgré sa rhétorique provocatrice, sa stratégie politique vient de prendre du plomb dans l'aile.
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Donald Trump a perdu face à la Cour suprême mais veut tourner cette humiliation en opportunité politique.
Photo: IMAGO/UPI Photo
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Chiara Schlenz

Lorsque Donald Trump perd une bataille, il tente toujours d'en tirer un avantage. La Cour suprême a annulé sa politique douanière mondiale par 6 voix contre 3, dont deux de ses propres juges. A Washington, cela est perçu comme une véritable humiliation. Mais le président américain compte bien transformer cette défaite en une opportunité majeure.

Car les droits de douane, loin d'être un atout politique, étaient devenus un fardeau pour Trump. Pensés pour protéger l'industrie et mettre la pression sur les partenaires commerciaux, ils ont plutôt déstabilisé les marchés, augmenté le coût des importations et fait chuter sa popularité économique, même chez les républicains. Avec une croissance faible et un marché de l'emploi décevant, Trump s'accrochait bec et ongles à un outil nuisible – dont la Cour suprême lui retire désormais le contrôle.

Cela offre à Trump une parfaite porte de sortie: abandonner sans paraître vaincu. Il peut désormais rejeter la faute sur des juges «déloyaux» sabotant son programme, transformant un enjeu économique en affrontement personnel avec la justice. C'est un terrain qu'il connait bien: le conflit avec les institutions et les élites renforce sa stratégie politique. Sa défaite pourrait ainsi devenir un levier pour mobiliser ses partisans, en accusant le tribunal plutôt que ses droits de douane.

Une réaction spontanée

Pour l'instant, Trump n'a pas exploité cette opportunité. Au lieu de présenter l'arrêt comme une excuse stratégique, il a immédiatement annoncé de nouveaux droits de douane – d'abord 10%, puis 15%. Le retrait aurait été politiquement facile à justifier, mais Trump repart déjà à l'attaque. Un réflexe instinctif peut-être, mais cela lui fait perdre l'avantage offert par le jugement: la possibilité d'abandonner une mesure impopulaire sans paraître faible.

Pour beaucoup de républicains au Congrès, ce jugement tombe à pic. Ils étaient de plus en plus mal à l’aise avec la guerre commerciale de Trump, mais par loyauté, n'avaient guère critiqué. Désormais, le tribunal a freiné la mesure à leur place, leur offrant de solides arguments – un atout précieux en année électorale.

Le style Trump en prend un coup

Mais ce supposé jackpot a un revers. Juridiquement, Trump est affaibli: le tribunal a fixé des limites claires. Ses marges pour imposer de nouveaux droits de douane, rapidement, à l'échelle mondiale ou sur le long terme, sont restreintes. Les fondements juridiques alternatifs n'autorisent que des hausses limitées et souvent temporaires. Les partenaires commerciaux en sont conscients et négocient avec plus d'assurance, ce qui ternit l'image de Trump en négociateur impitoyable capable de tout actionner à tout moment.

Le jugement envoie aussi un signal à l'intérieur du pays. La Cour suprême, longtemps perçue comme pro-Trump, a souvent validé ses projets. Si cette décision sur les droits de douane n'est pas un cas isolé, elle pourrait annoncer des conflits plus importants. D'autres affaires touchant ses initiatives centrales sont en cours, et si les juges continuent à poser des limites, le style de Trump – décrets rapides et pouvoir présidentiel maximal – pourrait être sérieusement remis en cause.

Même si Trump parvient à tourner sa défaite en triomphe rhétorique, les problèmes économiques demeurent. Avec ou sans droits de douane, l'économie américaine peine à soutenir les républicains en année électorale. Si la croissance et l'emploi restent faibles, même ses attaques les plus virulentes contre le tribunal n'y changeront rien.

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