«Je voulais juste mourir»
Elle a survécu à Tchernobyl et raconte des années d'enfer

Exposée aux radiations de Tchernobyl, Janina Scarlet a grandi entre hôpitaux et harcèlement. Son livre révèle comment elle a transformé son passé en force grâce à des personnages comme ceux de «X-Men».
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Janina Scarlet était encore une petite fille lorsque la catastrophe nucléaire de Tchernobyl s'est produite.
Photo: Instagram @drjaninascarletofficial
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Blick Newsdesk

Janina Scarlet est née en Ukraine. Enfant, elle a vécu la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Aujourd’hui psychologue américaine, elle a longtemps subi les conséquences de l’exposition aux radiations, avec un système immunitaire affaibli et de fortes migraines.

Dans son livre «Learning to Accept What You Can't Change» (en français: «Apprendre à accepter l'immuable»), elle raconte son parcours et la manière dont elle a appris à gérer ce traumatisme. Contrairement aux films Marvel, elle n’a pas développé de super-pouvoirs après la catastrophe nucléaire. Elle a au contraire passé une grande partie de son enfance à l’hôpital, selon un témoignage publié sur la plateforme polonaise Medonet

Etes-vous «radioactive»?

A l’âge de douze ans, elle a émigré aux Etats-Unis avec sa famille. Après avoir été victime d’antisémitisme en Ukraine, elle espérait une vie meilleure au «pays des opportunités». Mais les débuts ont été difficiles. Janina Scarlet a été victime de harcèlement à l’école. «Les enfants me demandaient si j’étais 'radioactive', 'contagieuse' ou si je brillais dans le noir. Les moqueries constantes, l’humiliation publique et l’exclusion sociale étaient insupportables.»

A la maison, Janina Scarlet a aussi subi des abus physiques et psychologiques. «Pendant une année entière, je n’avais qu’une envie: mourir. Ce n’était pas seulement à cause des brimades, des abus ou de mes problèmes de santé. A cet âge, chaque fois que je parlais de ma dépression ou de mon anxiété, soit on se moquait de moi à l’école, soit j'étais punie à la maison.» 

Ignorer ses propres besoins

Les conseils invitant à se concentrer sur le positif ne faisaient qu’accentuer sa honte. Janina Scarlet évitait les conflits, passait du temps avec des personnes qui la traitaient mal. Elle a aussi développé une sorte de syndrome de «sauveur». 

«J’arrivais souvent à l’école au moins une heure plus tôt pour aider le professeur de géographie à préparer son cours. Je restais après les cours, ou passais ma pause de midi à donner des cours particuliers à d’autres élèves ou à aider les professeurs à corriger les tests et les devoirs», explique-t-elle.

«Je disais oui à tous ceux qui avaient besoin de moi, j’ignorais mes propres besoins et j’oubliais que je n’étais qu’un être humain.» Le déclic est venu avec le premier film de la série «X-Men». «C’était comme si je voyais ma propre vie sur un écran.» 

«J'ai pleuré pendant presque tout le film»

Elle a compris que son passé n’avait pas fait d’elle une victime, mais qu’il l’avait aussi sauvée. Elle a réalisé qu’elle n’était pas seule avec ses émotions. «J’ai surtout compris que mes expériences intérieures n’étaient pas seulement légitimes, mais essentielles pour comprendre ce que j’avais vécu. Voir la solitude, les abus et l’oppression à travers des personnages fictifs m’a permis de mieux saisir mes propres expériences.»

Elle écrit ensuite: «J’ai pleuré pendant presque tout le film, et c’étaient des larmes de tristesse et de douleur que j’avais refoulées pendant plus d’une décennie.»

Aujourd’hui, Janina Scarlet remet en question l’idée, encore trop répandue, selon laquelle exprimer des émotions douloureuses comme la tristesse ou la peur serait une faiblesse. Elle est convaincue que la force ne réside pas dans le fait de refouler la douleur, mais dans le courage de la laisser s’exprimer.

Cet article est d'abord paru sur medonet.pl, un portail polonais d'information sur la santé qui, comme Blick, appartient à Ringier.

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