Xi Jinping, Vladimir Poutine, Kim Jong Un, Aleksandar Vucic et enfin: Ueli Maurer. L'ancien conseiller fédéral de l'Union démocratique du centre (UDC) assistera mercredi à un défilé militaire chinois à Pékin, entouré de chefs d'Etat, et cette annonce fait polémique.
Pour le 80ème anniversaire de sa victoire sur le Japon, Pékin met les petits plats dans les grands. Des dizaines de milliers de soldats au pas de charge, des centaines de chars et des avions de combat sont prévus pour l'occasion. Avec cette parade, la Chine veut montrer sa puissance militaire à Taïwan. En effet, le gouvernement américain et les experts prévoient que Pékin, dans l'ombre d'autres conflits, attaquera prochainement l'Etat insulaire.
Une attaque chinoise se profile
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a déjà tiré la sonnette d'alarme. «Nous savons que Xi Jinping a demandé à son armée d'être prête pour une invasion de Taiwan d'ici 2027», a-t-il récemment déclaré devant ministres, militaires et experts.
Le vice-ministre des Affaires étrangères de Taïwan, François Chihchung Wu s'est également exprimé dans une interview. «Nous ne devons pas être aussi naïf que par le passé. La Chine prépare l'invasion de Taiwan», a-t-il affirmé.
Les opérations militaires annuelles, nommées Han Kuang, au cours desquelles Taïwan s'entraîne à réagir militairement à une attaque chinoise, n'ont jamais été aussi importantes. 22'000 réservistes y ont participé, soit 50% de plus que l'année précédente. Les exercices ont duré dix jours, soit deux fois plus longtemps que d'habitude. L'accent a notamment été mis sur le combat en zone urbaine. D'autres exercices ont porté sur le sauvetage de victimes après une attaque.
Pékin s'est massivement équipée
Simona A. Grano, spécialiste de la Chine et de Taïwan à l'université de Zurich, ne veut pas se prononcer sur la possibilité que la Chine attaque Taïwan prochainement. Pour l'experte, une telle attaque dépend de nombreuses variables. Par exemple, la récession économique actuelle ainsi que le désenchantement croissant de la population vis-à-vis du Parti communiste.
La volonté de la Chine de récupérer Taïwan est toutefois «indéniablement présente». Pour Simona A. Grano, «le développement massif de la marine, l'acquisition de nouvelles plateformes pour d'éventuels débarquements et la coordination croissante entre les différentes branches de l'armée montrent que l'Armée populaire de libération développe des capacités qu'elle n'avait pas il y a encore quelques années».
L'experte trouve alarmant que des pays comme la Chine, la Russie et l'Iran se rapprochent. En cas de conflit à Taïwan, les alliés pourraient décider de jouer un rôle de soutien. C'est déjà le cas avec la Chine et l'Iran qui soutiennent la Russie dans la guerre en Ukraine.
Le soutien de Trump incertain
La grande question est de savoir si les Etats-Unis se précipiteront à la rescousse de leur allié taïwanais en cas d'attaque. Selon Pete Hegseth, le gouvernement américain ne cherche pas à entrer en conflit «avec la Chine communiste». Mais d'un autre côté, les Etats-Unis affirment qu'ils ne supporteraient pas que leurs alliés et partenaires soient subordonnés à la Chine. Philipp Adorf, expert des Etats-Unis à l'université de Bonn, estime qu'«il ne faudrait pas s'attendre à une aide américaine fiable, la décision de Trump dépendra probablement de calculs entre coûts et bénéfices à court terme».
Il existe de nombreux scénarios dans lesquels la Chine pourrait attaquer Taïwan, dont le gouvernement est indépendant depuis 1949. L'option la plus probable serait un blocus aérien et maritime, une cyber-attaque à grande échelle et une coupure des câbles sous-marins. Les touristes auraient ainsi la possibilité de quitter le pays sans être exposés au risque d'une attaque militaire. Mais il est aussi probable que la Chine attaque l'île simultanément par les airs et par voie maritime avec des sous-marins.
Ueli Maurer critiqué
Le défilé de mercredi, au-delà de la mise en scène internationale, sert à intimider Taïwan. Serait-il un signal de départ pour lancer une attaque contre l'Etat insulaire?
Simona A. Grano ne comprend pas qu'Ueli Maurer assiste à ce spectacle. «Participer à un défilé avec un ensemble de dictateurs et chefs d'Etats qui ne respectent pas les règles démocratiques est clairement en contradiction avec les valeurs de neutralité de notre pays.»