Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. «Moustafa Khalil Abdi est nommé conseiller auprès de la présidence de la République», indique le décret signé par Ahmed al-Chareh et publié par l'agence de presse officielle Sana.
Moustafa Khalil Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat.
L'accord d'intégration représente une victoire majeure pour Ahmed al-Chareh, mais met fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes. «Absolument historique»: l'envoyé spécial américain en Syrie, également ambassadeur en Turquie, Tom Barrack, s'est félicité mardi de cette décision qui «ressemble à une véritable intégration (...) visant à renforcer la souveraineté de la Syrie».
«Sacrifices consentis»
«Garantir des rôles de premier plan à nos précieux partenaires», y compris Moustafa Khalil Abdi au sein du gouvernement, «témoigne du respect dû à leur leadership, aux sacrifices consentis par nos partenaires kurdes et à la contribution constructive qu'ils ont apportée à la stabilité régionale», avait ajouté Tom Barrack, sans préciser quel rôle l'ex-chef des FDS était appelé à occuper. Les FDS ont été formées en 2015 à l'initiative des Etats-Unis, impressionnés par les combattants kurdes qui avaient vaincu l'EI à Kobané, dans le nord de la Syrie, et qui cherchaient un partenaire fiable dans la lutte en cours contre les jihadistes.
A leur apogée, elles comptaient environ 100'000 combattants, kurdes et arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole. Mais Mustafa Khalil Abdi a adhéré à l'accord d'intégration à la suite des affrontements de janvier dernier, au cours desquels les Kurdes ont perdu de vastes portions de territoire au profit des troupes gouvernementales, alors même que Washington, soutien de longue date des Kurdes, se rapprochait des nouvelles autorités de Damas.
Ahmed al-Chareh a de son côté signé un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale - une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946. Moustafa Khalil Abdi a annoncé la semaine dernière que l'intégration de l'administration kurde à l'Etat syrien était achevée, ajoutant «notre combat se poursuivra afin d'inscrire les droits de notre peuple dans la Constitution.»