Vague de théories complotistes
Le mystère est total autour de six morts retrouvés dans une forêt bulgare

Six corps ont été retrouvés dans le massif des Balkans en Bulgarie. L’affaire alimente une vague de théories complotistes dans le pays.
La découverte de six corps en forêt agite la Bulgarie.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Depuis près de deux semaines, la Bulgarie est secouée par une vague de théories complotistes autour d'un fait divers aux allures de polar noir, la découverte des corps de cinq hommes et d'un adolescent dans le massif des Balkans. Un procureur a comparé l'affaire à la série américaine «Twin Peaks», célèbre pour son atmosphère forestière et mystérieuse, tandis que la police a évoqué un fait divers «sans précédent».

Début février, cette dernière avait découvert les corps de trois hommes, âgés de 45, 49 et 51 ans et tués par balle, dans la cour d'un refuge privé incendié près du col de Petrohan, dans le nord-ouest du pays. Deux autres hommes - Ivaylo Kalushev, 51 ans, considéré comme le chef du groupe, et Nikolay Zlatkov, 22 ans – ainsi qu'un garçon de 15 ans étaient quant à eux portés disparus. Six jours plus tard, ils ont à leur tour été retrouvés morts par balle dans un camping-car près du mont Okolchitsa, dans le même massif.

Meurtres et suicides?

Selon les enquêteurs, l'hypothèse privilégiée est celle de meurtres et de suicides, dans un contexte de soupçons de dérive sectaire et d'abus sur mineurs – un élément qui ajoute à l'émotion et aux spéculations autour de l'affaire. Trois des victimes étaient membres de la direction de l'«Agence nationale pour le contrôle des territoires protégés», une ONG qui se présente comme écologiste et organise des camps pour les jeunes en pleine nature.

Toutes les victimes avaient résidé dans le refuge incendié et certaines détenaient légalement des dizaines d'armes à feu. Une partie de l'opinion publique refuse cependant de croire à la version des autorités, dans un pays classé parmi les plus corrompus d'Europe et marqué par une défiance chronique envers les institutions.

Mossad et MI6

Sur les réseaux sociaux, des milliers d'internautes relaient ainsi des publications infondées évoquant un complot impliquant un cartel sud-américain, les services russes, des trafiquants d'êtres humains ou encore une organisation paramilitaire. D'autres croient déceler une tentative de manipulation à l'approche des élections prévues en avril, après la démission du gouvernement à la suite de manifestations contre la corruption en décembre.

Des images générées par intelligence artificielle (IA) accompagnent ces publications. L'une d'elles montre des commandos en 4x4 noirs s'éloignant d'un refuge censé être le lieu du drame. «Elimination par le MI6 et le Mossad, avec deux équipes en jeep, à la suite d'une fuite d'informations depuis le centre logistique (le refuge) concernant un trafic vers l'Europe de l'Ouest! Toutes les autres versions, c'est du blabla !», assure un internaute. La défiance a atteint un niveau tel que sur une chaîne de télévision nationale, un animateur a demandé à la mère d'une des victimes de montrer ses papiers en direct pour prouver son identité.

Pour Rositsa Dzhekova, experte en radicalisation et désinformation au Centre pour l'étude de la démocratie, à Sofia, «l'explosion des théories du complot autour de cette affaire tragique et sans précédent ne s'est pas produite sans raison». Elle souligne que la Bulgarie part d'un niveau de confiance dans les institutions et les médias structurellement bas, accentué par «plusieurs éléments» dont un flot d'infox et de «graves déficiences de communication des institutions publiques».

Crise de crédibilité

Mercredi, près de 200 personnes se sont rassemblées devant le ministère de l'Intérieur pour réclamer la démission du ministre. Une pétition en ligne appelle par ailleurs à l'ouverture d'une enquête internationale indépendante. Cela montre «la grave crise de crédibilité» à laquelle la police et le parquet bulgares sont confrontés, car ils «n'ont pas su démontrer qu'(ils) servent l'intérêt général», a déclaré à l'AFP Joeri Buhrer Tavanier, ancien conseiller résident de la Commission européenne en Bulgarie sur les questions d'Etat de droit.

«Le niveau déjà très faible de confiance de la population envers les institutions a subi un nouveau choc majeur, dont il sera très difficile de se relever», ajoute-t-il. Dans ce contexte préélectoral, «les tragédies sont facilement instrumentalisées pour polariser davantage l'opinion», conclut l'experte Rositsa Dzhekova.


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