«Il fuit les caméras»
La crise au Népal devient le baptême du feu du Premier ministre

Le Népal fait face à sa pire catastrophe depuis 2015: une crue causée par l'effondrement d'un glacier a fait 1000 morts et 4000 disparus. Le Premier ministre Balendra Shah doit prouver sa capacité à gérer cette crise.
Le Premier ministre népalais, Balendra Shah, au palais présidentiel de Katmandou, au Népal, le 27 mars 2026.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • Le Premier ministre népalais Balendra Shah, au pouvoir depuis six mois, fait face à une crise majeure après une crue meurtrière causée par l'effondrement d'un glacier himalayen à la frontière avec la Chine. Cette catastrophe a ravagé une vallée entière et provoqué un millier de morts ainsi que près de 4000 disparus.
  • Le coût des dégâts, estimé en milliards de dollars, met à rude épreuve l'économie fragile du Népal, dépendante des transferts d'argent et du tourisme. La route reliant le Népal à la Chine, essentielle au commerce, a été totalement détruite.
  • Près de 4000 personnes restent portées disparues, tandis que la gestion de la crise par Balendra Shah suscite des attentes élevées. L'aide internationale promise sera un test pour ses promesses de transparence et de lutte contre la corruption.
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AFP Agence France-Presse

Elu il y a six mois pour transformer le Népal, l'inexpérimenté et insaisissable Premier ministre Balendra Shah est confronté depuis une semaine à sa première crise d'envergure: la crue meurtrière qui a dévasté toute une vallée du nord du pays. Causée par l'effondrement d'un glacier de l'Himalaya, à la frontière avec la Chine, la vague d'eau et de débris a fait, selon un bilan encore provisoire, un millier de morts et près de 4000 disparus.

La facture des dégâts s'annonce énorme pour l'économie fragile du petit pays himalayen, largement dépendante des transferts d'argent de ses citoyens travaillant à l'étranger et du tourisme. Le désastre intervient presqu'un an jour pour jour après le soulèvement, réprimé dans le sang, de la jeunesse du pays contre la corruption, qui a précipité la chute du gouvernement précédent.

Surnommé «Balen», le populaire rappeur devenu maire de la capitale Katmandou Balendra Shah, 36 ans, a surfé sur la vague de la révolte pour s'imposer haut-la-main aux législatives de mars. Mais la discrétion de cet homme aux lunettes et aux vêtements noirs, qui ne s'est jamais exprimé publiquement depuis, a jeté le doute sur son aptitude à diriger le pays et à tenir ses engagements.

Dès le lendemain de la catastrophe, la plus meurtrière au Népal depuis le tremblement de terre de 2015, le chef du gouvernement s'est rendu auprès de sinistrés. Nombre de ses administrés l'ont apprécié. «Le gouvernement actuel est peut-être inexpérimenté mais il fait de son mieux», résume Prakash Aryal, dont plusieurs membres de la famille ont disparu après la crue. «Ceux d'avant ne nous auraient même pas répondu. Cette fois, l'Etat nous aide.»

«Des attentes très fortes»

«Pendant le séisme, l'Etat n'était quasiment pas sur le terrain», confirme le directeur de la publication du Nepali Times, Kunda Dixit. «C'est réconfortant pour la population», ajoute-t-il, «mais au final le pouvoir sera évalué sur l'efficacité des secours». 

«Vu l'ampleur du désastre, il y a forcément des secteurs où nous pouvons faire mieux», concède d'ores et déjà auprès de l'AFP le ministre des Affaires étrangères, Shisir Khanal. «Nous écoutons les gens (...) «nous faisons au mieux.» La gestion de la crise humanitaire qui s'est ouverte constitue un défi de taille pour le gouvernement.

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Ces inondations sont sa première occasion de prouver que sa bonne volonté peut survivre à une crise majeure
Brian Braun, du centre de réflexion Control Risks
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«Les attentes étaient très fortes quand 'Balen' est arrivé au pouvoir, surtout chez les jeunes qui le voyaient comme un homme de rupture», rappelle Brian Braun, du centre de réflexion Control Risks. «Six mois plus tard, le bilan est plus contrasté», ajoute-t-il, rappelant que s'il a tenu parole en matière de lutte anticorruption, ses promesses de relancer l'économie et l'emploi tardent à se concrétiser. 

«Ces inondations sont sa première occasion de prouver que sa bonne volonté peut survivre à une crise majeure», poursuit Brian Braun. Depuis une semaine, sa façon de gouverner, le «style Balen», est scrutée à la loupe. Fidèle à son habitude, c'est sur les seuls réseaux sociaux que Balendra Shah a appelé ses concitoyens à «faire corps» après la catastrophe.

«Une reconstruction prioritaire»

«Il fuit les caméras, il ne s'adresse pas à la nation quand les gens l'attendent», relève Ashish Pradhan, du centre de réflexion International Crisis Group. Mais l'opinion s'accommode de cette «façon différente de faire de la politique», ajoute-t-il. L'ampleur du désastre – son coût se chiffre en «milliards de dollars, a déjà évalué le ministre Shisir Khanal – devrait toutefois le contraindre à mettre ses velléités de changement entre parenthèses.

«La reconstruction pourrait prendre la priorité sur les réformes», anticipe Ashish Pradhan. Brian Braun insiste lui aussi sur l'impact économique des dégâts considérables infligés aux infrastructures du pays, notamment énergétiques, qui lui permettent normalement d'exporter de l'électricité. En outre, la route qui relie le Népal à la Chine, vitale pour le commerce bilatéral, a été totalement détruite par la vague qui balayé la région, relève-t-il. La catastrophe devrait enfin installer le thème du changement climatique au premier rang des priorités du pays. Balendra Shah lui a attribué la responsabilité du désastre et appelé le monde à l'aide.

Le réchauffement de la planète pourrait même s'imposer désormais comme «un impératif de sécurité nationale», estime Ashish Pradhan. D'ici là, l'aide internationale promise au Népal permettra d'éprouver les promesses de «Balen» Shah d'éradiquer la corruption, avance Kunda Dixit. «On va voir comment cet argent sera dépensé», dit-il, «et s'il bénéficie à ceux qui en ont le plus besoin».



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