«Danger», «dangereux», «peur». Trois mots omniprésents dans ce «Baroudeurs», premier documentaire d’une série de trois où Loury Lag s’enfonce dans la jungle du Honduras, avant de goûter à la morsure du froid des montagnes de l’Alaska, puis à la sécheresse du désert épineux de Madagascar. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bonhomme n’a pas exagéré dans sa volonté d’explorer les territoires les plus hostiles.
Mais là où d’autres n’ont vu qu’exploits sportifs – à l’instar d’un Mike Horn qui a parcouru les 6700 km de l’Amazone en hydrospeed – ou épreuves de survie – comme Bear Grylls qui adore montrer qu’il peut boire son urine ou manger les vers d’un cadavre de cervidé quand les temps sont durs –, Loury Lag a pour ambition de raconter également la vie de ceux qui survivent dans ces lieux extrêmes.
Pour ce premier périple, le Français se lance dans la traversée de la Mosquitia, 350'000 hectares d’enfer vert, une jungle qui ne se repose jamais, à l’ouest du Honduras. Même les aventuriers les plus avertis auraient plutôt envie d’éviter cet endroit où les moustiques et autres insectes sont omniprésents. «Une seule piqûre de certains d’entre eux et vous attrapez la lèpre», relève Loury Lag entre deux coups de machette. A cela, s’ajoutent les serpents, les araignées, les jaguars, les caïmans et une végétation qui lacère la peau.
L’autre danger: les narcotrafiquants
Mais il est une autre présence autrement plus imprévisible sur ce terrain de jeu hostile: les narcotrafiquants, qui règnent sur toute la zone pour y faire transiter la cocaïne colombienne. Pas un camion abandonné sur le chemin qui ne soit criblé de balles, pas un homme dans les villages qui ne soit armé. Chaque rencontre fait froid dans le dos mais, malgré cela, l’explorateur et ses trois compagnons d’aventures, un fixeur hondurien (collaborateur local qui aide les équipes de tournage), un réalisateur et son assistant, n’ont jamais songé à reculer. D’ailleurs, le pourraient-ils?
«Mieux vaut respecter leurs règles. Dès que tu es sur la route, les narcos le savent», l’avertit son fixeur. Et l’aventurier de lui répondre, presque avec désinvolture: «On verra bien, croisons les doigts pour qu’on ne se fasse pas buter.» Il faut dire que se montrer curieux est une seconde nature chez lui. «Tu poses trop de questions», ne cessent de lui reprocher les narcos à qui il s’adresse, mais Loury Lag continue, soucieux de montrer la vie dans cette jungle. Le terme de ce voyage se situe au-delà de la jungle, dans l’océan, sur un îlot d’où partent des pêcheurs de homards sans jamais savoir s’ils reviendront vivants, morts ou estropiés tant les conditions de plongée sont risquées.
Moins connu du grand public que Mike Horn ou Bear Grylls, Loury Lag n’en est cependant pas à sa première expérience télé. L’an dernier, il a pris la relève de l’aventurier suisse à la tête de The Island: l’île du bagne, une aventure diffusée sur M6 dans laquelle une poignée de personnalités, dont la Vaudoise Daniela Capone, ont dû se débrouiller pour survivre sur une île déserte en Thaïlande pendant dix jours.
Transparence et engagement
Mais qui est vraiment cet aventurier de 39 ans? Eduqué à la dure par un père violent, il a grandi en mode survie avant de basculer dans la délinquance et de connaître la prison à 20 ans. C’est entre quatre murs qu’il découvre l’écriture, avant de transposer l’adrénaline de ses anciens braquages dans les milieux les plus hostiles de la planète.
S’il est souvent présenté comme l’héritier de Mike Horn, il refuse de romancer ses expéditions. A l’ère de la traçabilité GPS, il prône une transparence totale, acceptant d’exposer ses failles et ses échecs. Cet aventurier moderne se distingue aussi par un engagement écologique strict, refusant catégoriquement les financements de l’industrie pétrolière. Eloigné du star-système et des récits de fiction, il impose sa vision brute du terrain. «J’ai envie de revenir à un ADN authentique de l’aventure: du danger, du vrai, sans aucun filet, ni filtre, assure-t-il. Une erreur en tournage, et c’est terminé...»
Cet article a été publié initialement dans le n°22 de «L'illustré», paru en kiosque le 28 mai 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°22 de «L'illustré», paru en kiosque le 28 mai 2026.