En bref
- Un tribunal kényan a condamné Paul Mackenzie et 28 complices pour le meurtre de 191 personnes, dont 190 enfants, au sein de leur secte dans la forêt de Shakahola entre 2021 et 2023.
- Les victimes, radicalisées, avaient été poussées à mourir de faim pour «rencontrer Jésus».
- Au total plus de 400 morts sont redoutés.
Un gourou autoproclamé et ses complices ont été reconnus coupables des meurtres de 191 personnes, dont 190 enfants, au sein de leur secte. Celle-ci encourageait ses disciples à mourir de faim au Kenya pour «rencontrer Jésus».
Des centaines de corps avaient été découverts en 2023 dans l'arrière-pays près des plages de Malindi, dans le sud du Kenya, dans ce qui allait devenir ce que les médias ont appelé le «massacre de la forêt de Shakahola», une des pires tragédies liées à des dérives sectaires dans l'histoire du pays.
Le pasteur autoproclamé Paul Mackenzie et ses complices ont plaidé non coupable dans l'affaire des 191 meurtres. «J'estime que l'accusation a apporté la preuve de la culpabilité des 29 prévenus dans le meurtre de 190 enfants et d'un adulte», a déclaré la juge Diana Kavedza Mochache, du tribunal de Mombasa (est du Kenya).
La magistrate a également «rejeté l'argument de la défense selon lequel les victimes - qui étaient toutes âgées de moins de 16 ans - auraient volontairement jeûné jusqu'à en mourir», et déclaré «les 29 accusés coupables des faits qui leur sont reprochés». Paul Mackenzie, impassible lors de la lecture du verdict, fait également face, dans des affaires distinctes, à des accusations supplémentaires d'homicide involontaire et de terrorisme, pour lesquelles il a également plaidé non coupable.
Tout un pays bouleversé
Trois ans après la découverte macabre de 2023, d'autres corps d'enfants, de femmes et d'hommes ont été déterrés dans les zones environnantes, portant le total à plus de 400 morts. Des proches des victimes étaient présents au tribunal, beaucoup étant originaires de communautés rurales qui se trouvent le long de la côte.
L'affaire a bouleversé les Kényans, dont beaucoup ont demandé des réglementations plus fortes pour encadrer les organisations religieuses, notamment après qu'il est apparu que Paul Mackenzie avait été arrêté à deux reprises par le passé, puis relâché. Mais dans ce pays majoritairement chrétien et conservateur, où la pêche aux voix se fait beaucoup dans les lieux de culte, l'idée n'a pas été suivie d'effet.
Paul Mackenzie, ancien chauffeur de taxi, était accusé d'avoir encouragé ses disciples à mourir de faim pour «rencontrer Jésus» avant la fin du monde, annoncée par la secte pour 2023. Le parquet kényan a salué un verdict «historique» dans cette affaire qui a bouleversé ce pays majoritairement chrétien et conservateur.
Le gourou va faire appel
L'avocat de la défense, Lawrence Obonyo, a indiqué que ses clients allaient faire appel. Pendant le procès, le tribunal a écouté plus de 200 témoins des événements qui se sont déroulés entre 2021 et 2023 dans un ranch de 325 hectares dans la forêt de Shakahola.
Le parquet a estimé que Paul Mackenzie «a initié et a dirigé» la pratique de jeûnes extrêmes, estimant qu'il existait une «hiérarchie de la mort»: les enfants d'abord, puis les adolescents, les femmes ensuite, et enfin les hommes. L'accusation affirme que les enfants «sont morts de faim», «d'asphyxie», «de points de compression au niveau du cou» et de «blessures traumatiques à la tête», d'après des rapports d'autopsie.
Les avocats de Paul Mackenzie ont déclaré que l'affaire était «largement fondée sur des preuves circonstancielles, des témoignages de seconde main et des conclusions médico-légales non probantes». Le gourou avait été arrêté en avril 2023, après que certains fidèles avaient été secourus lorsqu'un groupe de défense des droits humains avait alerté les autorités.
Plus de 400 morts redoutés
L'opération policière avait mis au jour des centaines de fosses communes peu profondes. Une pause dans les fouilles avait dû être décrétée lorsque les morgues locales s'étaient retrouvées débordées par la quantité de corps retrouvés.
La Commission nationale kényane pour les droits humains a déclaré en 2024 que le bilan s'élevait à 429 morts, dont certains n'ont toujours pas été identifiés. Mais en janvier, Paul Mackenzie a été encore une fois mis en accusation après la découverte de 52 nouveaux corps dans un village voisin.
Le tribunal a également établi que 72 victimes sont mortes de faim, et d'autres des suites d'asphyxie, «de point de compression au niveau du cou» et de «blessures traumatiques à la tête». Bien que la cause du décès de 110 personnes n'ait pu être établie en raison d'un état de décomposition avancé de leurs corps, le tribunal a estimé, en s'appuyant sur un faisceau d'indices, que l'on pouvait déduire que ces victimes étaient également mortes de faim.
Caractéristiques propres à une secte
La juridiction a également conclu que l'église de Mackenzie présentait les caractéristiques propres à une secte. Celle-ci avait en effet radicalisé ses membres par le biais de principes fondés notamment sur l'isolement et la domination, tout en rompant les liens familiaux, au point que des mères en sont venues à affamer leurs enfants.
«C'est là, en fin de compte, toute la perversité de la radicalisation», a déclaré la juge Mochache. «Ce qui était autrefois impensable devient un acte d'obéissance, et ce qui relevait autrefois de l'instinct devient un péché.»
Il avait établi «the Good News International Church» (l'Eglise internationale de la Bonne Nouvelle) en 2003, ouvrant des antennes à Nairobi et le long de la côte kényane, sur l'océan Indien, qui ont attiré des milliers de disciples avant qu'il ne décrète leur fermeture en 2019. Il avait été arrêté en 2017 pour des accusations de «radicalisation», puis acquitté, et de nouveau arrêté en 2019 à Shakahola, après la mort de deux enfants par famine.