Un chiffre invraisemblable
Zelensky livre un premier bilan soulevant doutes et scepticisme

Le président Zelensky chiffre les pertes ukrainiennes à 55'000 morts depuis 2022, provoquant le scepticisme. Des estimations indépendantes évoquent jusqu'à 600'000 victimes militaires, incluant morts, blessés et disparus.
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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky visitant des tombes de soldats à Kiev.
Photo: IMAGO/Avalon.red
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Daniel Kestenholz

Près de quatre ans après le début de la guerre contre l’Ukraine, le président Volodymyr Zelensky ose, pour la première fois, avancer un chiffre clair: 55’000 soldats ukrainiens tués depuis février 2022. C'est ce qu'il a déclaré, en larmes, lors d’un entretien exclusif avec la chaîne française France 2. Un chiffre qui a immédiatement suscité le débat… et le doute. Car le nombre réel de victimes devrait être bien plus élevé.

Le chiffre avancé par Zelensky est nettement inférieur à presque toutes les estimations occidentales. Le célèbre think tank américain CSIS évalue les pertes ukrainiennes, pour les seuls morts, entre 100’000 et 140’000. En y ajoutant les blessés et les disparus, l’Ukraine compterait déjà jusqu’à 600’000 soldats touchés. 

Un chiffre invraisemblable

Des plateformes indépendantes dressent elles aussi un autre tableau: ualosses.org recense notamment plus de 87’000 tués et 86’000 disparus, tandis que Mediazona documente au moins 168’000 morts du côté russe. Les deux plateformes soulignent que le nombre de morts non recensés est élevé. 

La contradiction avec les propres données ukrainiennes est troublante: Kiev a annoncé la restitution de plus de 16’500 corps de soldats tués rien que depuis 2025. Si ce chiffre représente, à lui seul, près d’un tiers du total des victimes citées par Zelensky, la question se pose: à quel point son bilan est-il complet? 

Des pertes russes bien plus élevées?

La dernière estimation de Zelensky concernant la Russie a provoqué l'irritation. Selon le président ukrainien, Moscou devrait accepter «environ 50’000 morts par mois» pour être affaiblie sur le plan militaire. Mais des voix se lèvent: si la Russie subit effectivement de telles pertes, quelle crédibilité accorder au fait que les pertes ukrainiennes soient restées faibles? 

La prudence de Zelensky n’a rien de surprenant. Dans toute guerre, embellir ses propres chiffres et gonfler les pertes de l’ennemi fait partie de la stratégie. Personne ne veut risquer d'affecter le moral des troupes, et surtout pas le soutien des partenaires occidentaux. 

Mais les images de cimetières militaires qui s’étendent, d’hôpitaux débordant de patients et d’innombrables annonces de disparitions dessinent depuis longtemps un autre tableau, plus sombre. Le véritable tribut de sang de cette guerre devrait être bien plus élevé que Kiev ne veut bien l’admettre. 

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