Donald Trump en veut toujours plus. Depuis 75 ans, les Etats-Unis peuvent pourtant faire ce qu'ils veulent au Groenland. En 1951, le royaume danois, auquel appartient la plus grande île du monde, a accordé aux Américains le droit de construire à tout moment des bases militaires, des aérodromes et des ports dans ces vastes étendues de glace. Les Américains sont autorisés à hisser leur drapeau au-dessus de leurs bases et à faire venir par avion des produits de consommation pour leurs soldats sans payer de droits de douane. Ils sont encore présents aujourd'hui sur la Pituffik Space Base, spécialisée dans la surveillance située au nord-ouest du Groenland.
Mais cela ne suffit manifestement plus à Donald Trump. Au lieu de simplement remettre en service les plus de 30 bases militaires désaffectées que les Etats-Unis entretenaient au Groenland pendant la guerre froide, il envisage ouvertement une offensive militaire. Kalaallit Nunaat, nom donné par les 57'000 Groenlandais à leur patrie, intéresse le président américain non seulement pour des raisons stratégiques, mais aussi pour ses terres rares. Cependant, si Trump décide effectivement de prendre d'assaut l'île, ses soldats pourraient avoir une mauvaise surprise.
Le Groenland ne dispose certes pas de sa propre armée, mais plusieurs centaines de forces spéciales danoises, plusieurs navires de guerre et des drones modernes, sous le commandement du général de l'Arctique Søren Andersen, montent la garde 24 heures sur 24. Donald Trump estime sans doute qu'Andersen et ses hommes déposeraient les armes immédiatement en cas d'attaque. Mais le président américain se trompe lourdement. Les Danois, descendants du peuple guerrier que sont les Vikings, ne céderaient jamais. Du moins, pas facilement.
«Combattre immédiatement»
«Nous avons un plan pour défendre le Groenland», a déclaré Søren Andersen au «Wall Street Journal». Même si les assaillants sont américains. Le général n'a bien évidemment pas souhaité donner plus de détails sur sa tactique de défense. Mais, selon un décret royal du 6 mars 1952 toujours en vigueur – le « Kongelige anordning Nr. 63 » –, ses soldats doivent «combattre immédiatement et ne pas attendre les ordres» en cas d'attaque contre la «Terre verte».
Certes, cette résistance serait probalement vouée à l'échec. Mais les Danois voudront faire bonne impression. Le grand exercice militaire groenlandais «Arctic Light» de septembre 2025 avait pour objectif principal de montrer aux Américains que le pays était prêt à faire face à tous les scénarios d'attaque possibles. C'est en tout cas ce qu'ont souligné des experts sur CNN.
Le Danemark a considérablement augmenté ses investissements militaires l'année dernière. Cependant, les munitions d'artillerie sont rares, Copenhague en ayant cédé la plupart à l'Ukraine. L'«Unité Spéciale Sirius» (Slædepatruljen Sirius), qui patrouille à chiens de traîneau le long de la côte est, très escarpée, du Groenland, recrute actuellement de nouveaux hommes.
Rencontre avec Marco Rubio
Les soldats américains qui envahiraient le Groenland n'auraient pas à craindre une résistance trop importante de la part de la population civile. Contrairement aux pays baltes, où les citoyens sont tenus par la loi de résister à tout prix aux envahisseurs, il n'existe au Groenland aucune disposition légale obligeant la défense de leurs terres. Selon les derniers sondages, 85% des Groenlandais sont opposés à une occupation américaine. Mais ils ne pourraient pas faire grand-chose pour résister. Les vastes étendues non boisées de l'île ne se prêtent guère à la guérilla.
La semaine prochaine, des représentants danois et groenlandais ont l'intention de rencontrer le ministre américain des Affaires étrangères Marco Rubio afin d'enterrer la hache de guerre dans les glaces éternelles. Pendant ce temps, les troupes danoises intensifient leurs exercices au Groenland, paradoxalement dans les anciennes bases américaines reconverties, que le milliardaire républicain regarde soudain d'un œil nouveau.