Y aura-t-il une frappe militaire américaine, ou Donald Trump fera-t-il une offre alléchante aux Groenlandais? Dans ce litige concernant cette île située entre l'Europe et l'Amérique, le gouvernement américain envoie de nombreux signaux contradictoires.
Le président américain affirme toutefois sans ambiguïté qu'il veut «absolument» le Groenland. Il entend se prononcer prochainement sur sa stratégie. A ce stade, trois scénarios se dessinent
Après que Trump a exprimé à plusieurs reprises son appétit pour le Groenland, sa porte-parole Karoline Leavitt parle déjà d'une prise de contrôle musclée: «Bien sûr, le recours à l'armée américaine est toujours une option pour le commandant en chef», a-t-elle déclaré cette semaine.
Et les experts sont unanimes: une prise de contrôle militaire serait facile pour les Etats-Unis. En cause? La faiblesse du dispositif danois. Selon l'expert militaire autrichien Gustav Gressel, leurs forces terrestres sont peu nombreuses et se limitent en grande partie à quelques policiers locaux. Dans une interview accordée au quotidien allemand «Bild», l'expert affirme que le contrôle de l'espace aérien par l'US Air Force ne poserait aucun problème. La base américaine spatiale de Pituffik constituerait un atout considérable à cet égard.
Pour Peter Viggo Jakobsen, expert en stratégie à l'Académie royale de défense danoise, le scénario serait encore plus simple. Dans une tribune publiée dans la «Frankfurter Allgemeine Zeitung», il avance que les Américains n'ont qu'à hisser leur drapeau et proclamer l'intégration du Groenland aux Etats-Unis. «Je m’attends alors à ce que les autorités danoises se retirent purement et simplement, plutôt que de risquer une confrontation militaire avec Washington», estime-t-il.
Certes, les gouvernements européens s'opposent verbalement d'une seule voix à une prise de contrôle, mais personne ne croit à une riposte militaire contre la première puissance militaire mondiale. Ainsi, le vice-chef d'état-major de Trump, Stephen Miller, a probablement raison lorsqu'il déclare: «Personne ne se battra militairement contre les Etats-Unis pour l'avenir du Groenland. Cela n'a aucun sens.»
De son côté, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio s'exprime avec plus de retenue que Karoline Leavitt. Selon lui, l'objectif de la Maison Blanche n'est pas une prise de contrôle militaire, mais un rachat. Officiellement, ni les Danois ni les Groenlandais ne sont intéressés par une vente. Mais si le prix d'achat est vraiment très attractif?
Les Etats-Unis ont acheté l'Alaska aux Russes en 1867 pour la somme dérisoire de 7,2 millions de dollars, soit l'équivalent d'environ 160 millions de dollars aujourd'hui. Le Groenland, un quart plus grand, aurait une valeur bien différente en raison de sa position stratégique et de ses ressources minérales. Des estimations allant jusqu'à mille milliards de dollars circulent actuellement dans les médias.
Si Donald Trump validait un tel montant, il ne s'agirait évidemment pas d'un paiement en espèces. L'offre prendrait plutôt la forme d'un ensemble mêlant apports financiers, investissements, garanties militaires, participation à l'exploitation des ressources naturelles et influence politique.
Les Groenlandais accepteraient-ils une telle offre? Une vente nécessiterait un référendum. Si, comme on pouvait s'y attendre, le non l'emportait, Trump choisirait sans doute l'option de la conquête.
Une troisième variante serait une sorte d'entre-deux: le maintien de l'autonomie par le biais d'un accord similaire à ceux que les Etats-Unis ont déjà conclus avec les micro-Etats de Palau, de Micronésie et des Îles Marshall. C'est ce qu'affirme le magazine britannique «The Economist».
Dans le cadre de ce «Compact of Free Association» (Cofa), les Etats-Unis pourraient pratiquement agir comme bon leur semble. L'accès au territoire serait interdit à toute autre armée.
En contrepartie, les habitants bénéficieraient d'une protection militaire, d'un soutien financier et de l'accès au système de protection sociale américain. Cet accord serait conditionné à la sécession du Groenland, territoire largement autonome, du Royaume du Danemark.