«Je ne changerai pas d'avis», martèle Marine Le Pen
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Elections présidentielles 2027:«Je ne changerai pas d'avis», martèle Marine Le Pen

Justice et politique en France
Marine Le Pen, condamnée et candidate, pourquoi c'est possible?

La cheffe du Rassemblement national joue du flou juridique qui entoure la candidature à l'élection présidentielle. C'est risqué, mais cela peut payer politiquement.
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La cheffe du Rassemblement national profite du flou juridique sur la présidentielle française.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

De l'équilibrisme politique. Ou du funambulisme. Au choix. Marine Le Pen a choisi, mardi 7 juillet, le sentier le plus étroit pour parvenir, enfin, au palais présidentiel de l'Elysée. Désormais candidate pour la quatrième fois (après 2012, 2017 et 2022), la cheffe du Rassemblement national mise tout sur la décision de la Cour de cassation, qui se prononcera avant janvier 2027.

Tout? En clair, la candidate du parti national-populiste, première formation politique du pays, parie sur une remise en cause totale ou partielle du jugement en appel et de sa condamnation à trois ans de prison (dont un an ferme) et à 45 mois d'inéligibilité (dont trente avec sursis), prononcés mardi, après une première condamnation plus lourde en première instance le 31 mars.

L'héritière du clan Le Pen

Pourquoi un tel choix? Pour des raisons politiques, bien sûr, et parce qu'en décidant de se présenter, l'héritière du clan Le Pen barre le chemin à une possible dissidence de son dauphin, Jordan Bardella, âgé de 30 ans seulement. Mais aussi pour des raisons juridiques. Parce que la possibilité existe, en France, de se présenter à la présidence de la République après avoir été condamné, à condition d'être éligible.

Et parce que le parcours judiciaire, jusqu'à la cassation, est semé de zones d'ombre. Ce qui lui permettra de faire campagne aux côtés de Jordan Bardella, promis au poste de Premier ministre si elle devait l'emporter à l'issue du second tour du scrutin au suffrage universel direct, le 2 mai 2027.

Sur TF1 mardi soir, Marine Le Pen a été claire: elle a affirmé qu'elle pourra bien être candidate à la présidentielle en étant totalement innocentée et libérée de la contrainte du bracelet électronique. Comment? Grâce à une décision (hypothétique) de la Cour de cassation qui la blanchirait, ou réviserait à la baisse sa peine pour détournement de fonds publics du Parlement européen.

La justice reproche à la cheffe du RN, ainsi qu'à dix autres prévenus (plus son parti en tant que personne morale), d'avoir payé des assistants parlementaires européens sans les avoir fait travailler à Strasbourg ou à Bruxelles. Le préjudice, d'abord estimé à sept millions d'euros, a été ramené à 3,5 millions d'euros sur douze ans, entre 2004 et 2016. Ce «système» avait été mis en place par le père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen.

Pourvoi en cassation

Le pourvoi en cassation que compte former Marine Le Pen devra être motivé. Celui-ci n'est possible que pour dénoncer, de la part de la cour d'appel, une mauvaise application de la loi ou une erreur de droit. Possible? La plupart des experts disent plutôt non, estimant que, compte tenu des pressions, les juges d'appel ont fait preuve d'une grande vigilance. Alors? Le flou juridique intervient à deux niveaux.

Une condamnation n'empêche pas une candidature à la présidence de la République. Rappelons qu'en France, seule une peine d'inéligibilité peut vous empêcher de briguer le suffrage populaire. Or Marine Le Pen vient d'être condamnée en appel à quinze mois fermes d'inéligibilité, déjà accomplis depuis sa première condamnation, le 31 mars 2025. Jusque-là, tout va bien.

Suspension de l'exécution des peines

Le pourvoi en cassation suspend théoriquement l'exécution des peines décidées en appel. La voie s'est donc libérée pour la candidate Le Pen qui, sans ce pourvoi, aurait dû se lancer avec une condamnation définitive pour détournement de fonds publics inscrite à son casier judiciaire. Et avec un bracelet électronique à la cheville, ainsi que des mesures de contrainte décidées par un juge de l'application des peines. Sacré défi pour une femme politique qui a toujours dénoncé les élus condamnés et qui a toujours présenté son parti comme plus «propre» que les autres formations politiques.

La Cour de cassation avait anticipé. Cette ultime juridiction, qui tranche sur la base de moyens écrits, et non à l'issue d'un procès, avait annoncé qu'elle se tiendrait prête, le cas échéant, à prendre sa décision dans un délai accéléré, fin 2026 ou début 2027. Ce délai tient-il toujours, sacahnt que Marine Le Pen est redevenue élligible? Et quid des arguments des avocats de Marine Le Pen, qui devront décortiquer le jugement de la cour d'appel pour solliciter sa remise en cause? Rappelons que si la Cour de cassation rejette son pourvoi, Marine Le Pen sera définitivement condamnée et se retrouvera obligée de porter un bracelet électronique début 2027...

Elle joue la montre

La vérité? La candidate du Rassemblement national a décidé de jouer la montre. Et de prendre les électeurs à témoins. Elle ne conteste pas la décision de justice.

Elle parie sur une compréhension, par les juges, de l'enjeu démocratique. Elle mise sur la dynamique de sa campagne, qu'elle démarre dès ce mercredi par une visite à La Fèche, dans la Sarthe, aux côtés de Jordan Bardella et sous leur slogan commun «La Renaissance». Marine Le Pen a entamé un combat de judo politico-judiciaire, dont elle pourrait encore sortir vaincue dans quelques mois.

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