Ne demandez pas à Zinédine Zidane ce que les Français attendent de lui. Il suffit d'ouvrir n'importe quel journal ou de se connecter à n'importe quel média pour le savoir. A 54 ans, le nouveau sélectionneur de l'équipe de France de football, programmé pour succéder ce mardi 28 juillet à Didier Deschamps, est bien plus qu'une légende des stades. Il est l'héritier en chef de la France «Black-Blanc-Beur», victorieuse du Mondial 1998 face au Brésil. Et seulement le troisième patron des Bleus – après José Arribas et Michel Platini – à être issu de l'immigration, lui qui est né le 23 juin 1972 dans la cité de la Castellane, dans les quartiers nord de Marseille, aujourd'hui synonymes de trafic de drogue et de criminalité XXL.
La France attend bien sûr de «Yazid», son deuxième prénom, des résultats sportifs à la hauteur de sa réputation. A commencer par un nouveau titre mondial après ceux de 1998 et de 2018, et une nouvelle étoile sur le maillot. Mais l'explication de la frénésie médiatique et politique qui entoure sa nomination a plusieurs autres raisons. Zidane, contrairement à son prédécesseur Deschamps, porte avec lui sa légende têtue, auréolée de son coup de tête du 9 juillet 2006 contre le défenseur italien Marco Materazzi, en finale de la Coupe du monde.
Il apporte aussi à la Fédération française de football le savoir-faire acquis au Real Madrid, le club espagnol alors modèle d'efficacité et de résultats, avec trois Ligues des champions remportées en trois ans (2016, 2017 et 2018) comme entraîneur. L'audace et l'efficacité: deux qualités que les Français placent systématiquement en tête des sondages lorsqu'on les interroge sur l'état du pays à quelques mois de l'élection présidentielle d'avril-mai 2027.
Forcer le destin
L'audace d'abord. Zidane l'incarne par son talent sur le terrain, par sa capacité à forcer le destin, voire à risquer le pire, comme ce fut le cas avec son expulsion en finale, en 2006. Or ses compatriotes adhèrent. Un récent sondage Ipsos indique que 64% des Français estiment qu'il y a un manque d'audace en France. 82% pensent qu'elle n'est pas assez valorisée dans le pays. Leur définition de cette audace? Pour 55% d'entre eux, elle signifie «prendre un risque», pour 42%, «avoir du courage» et pour 40 %, «accepter le risque de l'échec». Sur ce plan, difficile de faire mieux que «Zizou»...
L'efficacité ensuite. En passant, pour Zidane, par l'intégration sociale. Retour à ses racines marseillaises. Son père, Smaïl Zidane, arrivé seul en France depuis la Kabylie en 1953, incarne le respect des règles et la discipline. Sa mère, Malika, a toujours veillé sur ses enfants, dont «Yazid», qui traînait sans cesse, ballon au pied. Didier Deschamps illustrait la réussite sociale, par le football, du provincial monté de Bayonne, dans le Sud-Ouest. Il incarnait l'abnégation au service du collectif.
A l’heure où plus de trois millions de spectateurs sont allés voir le film en deux parties consacré au général de Gaulle, le parcours de Zinédine Zidane semble davantage résonner auprès d’une partie des Français issus de l’immigration maghrébine. Certains peuvent y voir un symbole de réussite et de reconnaissance. Les joueurs ayant des origines nord-africaines sont aujourd’hui moins nombreux en équipe de France, dont plusieurs membres ont des attaches familiales avec d’autres régions du continent africain.
Leur héros, le buteur Karim Benzema, entretenait des relations notoirement mauvaises avec Didier Deschamps. Zidane sera-t-il l'homme du consensus multiculturel, lui dont l'un des fils, Luca, joue pour la sélection nationale algérienne?
L'homme de Marseille
Vient ensuite le facteur marseillais. Ah, Marseille, cette métropole méditerranéenne plombée par les gangs et associée, ces temps-ci, au sigle implacable de la DZ Mafia, le cartel français de la drogue! Zinédine Zidane a joué, gamin, pour le club de Septèmes-les-Vallons, à la lisière nord de la ville. Il n'a jamais renié La Castellane, son quartier d'origine. Zidane, le silencieux, peu loquace sur les questions de société, n'en est pas moins perçu comme le symbole d'une revanche marseillaise.
Aimé Jacquet, le sélectionneur vainqueur de 1998, venait de la région lyonnaise et notamment de Saint-Etienne, club mythique des années 1970. Deschamps, l'homme de Bayonne, avait gravi les principaux échelons de sa carrière (après une Coupe d'Europe remportée avec Marseille en 1993) à Turin, en Italie, ce pays dont il parle la langue et où le rejoignit Zidane. «Yazid» est un minot familier du Vieux-Port. Plus qu'une ascension sociale: une revanche géographique.
Un nouveau souffle
L'institut Odoxa a demandé aux Français ce qu'ils attendent de la nomination de l'ancien numéro 10 de l'équipe de France au poste de sélectionneur. 84% ont répondu: «un nouveau souffle, du beau jeu et de la continuité » dans la victoire. Zidane, l'héritier de Michel Platini sur le terrain avec son numéro 10, devra en revanche éviter les impairs politiques de son aîné, dont le passage à la tête des Bleus (1988-1992) ne fut pas couronné du succès espéré.
«Platoche» se brisa ensuite les reins dans le monde du football politique, gravissant toutes les marches de l'UEFA avant d'échouer à prendre la tête de la FIFA, trahi par son ancien bras droit Gianni Infantino. Un exemple que Zizou se gardera sans doute de suivre. La force de Zidane est d'avoir, justement, toujours gardé ses distances avec le monde du pouvoir footballistique, en France comme à l'international. Il devra maintenant rester l'homme des coups de tête, plutôt que l'homme des coups de force.