En bref
- Un incendie a ravagé environ 800 hectares dans la forêt de Fontainebleau, au sud de Paris, mobilisant plus de 500 pompiers. La piste d'une origine volontaire est évoquée.
- Depuis le début de l'été, 32'000 hectares de forêt ont été détruits en France, et 32 personnes soupçonnées d'incendie volontaire ont été interpellées, dont un tiers sont des mineurs.
- Moins de 10% des responsables d'incendies volontaires sont condamnés. 90% des pyromanes sont des hommes, souvent fragiles psychologiquement, et 9 incendies sur 10 sont liés à une activité humaine.
Une possible «origine volontaire». Alors que plus de 500 pompiers venus de toute la France combattent toujours l’incendie qui a déjà ravagé près de 800 hectares dans la forêt très protégée de Fontainebleau, au sud de Paris, les mots du ministre français de l’Intérieur ont, ce lundi 13 juillet, relancé la polémique sur la France pyromane.
Une France où 32 individus ont, ces dernières semaines, été interpellés, soupçonnés d’être à l’origine de départs de feux. La formule habituelle utilisée par les pompiers, lorsque le soupçon existe, est «incendies dus à une activité humaine».
Unique injustifiée ou, au contraire, colère ciblée face à la recrudescence d’actes malveillants en pleine canicule, au moment où les températures commencent tout juste à baisser, après plusieurs journées passées entre 35 et 40 degrés, en France comme en Suisse? Deux réalités se collisionnent dans cette France où les incendies de forêts mobilisent de plus en plus souvent les moyens des pompiers.
Interruption des TGV vers la Suisse
Deux avions-citernes de lutte contre les incendies ont ainsi été déployés pour la première fois ce dimanche sur les zones ravagées de la forêt de Fontainebleau, au sud de Paris. Avec, pour objectif, d’éviter notamment la propagation des flammes près de l’axe routier particulièrement fréquenté qu’est l’autoroute A6 (l’autoroute du Soleil) en période de vacances estivales. Celle-ci a d’ailleurs été coupée sur une vingtaine de kilomètres.
Idem pour les lignes ferroviaires en direction du Sud-Est de la France, mais aussi vers Genève, Lausanne et Zurich. Une cinquantaine de trains ont été bloqués avant de traverser la forêt de Fontainebleau en raison de câbles fondus par la chaleur et de la trop grande proximité des flammes. Des retards de plusieurs heures affectaient toujours le trafic des TGV et des trains classiques ce lundi 13 juillet.
Deux réalités correspondent à la formule «incendies d’origine humaine». La première est celle des inévitables mais tristement dommageables imprudences: barbecue sur des aires non autorisées, jets de mégots, problèmes d’étincelles sur un engin agricole…
La seconde est celle des feux de forêts sciemment déclenchés par des individus. Les 32 interpellations opérées ces jours-ci dressent ainsi un portrait-robot de cette France incendiaire dans les 22 départements où ils ont été appréhendés, pour l’essentiel en Occitanie et dans la région Rhône-Alpes. Un tiers des 32 personnes interpellées sont mineures, a appris la chaîne BFMTV.
Le cas de Divonne-les-Bains
Certaines ont d’ailleurs déjà été présentées à un juge pour enfants pour «comparution immédiate». Fin juin, l’incendie du château de Divonne-les-Bains (Ain), un hôtel-restaurant situé à proximité de la frontière suisse, aurait été perpétré par deux mineurs de 15 et 16 ans. Ils ont été mis en examen le 2 juillet pour destruction du bien d’autrui par un moyen dangereux. Un troisième adolescent, âgé de 16 ans, a aussi été déféré devant la justice pour ne pas avoir tenté d’éteindre le sinistre. Ils ont tous été placés sous contrôle judiciaire, selon la procureure de Bourg-en-Bresse.
Autre motif plusieurs fois relevé par les gendarmes, le plus souvent concernés par ces incendies qui surviennent en zones rurales: des conflits de voisinage. L’une des personnes interpellées aurait ainsi mis le feu à une botte de foin pour se venger d’un exploitant agricole avec lequel elle était en conflit. Le plus souvent, les pyromanes présumés sont, selon la justice, «des individus fragiles sur le plan psychologique». Certains ont déjà fait l’objet de mesures psychiatriques ou ont été hospitalisés sous contrainte.
Sur les 32 incendiaires suspectés, trois ont été placés en détention provisoire, dont un récidiviste: à Béziers, toujours selon BFMTV, un homme a été placé derrière les barreaux après avoir déclenché plusieurs feux.
90% des pyromanes sont des hommes
90% des auteurs sont des hommes présentant des caractéristiques communes. «C’est souvent des gens qui ont une difficulté à gérer leurs émotions et leur agressivité dans la vie quotidienne et qui, du coup, font, par résurgence, en cachette, quelque chose qui va être spectaculaire, formidable, décuplant leur force», a expliqué le Dr Pierre Lamothe, psychiatre criminologue à l’antenne de la radio France Info. Et de poursuivre: «La grande médiatisation du drame est une autre motivation des auteurs. Elle donne un sentiment de puissance décuplé par le faible risque d’être interpellé.»
«Trop de Français ont des comportements inacceptables qui génèrent des conséquences désastreuses et mobilisent nos sapeurs-pompiers au péril de leurs vies. Ils relèvent désormais de la Justice», a asséné Laurent Nuñez à Fontainebleau. «Nous poursuivrons notre action déterminée et nous ne laisserons rien passer», a-t-il poursuivi. Au total, 32'000 hectares de forêt ont été détruits en France depuis le début de l’été et la perspective de nouvelles canicules inquiète.
Le président Emmanuel Macron a, de son côté, appelé «chacun à la responsabilité et à la vigilance», en relevant que «9 départs de feu sur 10 sont dus à une activité humaine». «Une seconde d’inattention peut menacer des familles, mettre en danger ceux qui nous protègent et détruire nos paysages», a écrit le chef de l’Etat.
Peu de condamnations
Problème: moins de 10% des responsables d’incendies d’origine volontaire sont appréhendés, jugés et condamnés pour leurs actes. Le taux d’élucidation de ce genre d’actes criminels est en effet parmi les plus faibles. La peine maximale prévue, s’ils sont reconnus coupables, est de quinze ans de prison et 150'000 euros d’amende.