L'emblématique forêt de Fontainebleau, au sud-est de Paris, était dans la nuit de dimanche à lundi la proie d'un incendie d'une «ampleur exceptionnelle», qui nécessite l'engagement de moyens inédits en Ile-de-France où le trafic ferroviaire est très perturbé. Un panache de fumée flottant sur la forêt est visible a 20 km de distance, tandis que des camions de sapeurs-pompiers se rendent sur le sinistre par les petites routes forestières, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Sur place ce lundi, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, estime que l'incendie pourrait être d'origine «volontaire»: «Il y a eu une dizaine de points de départ de feu dans un périmètre de 1000 mètres, ce qui laisse supposer que cela pourrait être une origine volontaire», a-t-il indiqué à la presse lors d'un déplacement à Noisy-sur-Ecole (Seine-et-Marne), près des lieux de l'incendie. «On a bon espoir de pouvoir fixer le feu dans la journée», a ajouté le ministre. Mais «le traitement du feu prendra plusieurs jours voire plusieurs semaines».
Une quinzaine d'habitations évacuées
Quatre-cents pompiers sont à pied d'oeuvre dans la nuit pour lutter contre ce feu qui, depuis son déclenchement en bord d'autoroute dans l'après-midi, avait déjà parcouru plus de 300 hectares en fin de soirée et continuait de se propager, a indiqué lors d'un point presse le sous-préfet de la zone Yannis Bouzar. Pour la première fois en région parisienne, deux avions bombardiers ont été mobilisés afin d'y éteindre cet incendie décrit comme «très virulent» par les secours, qui s'attendent à être engagés durant «une ou deux semaines» et vont recevoir des renforts de toute la France. Deux hélicoptères bombardiers d'eau et un avion d'observation sont aussi mobilisés.
Une quinzaine d'habitations ont dû être évacuées dans la commune du Vaudoué, et plusieurs autres devaient être défendues dans la zone, ont indiqué les pompiers de Seine-et-Marne. «Sans les avions, les villages de Noisy-sur-Ecole et du Vaudoué auraient été évacués, ça c'est une certitude», a déclaré le colonel Olivier Compta, qui dirige les secours. Vers minuit, un des fronts de flammes est à une centaine de mètres du Vaudoué, où flotte l'odeur âcre de la fumée, selon des journalistes de l'AFP.
Le sinistre a entraîné l'interruption de la circulation sur une portion de l'autoroute A6, tout comme elle l'avait été plus à l'est sur l'A5 en raison d'un autre incendie, un feu de chaume. Ceci a surtout provoqué de très fortes perturbations ferroviaires. Sur son site, la SNCF a fait état de retards allant jusqu'à six heures pour les trains arrivant ou partant de la gare de Lyon, où dans la soirée de nombreux voyageurs, assis par terre, attendaient des informations, a constaté une journaliste de l'AFP.
Changement climatique
«C'est le réchauffement climatique, c'est le dérèglement des saisons (...). Il y a des décisions politiques à prendre», commente Kelly, une kinésithérapeute de 34 ans, qui ne donne pas son nom de famille et prend son mal en patience, son train pour Grenoble, prévu au départ à 19h15 n'étant toujours pas annoncé trois heures plus tard. Les fortes chaleurs, qui étouffent notamment l'Île-de-France depuis plusieurs jours, accroissent considérablement le risque de départs de feux, attisés aussi par la sécheresse des sols.
Partout dans le pays, les secours ont dû lutter contre les flammes: Pyrénées-Orientales, Drôme, Lot, Savoie, mais aussi des secteurs plus septentrionaux, comme l'Indre ou la Loire-Atlantique, démonstration qu'aucune région n'est à l'abri de ces incendies estivaux, favorisés par les épisodes de canicule de plus en plus fréquents. Selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, une fois le bilan «consolidé», «on sera à 25'000 hectares brûlés», soit «deux fois plus par rapport à la même période» de 2025.
Les autorités ont prévenu que les responsables de tels sinistres, volontairement ou par imprudence, feraient l'objet de poursuites pénales. «Neuf départs de feu sur dix sont dus à une activité humaine. Une seconde d'inattention peut menacer des familles, mettre en danger ceux qui nous protègent et détruire nos paysages», a mis en garde samedi Emmanuel Macron dans un message sur X. Les autorités ne laisseront «rien passer», a prévenu Laurent Nuñez, qui a indiqué samedi que 32 personnes avaient été placées en garde à vue depuis le début de l'été.