Pas candidat à l'Elysée
Jordan Bardella le cache bien, mais il a un sacré blues

Le jeune président du Rassemblement national est désormais le faire-valoir de Marine Le Pen dans la course à l'Elysée. Logique, vu que sa patronne est redevenue éligible. Mais de quoi lui donner un sacré coup de blues.
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Pour le premier déplacement de la candidate Le Pen, Jordan Bardella l'accompagnait, visage figé.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Pas question de le montrer. Interdiction de s’épancher. Depuis qu’ils se sont enfermés, seuls, dans un bureau du siège parisien du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) mardi 7 juillet, dans la foulée du jugement de la cour d’appel dans l’affaire de détournement de fonds publics du Parlement européen, Jordan Bardella et Marine Le Pen jouent deux partitions opposées.

Le premier se mure dans le silence, transformé en adjoint fidèle de la candidate, résolu à la faire gagner. La seconde est tout sourire, lancée à l’assaut de l’opinion publique avec un nouveau slogan: «La renaissance». Un mot utilisé jusque-là par un certain… Emmanuel Macron.

Le poids des entourages

Jordan Bardella a le blues. Ce n’est pas lui qui le dit, mais son entourage commence à laisser fuiter sa frustration. Le très jeune président du RN, qui copréside le groupe des «Patriotes pour l’Europe» au Parlement européen, se voyait déjà briguer la présidence de la République française. Réaliste? «Jordan y a cru parce que tous les indicateurs le concernant sont au vert», juge un parlementaire du Rassemblement national, désireux de rester anonyme pour ne pas apparaître comme un diviseur.

«Il est plus populaire que Marine dans les sondages. Il a davantage le soutien des milieux d’affaires. Il porte mieux le programme d’union des droites, comme l’a fait Giorgia Meloni en Italie.» Et pourtant: ce mercredi 8 juillet, c’est en seconde place que «Jordan» est arrivé à La Flèche (Sarthe), première escale de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Avec, en plus, la désagréable impression de s'être fait doubler devant l'opinion: seux sondages publiés le 8 juillet placent Marine Le Pen largement en tête des intentions de vote au premier tour, avec jusqu’à 17 points d’avance sur son principal rival Edouard Philippe. Elle totaliserait 36% des intentions de vote, une nette remontée par rapport à ses scores antérieurs à son annonce de candidature.

Rôle mal défini

Cette seconde place est, en plus, mal définie pour Bardella. A écouter Marine Le Pen, Jordan est plus que son second. La preuve, il pouvait être candidat à la présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027. Il a aussi un poste qui lui est promis si la cheffe du RN l’emporte au suffrage universel: celui de Premier ministre.

Mais dans les faits, Marine Le Pen s’est arrangée pour que son leadership demeure incontesté. Elle a mis des proches à tous les postes essentiels de son dispositif de campagne. Elle a ancré sa quatrième tentative présidentielle dans le Pas-de-Calais ce dimanche 5 juillet, son fief électoral où le RN a peu ou prou remplacé le Parti communiste. Marine a mis Jordan au pas. Sitôt revenue du palais de justice de Paris ce mardi, elle s’est enfermée avec lui dans un bureau. Pour lui dire qu’elle sera candidate. Un point c’est tout.

L’intéressé a l’avantage de sa jeunesse. Il n’a pas besoin d’être candidat maintenant à la magistrature suprême. Alors, pourquoi ce coup de blues? «Parce qu’autour de Marine, tous ceux qui pèsent le détestent. Ils lui renvoient l’image d’un jeune politicien ambitieux sans cerveau», poursuit notre interlocuteur.

Deux hommes sont souvent cités comme étant les plus durs envers Jordan Bardella: le député Bruno Bilde et le maire de Hénin-Beaumont Steeve Briois. Ces deux-là ont enraciné Marine Le Pen dans leur terroir. Ils ne supportent pas le flirt entre Bardella et les patrons du CAC 40, l’indice boursier français. Ils n’aiment pas le voir en couverture de Paris Match avec sa compagne princière: Maria Carolina de Bourbon-Parme et des Deux-Siciles. «Ils préfèrent de loin Jordan à Bardella», complète notre député énervé.

Blues de circonstances

Le blues de Jordan, justement, tient aussi aux circonstances. Mercredi 8 juillet, la Cour de cassation, l’ultime juridiction française, a communiqué sur le fait qu’elle pourra rendre son jugement avant le début avril 2027, soit deux semaines avant le premier tour de scrutin. Cela veut dire, concrètement, que Marine Le Pen pourrait être définitivement condamnée juste avant de solliciter le vote des Français. Compliqué! Alors que lui n’avait rien à craindre de la justice. Il n’a pas été mêlé aux détournements de fonds publics du Parlement européen effectués pendant douze ans (de 2002 à 2014) par son parti.

Plus énervant encore: Jordan Bardella s’est préparé. Lui, l’amateur de salle de gym, se jugeait «fit» pour le marathon présidentiel. Alors que faire maintenant? Obéir ou se cabrer? Stéphane Zumsteeg dirige le département opinion de l’Institut Ipsos. Pour lui, l’affaire est conclue. «Jordan Bardella doit emmagasiner le plus de soutien possible et capitaliser sur un éventuel échec de Marine Le Pen. Il ne doit surtout pas faire de faux pas et laisser son ambition personnelle lui dicter une prise de distance, ou des désaccords, que les électeurs du RN ne comprendraient pas, et ne pardonneraient pas.»

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