En bref
- Louis Jublin, ex-conseiller de l'ancien Premier ministre français Gabriel Attal, a révélé dans un entretien choc à Vanity Fair sa consommation passée de drogue, relançant les rumeurs sur l'usage de stupéfiants dans la sphère politique française.
- En juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a ordonné des dépistages obligatoires pour les ministres et leurs équipes afin de détecter l'usage de stupéfiants.
- En 2025, la cocaïne a surpassé le cannabis comme drogue la plus vendue en France, avec un marché évalué à 3,1 milliards d'euros contre 2,7 milliards pour le cannabis.
La DZ Mafia n'est qu'une partie de l'histoire. L'omniprésence de ce cartel de la drogue en France, à nouveau prouvée par l'évacuation d'un maire par les forces de police cette semaine, attise depuis des années la même question: qui sont les consommateurs?
Qui est responsable de la montée en puissance de ce gang, ou du gang Yoda, qui était autrefois son rival pour le contrôle de Marseille, considérée comme la base arrière des narcos français? Et si, au sommet de l'Etat, la détermination à décapiter les réseaux de trafiquants n'était pas aussi forte que les politiciens l'affirment dans leurs déclarations, à chaque nouvelle arrestation ou procès?
Ce pan secret de l'explosion du trafic de drogue en France avait commencé à se dévoiler avec l'inculpation de plusieurs parlementaires mis en examen pour consommation ou utilisation de stupéfiants. Un ex-sénateur a été jugé en janvier 2026 pour avoir tenté de violer une collègue députée après lui avoir fait ingurgiter de la drogue.
Un député a été interpellé en flagrant délit dans le métro parisien alors qu'il achetait de la 3-MMC, une drogue de synthèse souvent associée à la cocaïne. La maire d'une ville moyenne de l'Yonne, dont les frères étaient impliqués dans le trafic de stupéfiants, a été arrêtée en avril 2024 pour avoir «planqué» 70 kilos de cannabis à son domicile.
Secrets d'Etat
Or voilà qu'un ancien conseiller ministériel, un homme ayant eu accès aux secrets de l'Etat, vient de relancer la machine à rumeurs sur l'étendue de la consommation de drogue au sommet du pouvoir politique en France. Louis Jublin a conseillé l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle de 2027.
Il vient de faire son «coming out» dans le magazine Vanity Fair avant la diffusion d'une vidéo qui l'incrimine. Une phrase résume tout: «Je me dézinguais à m'en faire péter la couscoussière», vient-il d'avouer, dans un autre entretien accordé au quotidien régional «Ouest-France».
La cocaïne, les parties fines sous chemsex, le recours massif aux substances illicites dans les cabinets ministériels: ces accusations, souvent relayées par la sphère complotiste, se sont multipliées ces dernières années sous la présidence d'Emmanuel Macron.
Le président français lui-même a souvent été la cible de telles rumeurs, en particulier lors de l'affaire Benalla, du nom de son ancien garde du corps, limogé en 2018 après les révélations du «Monde» sur sa participation aux violences commises lors de la manifestation du 1er mai 2018. Tapez dans n'importe quel moteur de recherche les mots «cocaïne» et «coffre-fort» et vous verrez resurgir les accusations, jamais vérifiées, sur la présence de drogue dans un coffre-fort évacué de son domicile d'Issy-les-Moulineaux, près de Paris. Des accusations qui, en France, ne sont pas nouvelles.
Une fichue vidéo
L'entretien choc accordé à Vanity Fair par Louis Jublin renforce ces théories. Il faut lire les premières lignes de l'article du magazine: «Il a conseillé Gabriel Attal dans son ascension jusqu'à Matignon, avant de travailler brièvement pour Hélène Arnault (NDLR: l'épouse du milliardaire Bernard Arnault) (...) Voilà près de dix ans que ce spécialiste de la communication gravite dans l'ombre du pouvoir politique et économique. Louis Jublin a créé sa propre agence de conseil, dans le but de travailler avec des dirigeants de premier plan. A 40 ans, il est réputé brillant, séducteur, imprévisible, florentin aussi. Les anecdotes les plus fantasques circulent à son sujet. Un jour, on l'aurait aperçu à bord d'un TGV en costume à fines rayures mais chaussé d'escarpins. (...) S'il décide de s'exposer aujourd'hui, c'est bien à cause de cette fichue vidéo où on le voit sniffer de la poudre blanche. A l'écouter, elle circule depuis des mois dans diverses rédactions. Bientôt, elle sortira...»
La suite: «C'est bon, explique-t-il à Vanity Fair, j'en ai ras-le-bol que l'on me fasse passer pour un homosexuel cocaïnomane et fou. Ça fait des années que je n'ai pas touché un rail.» Son idée: raconter son histoire avant que les autres ne le fassent à sa place, afin d'en préserver la complexité. Avec cette phrase choc reprise par Ouest-France: «Je me dézinguais à m'en faire péter la couscoussière»
Un activiste a fait de ces accusations l'une de ses spécialités. Sur les réseaux sociaux, l'avocat controversé Juan Branco, ancien condisciple de Gabriel Attal au lycée à Paris, a toujours pilonné le personnel politique gravitant autour d'Emmanuel Macron, l'accusant de multiples déviances. Sa crédibilité étant questionnée, ses attaques au vitriol ont la plupart du temps été écartées. Sauf que le récit de Louis Jublin les accrédite. Et que des faits troublants montrent l'étendue potentielle du problème.
Tests pour les ministres
Le 16 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a ainsi ordonné aux ministres de son gouvernement d'organiser des «dépistages inopinés et obligatoires» pour détecter une éventuelle consommation de stupéfiants au sein de l'Etat. Les ministres ont également été priés d'établir «la liste des catégories d'emplois susceptibles d'être soumises à un dépistage régulier» dans le cadre de leurs responsabilités ministérielles, avec obligation de présenter un plan d'action au chef du gouvernement «avant le 26 juin».
Une demande sur laquelle le chef du gouvernement n'a, depuis lors, pas communiqué. Plus récemment encore, une journaliste connue de la télévision publique française a été interpellée pour achat de cocaïne par un policier en civil, ce qui a entraîné son départ des plateaux.
La cocaïne: voici l'ennemie. L'explosion du trafic de cette drogue en France est en effet exponentielle. Celle-ci a détrôné en 2025 le cannabis sur le marché des stupéfiants pour la première fois, avec un marché estimé à 3,1 milliards d'euros contre 2,7 milliards pour le cannabis, selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives.
Un séisme de la poudre blanche qui relance aussi des accusations antérieures, comme celles de l'ancien «dealer» Gérard Fauré. Dans un livre publié en 2018, celui-ci affirmait, noir sur blanc, avoir fourni de la cocaïne à l'ancien président Jacques Chirac. Aucune preuve judiciaire, ni aucune enquête policière, n'est venue corroborer ses dires.