Après une série d'incidents
Contrôles, dangers, experts: les manèges sont-ils sûrs à Europa-Park?

Des attractions à l’arrêt à Europa-Park font régulièrement la Une. Qu’en est-il vraiment de la sécurité dans le plus grand parc de loisirs d’Allemagne, que Blick a observée sur place?
1/5
Marvin Baldauf, technicien, dirige une équipe de 50 personnes à Europa-Park.
Photo: Stefan Bohrer
Michel Imhof / Stefan Bohrer

A 7h du matin, le brouillard enveloppe Rust. Des lumières chaudes éclairent les abords des chalets valaisans et les températures frôlent le point de congélation. Malgré l’heure matinale, l’activité bat déjà son plein. Les jardiniers soignent les décors du plus grand parc d’attractions d’Allemagne, tandis que les mécaniciens inspectent les manèges avant de donner, plus tard, le feu vert à des milliers de visiteurs d’Europa-Park.

Parmi eux, Marvin Baldauf, technicien, ouvre les portes de son quotidien. Il dirige une équipe de 50 personnes, dont 35 responsables des attractions, épaulées par six apprentis. «J’ai été responsable de la piste de bob suisse pendant environ trois ans et demi, c’est pourquoi nous allons nous concentrer aujourd’hui sur ces montagnes russes», explique-t-il pour introduire la visite. Mise en service en 1985, la piste de bob suisse est la plus ancienne attraction du parc. Son âge implique un entretien plus complexe que celui des installations récentes.

Un protocole strict

La visite débute dans l’atelier de maintenance du village valaisan. «Toutes les montagnes russes disposent d’un local de ce type, précise Marvin Baldauf. Nous y stockons les pièces de rechange en double afin de garantir des délais d’intervention courts.»

Chaque contrôle suit un protocole strict. Grâce à une application, la personne responsable se connecte et valide, point par point, les éléments vérifiés. Les grandes attractions sont inspectées quotidiennement. Les plus petites, comme le train fantôme, le sont deux fois par semaine par l’équipe de Marvin Baldauf et tous les jours par le personnel affecté à l’installation.

Une précision millimétrée

A 7h30, lors de la visite en hauteur, Marvin Baldauf met en marche le système de l'attraction. Une panne est aussitôt signalée. L’interrupteur principal ne semble pas enclenché. Il est contrôlé au sous-sol, sans succès... le message d’erreur persiste. «Nous avons un problème avec la piste de bob suisse», annonce-t-il à un collègue au téléphone. «AEG, je l’ai déjà fait.» Dans le jargon des techniciens, AEG signifie arrêt, enclenchement, redémarrage.

Tout en poursuivant la recherche de la panne, Marvin Baldauf effectue le contrôle habituel de la piste. Il commence par les freins, répartis sur les 500 mètres du tracé sous la station du manège. «Chaque frein est équipé d’un capteur. Le moindre écart provoque un arrêt», explique-t-il. Il inspecte les valves, puis l’usure des pneus qui stoppent et relancent les trains. 

La cause du problème est finalement identifiée. «Une butée de frein n’était pas correctement réglée, précise-t-il. Une membrane dans le cylindre aurait pu se rompre, empêchant le frein de se desserrer.» Selon lui, la situation ne présentait toutefois aucun danger pour les visiteurs.

Ça se joue à un cheveu!

Durant l’inspection, Marvin Baldauf est régulièrement interrompu par des cheveux coincés sur la voie. Ceux des visiteurs, tombés depuis la station. «C’est le cas sur toutes les attractions. Quand on ne connaît pas le métier, on ne s’y attend pas», sourit-il.

Après les freins, il contrôle le parcours du train. «Je trouve parfois de la monnaie ou d’autres objets. Mon record, ce sont 18 casquettes sur un seul circuit, raconte-t-il. En hiver, l’installation doit être parfaitement dégagée de la neige et de la glace. Nous ne pouvons pas saler, cela endommagerait les roues.» Lors de la visite, un plan du parc est même retrouvé sur la piste. «Mais on ne peut pas circuler partout librement. A partir d’une certaine hauteur, il faut être sécurisé», rappelle-t-il.

A 9h30, c’est l’heure de la pause. «Sans mon casse-croûte, je deviens de mauvaise humeur», plaisante Marvin Baldauf.

Contrôles intenses

En hiver, les visiteurs n’arrivent à Europa-Park qu’à 11h, ce qui permet aux équipes de commencer les contrôles un peu plus tard. En haute saison, les inspections débutent dès 6h pour une ouverture du parc à 9h.

Pendant la pause de Marvin Baldauf, Gregor Engelmann prend le relais. Il fait partie du service Gestion de la sécurité. Les rapports sur les attractions qui s'arrêtent lui donnent du fil à retordre. «Si elles ne s’arrêtaient pas, ce serait bien plus inquiétant, affirme-t-il. Nos installations réagissent au moindre écart. Il est extrêmement rare qu’une attraction s’arrête sans raison valable.»

«
Sur l’autoroute, à l’approche d’Europa-Park, le danger est bien plus élevé
Gregor Engelmann, service Gestion de la sécurité à Europa-Park
»

Gregor Engelmann dit accorder une confiance totale aux installations. «Sur l’autoroute, à l’approche d’Europa-Park, le danger est bien plus élevé», souligne-t-il. Chaque année, une quinzaine d’experts du TÜV (l'organisme allemand de référence pour le contrôle technique des véhicules) passent environ six semaines sur place, principalement entre janvier et mars, pour contrôler la sécurité de toutes les attractions.

Des sauveteurs en hauteur spécialisés

Les cas d'urgence font également l'objet d'exercices réguliers, notamment l’évacuation du Silver Star, haut de 70 mètres. «Nous disposons de sauveteurs en hauteur spécialement formés, explique Gregor Engelmann. Nous nous entraînons fréquemment avec nos équipes. Nous allons au-delà des exigences réglementaires.»

Malgré ce haut niveau de sécurité, un décès est survenu en 50 ans d’histoire du parc. En 2005, un homme de 44 ans a perdu la vie sur le grand huit aquatique Poséidon après être passé sous l’arceau de retenue et être tombé de la piste. «On ne peut pas ouvrir les arceaux aussi facilement», rappelle Gregor Engelmann. Marvin Baldauf, qui revient de sa pause, confirme: «Les verrous ne peuvent être débloqués que lorsque le train est alimenté en courant, ce qui n’est le cas qu’en station.»

Passer l'hiver au chaud

A 10h, la visite se poursuit avec la mise en service des trains. «En hiver, les quatre rames sont stockées dans un local chauffé, car elles sont sensibles au froid», explique Marvin Baldauf. Elles sont rangées dans un cylindre, «comme dans un revolver». L’un des trains est toujours en révision, il est démonté et contrôlé pièce par pièce.

Une heure avant l’ouverture du parc, le personnel de la station est en place. «Attention, le train arrive!», lance Marvin Baldauf en sortant une rame du dépôt. Chaque train effectue un tour à vide avant les derniers contrôles. «Les roues tournent-elles correctement? Sont-elles bien graissées?»

Un dernier essai pour la route

Le temps presse! Des cris se font déjà entendre depuis les premières attractions ouvertes. Marvin Baldauf inspecte le dernier train. A 11h précises, les premiers visiteurs apparaissent dans la file d’attente. «Encore un tour d’essai. Voyons ce que ça donne, à vue d'œil», annonce-t-il. Par ce terme, il désigne son ressenti à bord: vibrations, secousses, confort général. Après près de deux minutes de parcours, le verdict tombe. «Je suis entièrement satisfait, je n’ai rien constaté.» A 11h03, Marvin Baldauf prend son téléphone et valide l’ouverture de l’attraction via l’application de sécurité. La piste est déclarée sûre.

Son service, toutefois, est loin d’être terminé. Il se poursuit jusqu’à 15h. Une équipe du soir prend le relais à 14h30 et reste mobilisée jusqu’à une heure après la fermeture du parc. «Nous sommes de piquet en cas de panne, nous vérifions les stocks ou nous contrôlons les attractions, même en exploitation, explique-t-il. On ne s’ennuie jamais ici, c’est certain.»

Articles les plus lus