Ce retraité suisse est parti en Thaïlande
«Je touche 1470 francs d’AVS. Mais ici, ça fonctionne»

Un retraité zurichois raconte pourquoi il a choisi de passer sa retraite à l’étranger. Comment il parvient à y vivre dignement avec peu d’argent et ce qu’il pense des récentes critiques visant les Suisses de l’étranger.
Publié: 18.04.2025 à 10:08 heures
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David K. (Prénom d'emprunt) vit en Thaïlande depuis trois ans.
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Sandra Meier

La maison est petite, mais elle offre tout ce dont on a besoin: une grande véranda, un salon, une salle de bain, une cuisine, une chambre à coucher. C'est ici, près de Hua Hin, à environ de 180 kilomètres de Bangkok, que vit David K.*, un retraité suisse. Il y a trois ans, il a tout quitté pour recommencer à zéro. «Je pesais 110 kilos, mon cœur était au bord du gouffre. Aujourd’hui, je suis sous la barre des 90», confie-t-il à Blick.

L'homme de 67 ans connaît la Thaïlande depuis la fin des années 90. À partir de 2006, il y a voyagé régulièrement, avant de s’y installer définitivement en 2022. Sa rente ne lui suffit pas pour vivre en Suisse. «Ma retraite ne me permettait pas de vivre en Suisse. Je touche 1470 francs d’AVS, sans aucun patrimoine. Mais ici, ça fonctionne.» Son loyer lui coûte environ 210 francs par mois. L’eau est bon marché, et sa consommation d’électricité reste raisonnable, notamment parce qu’il limite l’usage de la climatisation.

«En Suisse, la jalousie et l’envie sont omniprésentes»

Les critiques de ceux qui le considèrent comme un «profiteur» vivant aux frais de la Suisse ne le laissent pas indifférent. «Honnêtement, cette mentalité ne me surprend pas. En Suisse, la jalousie et l’envie sont omniprésentes.» Le sexagénaire rappelle que pendant plus de 40 ans, il a travaillé et versé ses cotisations. Il a dû faire des concessions lorsqu'il a travaillé quelques années à l'étranger. «Jamais il ne me serait venu à l’esprit d’exiger que l’AVS ne bénéficie qu’aux Suisses vivant en Suisse. Nous avons cotisé pour cela. Et vivre en Thaïlande n’est pas gratuit non plus.»

David K. rejette fermement l’étiquette de «parasite». «Je suis citoyen suisse et j’ai toujours respecté mes obligations. Ceux qui nous traitent de profiteurs ne réalisent pas la réalité économique. Beaucoup de gens en Suisse sont à la limite financièrement.»

En Thaïlande, David K. vit simplement, mais pas pauvrement. Il commence ses journées avec un bol de muesli, boit beaucoup d’eau, évite l’alcool et la malbouffe. «Je mange comme les Thaïlandais: des plats simples, frais et bons.» Ce qui lui manque de la Suisse? «L'émincé de veau à la zurichoise», répond-il sans une once d'hésitation. Il regrette aussi l’eau froide au robinet – en Thaïlande, elle est toujours tiède – et les promenades au bord du lac de Zurich.

Le respect, clé de l’intégration

Malgré son attachement au pays, il note un changement d’attitude: «Les Thaïlandais sont de moins en moins tolérants envers les Farang qui ne s’adaptent pas.». Les Farang – ce sont les étrangers occidentaux. Beaucoup d'entre eux ne feraient guère d'efforts pour apprendre la langue ou la culture. «Un simple mot en thaï, un compliment sur la nourriture, un salut dans la langue locale – ça change tout.» Il lance un appel aux Suisses qui veulent se rendre en Thaïlande: «Apprenez un peu de thaï. Faites preuve de respect. Comportez-vous bien.»

Il applique lui-même ces principes, notamment dans les lieux publics: «Je ne vais jamais aux bureaux administratifs ou dans un temple en short. Toujours un pantalon long, un ton poli, et surtout, ne jamais pointer ses pieds en direction d’un Thaïlandais – c’est un manque de respect total.» Ceux qui ignorent ces règles, ou pire, se montrent irrespectueux, s’exposent à un rejet, voire à des problèmes juridiques. «Si vous avez un litige en Thaïlande, mieux vaut avoir un avocat d’exception. Et parfois, même lui ne pourra rien pour vous.»

Une histoire d’amour qui tourne mal

En 2006, David rencontre une Thaïlandaise et tombe amoureux. Une relation à distance s’installe, puis le couple se marie et met au monde deux enfants. David décide alors de s’installer en Thaïlande pour vivre avec sa famille. Mais à son arrivée, c’est le choc: sa femme entretient plusieurs liaisons. Il demande immédiatement le divorce.

Pendant 13 ans, depuis la Suisse, il lui a envoyé 50’000 bahts par mois (environ 1’280 francs) pour subvenir aux besoins de sa famille. Selon lui, de nombreuses femmes thaïlandaises mariées à des étrangers sont courtisées par des hommes locaux, souvent pour des raisons financières.

Un sentiment de liberté retrouvé

Malgré ses moyens modestes, David se sent mieux que jamais. Il marche beaucoup et suit l’actualité internationale. Son conseil à ceux qui envisagent l’expatriation: «Faites bien vos calculs. Où pouvez-vous vivre décemment avec votre retraite? La Thaïlande peut être une option, mais seulement si vous êtes prêt à vous adapter et à bien vous préparer.» Il s'est assuré son droit de séjour pour 27'000 francs via le «Thai Elite Superiority Visa» – valable 20 ans.

«Ici, je ne ressens plus de pression. Plus de compétition comme en Suisse. J’ai trouvé la tranquillité.» Revenir? Hors de question. «Je suis chez moi ici, et mon corps me dit que j’ai fait le bon choix.»

*Prénom d'emprunt

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