Au secours des passagers
Le secteur aérien se mobilise après l'arrêt immédiat de la compagnie américaine Spirit Airlines

Spirit Airlines a cessé ses activités dans la nuit de vendredi à samedi après un nouvel échec avec ses créanciers. Les compagnies américaines réagissent avec des tarifs réduits et des plans pour secourir passagers et équipages.
Spirit Airlines était un pionnier de l'aviation low cost aux USA.
Photo: keystone-sda.ch

Les compagnies aériennes américaines se mobilisent samedi pour aider passagers et équipages de Spirit Airlines, qui a cessé ses activités dans la nuit avec effet immédiat après l'échec de tractations de dernières minutes avec ses créanciers et la Maison Blanche. En faillite depuis août 2025, pour la seconde fois en moins d'un an, et assommée par la hausse des prix du kérosène, Spirit a annoncé dans la nuit de vendredi à samedi l'annulation de tous ses vols et «l'arrêt progressif» de ses activités. Elle employait plus de 16'000 personnes, de manière directe ou indirecte, selon différentes sources.

American Airlines, United Airlines, Southwest, Avelo et les deux compagnies qui s'étaient battues à coup de surenchères pour racheter Spirit en 2022, à savoir Frontier Airlines et JetBlue Airways, ont rapidement annoncé des tarifs préférentiels, une assistance ad hoc ainsi qu'un programme de vols renforcé sur les dessertes en commun avec leur concurrente exsangue.

«Prix de rescousse» à 99 dollars pour les passagers naufragés jusqu'au 6 mai, nouveaux billets plafonnés à 299 dollars pour des sièges premier prix sur certaines liaisons jusqu'au 8 mai, JetBlue a aussi accru ses vols depuis Fort Lauderdale, pour certains jusqu'à début novembre. Quelque 130 vols JetBlue devraient décoller quotidiennement cet été de cet aéroport de Floride, soit 75% de plus qu'un an auparavant. American, qui opère 67 liaisons identiques à celles de Spirit, a aussi mis en place des «prix de secours».

Pionnier américain

La plupart des compagnies ont également un dispositif pour faciliter le retour des équipages bloqués loin de chez eux. Et aussi pour les embaucher. «Avelo recrute pour sa croissance», a notamment indiqué la compagnie low-cost, rappelant sa foire d'embauche le 8 mai au Texas. Lors d'une conférence de presse samedi matin, le ministre des Transports Sean Duffy a assuré que les détenteurs de billets Spirit seraient intégralement remboursés car «les fonds ont été mis en réserve».

Lancée en 1992, Spirit Airlines, connue pour ses avions jaune vif, était l'une des premières compagnies à bas coûts du marché américain. Selon des données du ministère des Transports, elle a transporté 28 millions de passagers entre février 2025 et janvier 2026. La compagnie avait annoncé le 24 février un accord avec ses créanciers et anticipait son émergence de la procédure de faillite (Chapitre 11) «à la fin du printemps ou au début de l'été».

Kérosène fatal

Mais l'envolée des prix du kérosène, qui ont plus que doublé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, a rapidement obscurci son horizon. Le président américain Donald Trump avait évoqué fin avril un possible rachat par l'Etat fédéral pour sauver les milliers d'emplois de Spirit, neuvième compagnie américaine en nombre de passagers. Vendredi après-midi, alors que des médias évoquaient depuis plusieurs jours une liquidation imminente, il avait fait renaître un peu d'espoir en disant qu'il ferait une annonce dans la journée, après «une proposition finale». Mais il n'en a rien fait.

«Le président était comme un chien sur un os, à essayer de trouver une façon de sauver Spirit», a indiqué Sean Duffy samedi. «Mais, au bout du compte, c'est un problème de créanciers. Ils ont le dernier mot pour décider de faire ou non affaire avec le gouvernement», a-t-il relevé. Le projet initial de l'exécutif prévoyait un renflouement de 500 millions de dollars en échange de «warrants», des titres convertibles en actions pouvant être vendues ultérieurement. Il aurait ainsi détenu jusqu'à 90% du capital, perspective qui a hérissé certains détenteurs d'obligations qui ont rejeté le sauvetage, selon des médias américains.

«Centaines de millions de dollars supplémentaires»

«Pour maintenir l'activité, il aurait fallu des centaines de millions de dollars supplémentaires de liquidités que Spirit n'a tout simplement pas et n'a pas pu obtenir», a déploré David Davis, PDG de Spirit, cité dans le communiqué nocturne. Sean Duffy a réitéré samedi les critiques de responsables du gouvernement Trump envers l'administration précédente de Joe Biden, qui a fait dérailler en mars 2024 le rachat de Spirit par JetBlue pour 3,8 milliards de dollars, le jugeant anticoncurrentiel.

Interrogé samedi matin par l'AFP sur d'éventuels risques pour d'autres compagnies américaines, l'expert Richard Aboulafia a confié «ne pas être inquiet pour le secteur aérien dans son ensemble, du moins pour l'instant». «Spirit Airlines était condamnée depuis des années à cause d'un modèle stratégique profondément défaillant», a commenté le directeur de la société de conseil AeroDynamic. «Les prix élevés du kérosène n'ont fait qu'accélérer le jour du jugement».

Articles les plus lus