Les députés argentins ont adopté dans la nuit de jeudi à vendredi la loi sur la réforme de la législation du travail voulue par le président ultralibéral Javier Milei. Le pays a connu le même jour une grève générale, ponctuée d'incidents, qui a mis le pays à l'arrêt. Amendée par la chambre basse, la loi dite de «modernisation du travail» doit désormais retourner au Sénat pour approbation définitive, étape que le gouvernement espère franchir d'ici à mars.
Projet-clé de la seconde moitié du mandat de Javier Milei, la réforme facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail, étend les services dits «essentiels» en cas de grève et autorise le fractionnement des congés. Pour l'exécutif, ce texte va permettre de doper l'embauche dans une économie, qui compte plus de 40% d'emploi informel, notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme «l'industrie des procès», une judiciarisation à outrance du monde du travail.
Quatrième grève générale
Ce n'est «pas une modernisation, [mais] une précarisation», rétorquent les syndicats. Jeudi, l'Argentine a été paralysée par la quatrième grève générale en un peu plus de deux ans de mandat de Javier Milei. Comme la semaine dernière, une manifestation largement pacifique a rassemblé plusieurs milliers de personnes aux abords du Parlement, avant de dégénérer en accrochages entre quelques dizaines de personnes et la police.
Bouteilles et pierres ont volé en direction des forces de l'ordre, qui, de leur côté, ont fait usage de gaz lacrymogène, canons à eau et balles en caoutchouc, avant finalement d'avancer en force pour dégager la place, a constaté l'AFP. Une dizaine de personnes ont été interpellées.
La grève de 24 heures a eu un suivi «très important», a affirmé Jorge Sola, codirigeant de la principale centrale syndicale du pays, revendiquant une activité arrêtée «à 90%». Le mouvement a été largement suivi dans les transports aériens et ferroviaires, ainsi que par les bus. A Buenos Aires, les aéroports et les gares étaient vides, a constaté l'AFP. Aerolineas Argentinas avait annoncé plus de 250 vols annulés.
Au pouvoir depuis décembre 2023, Javier Milei a enregistré un succès macro-économique majeur face à l'inflation, ramenée de plus de 150% à 32% en interannuel, mais au prix d'une austérité budgétaire et de coupes dans l'emploi public, qui ont anémié consommation et activité. En deux ans, près de 300'000 emplois ont été perdus, public et privé confondus.