Trump se venge du chancelier allemand
Le retrait de 5000 soldats américains coûtera des milliards à l'Allemagne

La tension monte entre Berlin et Washington, qui annonce le retrait de 5000 soldats américains d'Allemagne. Une décision aux lourdes conséquences économiques et stratégiques pour les régions concernées.
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Les Etats-Unis veulent retirer 5000 soldats d'Allemagne au cours des douze prochains mois.
Photo: Getty Images
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Daniel Kestenholz

Le message de Washington est clair: quiconque critique l’Amérique doit payer. Et l’Allemagne en fait désormais les frais. Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a officiellement ordonné le retrait de 5000 soldats, affirment plusieurs médias américains citant des sources du Pentagone. Le nombre de soldats américains en Europe serait ainsi ramené au niveau d’avant la guerre en Ukraine.

Washington invoque une «réorientation stratégique» pour justifier cette décision, mais beaucoup estiment qu'il s'agit surtout d'un choix politique. En effet, le chancelier allemand Friedrich Merz avait publiquement critiqué l’attaque militaire du président américain Donald Trump contre l’Iran. Depuis, les relations entre Berlin et Washington se sont nettement tendues.

Cette semaine, Friedrich Merz en a remis une couche. Il a reproché aux Etats-Unis un manque de planification et de stratégie claire, affirmant que l’Iran les «humiliait». Donald Trump a réagi rapidement sur son réseau Truth Social avec des attaques personnelles virulentes, affirmant notamment que Friedrich Merz n’avait «aucune idée de ce dont il parle», tout en menaçant de retirer des troupes américaines.

L’épine dorsale de l’armée américaine en Europe

En interne, certains parlent d’un règlement de comptes politique. Environ 39'000 soldats américains sont actuellement stationnés en Allemagne, plus que dans tout autre pays européen. Les bases de Ramstein et de Stuttgart ne sont pas de simples casernes: elles servent notamment à coordonner des opérations de drones, à organiser des évacuations médicales et soutenir des opérations militaires. L’Allemagne constitue ainsi l’épine dorsale de l’armée américaine en Europe.

Cinq mille soldats doivent désormais être retirés dans un délai de six à douze mois. Une réduction limitée, mais perçue comme un avertissement, avec la possibilité de nouvelles mesures.

Les retombées économiques de cette présence militaire sont importantes pour l’Allemagne: chaque année, plusieurs milliards d’euros sont injectés dans les régions concernées. Des milliers d’emplois directs et indirects dépendent des bases de Ramstein, Stuttgart et Grafenwöhr.

Des villes comme Kaiserslautern ou Baumholder seraient difficilement viables sans ces installations. Les soldats américains et leurs familles y dépensent chaque année des centaines de millions d’euros. Un retrait total fragiliserait plusieurs régions et pourrait aussi ébranler l’architecture de la sécurité européenne.

D’autres retraits possibles?

Le scénario n’est pas nouveau. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait déjà menacé de retirer 12'000 soldats. L'ex-président américain Joe Biden avait ensuite suspendu ce projet. Aujourd’hui, le ton est plus dur et les tensions plus visibles. A Berlin, beaucoup estiment que ces menaces finiront par être mises à exécution.

Pour Friedrich Merz, la situation est particulièrement délicate. Il y a quelques semaines encore, Donald Trump lui avait assuré personnellement qu’il maintiendrait la présence militaire américaine. Aujourd’hui, il revient sur ses propos, en réaction directe aux critiques du chancelier allemand.

La question de savoir si ce retrait se limitera à 5000 soldats reste ouverte. A Washington, des discussions évoquent déjà de nouvelles réductions en Europe. Pour l’Allemagne, l’enjeu dépasse désormais la seule politique de sécurité: il touche à son influence internationale et à des intérêts économiques majeurs.

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