Cadeau d'adieu raté
Guy Parmelin enterre sa réforme des importations de vin et fâche les vignerons

Dernier revers viticole pour Guy Parmelin. Avant son départ, le ministre a stoppé une réforme sur les importations de vin. Reste l'alternative de la mise aux enchères des contingents, déjà jugée peu prometteuse.
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Le vin suisse se porte de plus en plus mal.
Photo: Keystone

En bref

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  • La consommation de vin a diminué de près de 20 % en cinq ans
  • Les contingents d’importation de Guy Parmelin en fonction de la production nationale ont échoué
  • Le président du Centre Philipp Matthias Bregy veut abaisser les obstacles et introduire des prix seuils
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Joschka Schaffner

Guy Parmelin, conseiller fédéral UDC sortant, n'a pas chômé en tant que ministre de l’Economie. Aides liées au Covid, accords de libre-échange, visites aux Etats-Unis... Malgré sa grande modestie, le Vaudois a su briller sur de nombreux fronts et les éloges pleuvent au moment de son départ.

Avec toutes ces belles paroles, on pourrait presque oublier que Guy Parmelin a précisément échoué dans son domaine de prédilection. Viticulteur de formation, le conseiller fédéral voulait donner un sérieux coup de pouce à «sa» branche. Il a pourtant dû faire machine arrière en catimini quelques jours seulement avant l’annonce de sa démission. Si les importateurs s'en réjouissent, les vignerons s’irritent.

Des airs de cadeau d'adieu

Au début de l’année, le tableau ressemblait encore à un cadeau d’adieu: l’importation de vin devait à l’avenir être liée à la production nationale, avait annoncé le département de Guy Parmelin. A l’avenir, seul celui qui achèterait et vinifierait lui-même des raisins suisses devait recevoir un contingent.

Le ministre de l’Economie a alors trouvé une oreille attentive auprès des producteurs suisses. Rien d’étonnant: l’idée était née à l'occasion d’une table ronde l'automne dernier organisée par Guy Parmelin, réunissant la branche viticole. Car en Suisse, la consommation de vin a reculé de près de 20% ces cinq dernières années.

Du côté des négociants en vin, également présents à la table ronde, Parmelin a toutefois ouvert un autre front avec le nouveau système de contingents douaniers. Les entreprises qui ne produisent pas elles-mêmes du vin seraient exclues de leur attribution et devraient désormais acheter leurs droits d’importation auprès d’un nombre limité d’entreprises.

Abandon en catimini

La consultation sur la nouvelle réglementation douanière s’est déroulée jusqu’à fin juin. Puis l’action a été annulée en toute discrétion le premier octobre, un jour avant que Guy Parmelin n’annonce sa démission. Le conseiller fédéral a informé la branche que la modification controversée de l’ordonnance «n’avait pas recueilli de majorité». Un dernier naufrage pour le ministre de l’Economie sortant?

Pour les viticultrices et les viticulteurs, c’est un échec annoncé. Même au-delà du dossier des contingents douaniers, le dispositif de soutien peine à produire les effets escomptés. Les Chambres fédérales ont certes augmenté de dix millions de francs cette année l’enveloppe consacrée aux améliorations structurelles. Mais selon les chiffres de la Confédération, les cantons n’avaient sollicité, à la mi-septembre, qu’un peu plus d’un dixième des fonds, notamment destinés à encourager l’arrachage volontaire de surfaces viticoles.

«Les critères sont beaucoup trop stricts», estime le président du Centre Philipp Matthias Bregy. Le conseiller national valaisan préside également l’association faîtière de la branche, Vignes et Vins suisses. Si l’on décidait de réduire la surface cultivée, les parcelles arrachées devraient ensuite rester en friche pendant dix ans. Philipp Matthias Bregy a désormais déposé une motion auprès du Conseil fédéral afin d’abaisser les obstacles à l’octroi des aides.

Un prochain fiasco se profile

«Je comprends que les agriculteurs soient frustrés», déclare Philipp Matthias Bregy. La branche aurait besoin de mesures rapides. Le conseiller national valaisan ne comprend pas que le département de Guy Parmelin abandonne en catimini la solution évidente: «l’attribution en fonction de la production nationale aurait été une voie praticable.»

Comme solution de repli, le ministre de l’Economie a annoncé la semaine dernière à la branche que le contingent douanier serait à l’avenir attribué aux enchères. Pour Philipp Matthias Bregy, cette option n’a guère de sens. «Nous avons 170 millions de contingents et 130 millions de demandes. Une mise aux enchères n’est donc pas vraiment prometteuse», estime-t-il. La Confédération pourrait ainsi essuyer un nouveau fiasco.

Les prix seuils devraient aider

Selon Philipp Matthias Bregy, le Conseil fédéral devrait plutôt introduire des prix seuils, comme la loi sur l’agriculture l’autorise aujourd’hui. Autrement dit, seuls les vins bon marché étrangers dont le prix est inférieur aux coûts moyens de production des vins suisses seraient renchéris jusqu’au niveau national par une taxe douanière. «Un prix final de 4 à 6 francs est envisageable», estime le conseiller national valaisan. Les recettes supplémentaires doivent être intégralement affectées à la branche nationale.

Reste à voir si le Conseil fédéral osera une nouvelle fois s’attirer les foudres des importateurs. Une chose est certaine: Guy Parmelin, qui quittera ses fonctions à la fin de l’année, ne devra pas porter ce dossier bien longtemps. La mise aux enchères des contingents douaniers, promise la semaine dernière à la branche viticole par le ministre de l’Economie, ne sera en effet mise en consultation qu’en 2027.

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