Les viticulteurs suisses doivent pouvoir faire des réserves climatiques. Le National a accepté mercredi, par 128 voix contre 43, un projet de commission visant à soulager la branche, touchée de plein fouet par les sécheresses.
Concrètement, les viticulteurs doivent pouvoir constituer des réserves les bonnes années de récolte, pour continuer à mettre sur le marché leurs vins AOC les mauvaises années. Cette réserve de fluctuation garantirait des volumes suffisants en vins AOC suisses en tout temps. Elle renforcerait aussi la position du vin suisse sur le marché.
Le rapporteur de commission Philipp Matthias Bregy (Centre/VS) a parlé d'instrument flexible qui vient compléter ceux qui existent déjà. Et de saluer «une solution qui tient compte à la fois des exigences strictes des produits AOC et des imprévisibilités de la nature».
Les cantons doivent être libres d'introduire cette réserve. Il s'agit de leur donner de la marge de manoeuvre afin de prendre en compte les spécificités régionales et de soutenir les petits producteurs, a commenté Martin Hübscher (UDC/ZH).
Aucune aide fédérale
Aucune aide fédérale n'est prévue, a relevé la co-rapportrice Céline Amaudruz (UDC/GE). Le Conseil fédéral soutenait la proposition, notamment parce qu'il n'y a aucun impact financier pour la Confédération.
Le président de la Confédération Guy Parmelin a indiqué que ce n'était «ni une solution miracle ni une réponse exhaustive aux défis du milieu viticole». Mais il a approuvé ce soutien ciblé, volontaire et flexible.
Le rendement d'une vigne varie fortement d'une année à une autre en fonction de la météo. Les changements climatiques rendent la tâche encore plus difficile, selon le gouvernement. Et la concurrence est devenue plus rude en raison de la baisse de la consommation de vin. L'offre insuffisante de vins suisses est comblée par des vins étrangers et la reconquête des parts de marché perdues est difficile.
La surface viticole suisse a diminué de 512 hectares entre 2000 et 2024, soit une baisse de 3,4%. Les volumes de vin ont eux été pratiquement divisés par deux. La consommation a elle diminué de 26%.
Opposition dispersée
L'opposition était en rangs dispersés. Le PVL, soutenu par des députés du PS, du PLR et des Vert-e-s, a critiqué le projet. Kathrin Bertschy (PVL/BE) a craint une surproduction de raisin alors que la consommation de vin baisse déjà.
Cela risque de saturer encore plus le marché et donc de faire baisser encore les prix. Surtout les petits producteurs seraient touchés. La Bernoise a encore rappelé que de nombreux instruments existent déjà pour soutenir les viticulteurs.
Face aux changements climatiques, la mesure est «un simple sparadrap», a relevé de son côté Sophie Michaud Gigon (Vert-e-s/VD). Et d'ajouter qu'elle ne permet pas de répondre aux problèmes structurels de la branche, confrontée à la concurrence étrangère. Lors du vote final, des élus de tous bords se sont abstenus. Le dossier part au Conseil des Etats.