Donald Trump n'en démord pas: il obtiendra le rattachement du Groenland aux Etats-Unis par un moyen ou par un autre. Sans exclure l'usage futur de la force militaire, le locataire de la Maison Blanche est donc passé à l'offensive samedi 17 janvier en annonçant une guerre tarifaire contre huit pays européens mobilisés pour empêcher l'annexion du territoire grand comme quatre fois la France. S'ils persistent, le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se verront appliquer, à partir du 1er février, une surtaxe de 10% sur leurs marchandises envoyées aux Etats-Unis.
Problème: cette guerre douanière, qui remet en cause l'accord commercial signé le 28 février avec l'Union européenne par Trump lui-même, est une faute stratégique et économique qui risque de se retourner contre les Etats-Unis. Et ce pour cinq raisons.
L'accord commercial conclu avec l'Union européenne le 28 juillet, signé par Donald Trump et Ursula von der Leyen, avait pour but de mettre fin à des mois d'inquiétude sur une possible guerre commerciale transatlantique. Depuis, les milieux d'affaires l'ont intégré dans leurs plans commerciaux et la présidente de la Commission européenne, malgré les réticences au sein de l'UE, a réussi à convaincre de son bien-fondé. Or revenir sur cet accord signifie que la parole des Etats-Unis, première puissance mondiale, ne vaut rien. Trump, l'homme des «deals», défait ce qu'il a conclu. Une trahison commerciale pure et simple.
Donald Trump rêve évidemment de faire d'une pierre deux coups: obliger les huit pays européens concernés à reculer sur le Groenland, où ils ont envoyé des soldats aux côtés du Danemark, et diviser un peu plus cette Union européenne qu'il déteste. Problème: les questions commerciales sont, par le traité européen, dans les mains de la Commission européenne, défenseur du marché unique. Ce marché unique est indispensable à de nombreuses firmes américaines, à commencer par les géants de la tech. Les possibilités de rétorsion de l'UE sont donc importantes. Et elles peuvent faire mal.
10% de tarifs douaniers supplémentaires pour avoir le droit d'annexer le Groenland: et quid du gouvernement de ce territoire autonome, sous souveraineté danoise? A quel moment Donald Trump et son envoyé spécial pour le territoire, le gouverneur de Louisiane Jeff Landry ont-ils proposé une offre intéressante et digne aux Groenlandais? Lesquels, de toute façon, ont répondu par la voix de leur Premier ministre qu'ils préféraient rester avec le Danemark et arrimé à l'UE... Pour les 57'000 habitants du territoire, ces 10% confirment qu'ils sont juste des marchandises au regard de Trump. Triste.
Donald Trump arrive la semaine prochaine à Davos où la délégation américaine, entre représentants de l'administration et des entreprises, comptera plus de 800 personnes! Cette présence devait être le point d'orgue de sa stratégie économique. Or voici que le président des Etats-unis rouvre une bataille avec l'Union européenne, dont la Suisse est partenaire. Ceux qui, à Davos, attendaient un retour au calme et des plans d'avenir pour l'économie mondiale se retrouvent confrontés à l'instabilité «Made in Trump». Pas sûr que cela profite à Washington.
Les huit pays susceptibles de se voir infliger des droits de douane supplémentaires le 1er février sont tous membres de l'OTAN, l'alliance atlantique constituée en 1949 autour des Etats-Unis. Voilà donc ce pilier de la sécurité transatlantique de nouveau déstabilisé, alors que l'objectif officiel de Trump est de sécuriser le Groenland et l'Arctique face aux menaces de la Russie et de la Chine! Là aussi, le constat d'échec est programmé. Pendant que les alliés se divisent, les autres puissances se délectent.