Philippe Miauton monte au front
«Je paie beaucoup trop d’impôts, comme tous les Vaudois»

Directeur de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie et député libéral-radical au Grand Conseil, Philippe Miauton ferraille pour une baisse massive des impôts vaudois. Et ne craint pas de bousculer son propre camp. Interview cash.
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Philippe Miauton défend l’initiative cantonale dite «12%», qui réclame une baisse de l’impôt sur le revenu et la fortune.
Photo: DARRIN VANSELOW
Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine Hürlimann
L'Illustré

A exactement un mois du vote sur l’initiative réclamant une baisse de 12% de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune, Philippe Miauton monte au front. Directeur de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et député du Parti libéral-radical (PLR) au Grand Conseil, il défend une mesure qui coûterait 272 millions de francs par an aux caisses cantonales. 

Face aux critiques sur un cadeau fiscal qui profiterait surtout aux plus aisés, il assure que Vaud a les moyens de rendre du pouvoir d’achat à ses contribuables sans sacrifier ses prestations publiques. Quitte à se retrouver en désaccord avec les trois conseillers d’Etat de son propre parti. Et lorsque L’illustré lui demande combien cette baisse lui rapporterait personnellement, l’élu, d’ordinaire si pétillant, perd soudain un peu de sa verve.

Philippe Miauton, vous êtes directeur de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie. Vous représentez donc les entreprises de ce canton. Pourquoi vous battez-vous aujourd’hui pour baisser les impôts des personnes physiques plutôt que ceux des sociétés?
La réforme de l’imposition des entreprises a déjà eu lieu. Le canton de Vaud s’est redressé après une longue période d’endettement et, durant une quinzaine d’années, il a réalisé régulièrement des bénéfices. Aujourd’hui, il figure parmi les cantons qui imposent le plus les personnes physiques. Il est donc temps de s’intéresser aux familles, aux travailleurs et aux entrepreneurs de la classe moyenne, à ceux qui font vivre l’économie du canton.

Donc, après avoir baissé les impôts des entreprises, il est temps de baisser ceux de leurs patrons?
Non. La baisse de l’imposition des entreprises avait pour objectif d’en attirer, de maintenir celles qui étaient déjà ici, de créer des emplois et de générer des recettes fiscales. Aujourd’hui, après vingt-cinq ans d’efforts, il est légitime d’en rendre une partie aux centaines de milliers de contribuables de notre canton.

Une mesure légitime pour la classe moyenne?

Vous parlez beaucoup de la classe moyenne. Pourquoi ne pas avoir ciblé précisément cette catégorie plutôt que de proposer une baisse générale de 12%?
Parce que les mesures ciblées deviennent vite extrêmement compliquées. Il y a une contradiction dans le discours de la gauche: elle défend la progressivité de l’impôt lorsqu’il faut prélever, mais la critique lorsqu’il s’agit de diminuer la facture. Tout le monde bénéficiera d’une baisse de 12% de ce qu’il paie aujourd’hui, sur le revenu comme sur la fortune.

Mais 12% de presque rien, cela reste presque rien. Pourquoi un contribuable modeste aurait-il intérêt à voter oui?
Parce que cette initiative s’adresse à tous ceux qui paient des impôts. Chacun ne gagnera pas la même somme, mais tous amélioreront leur situation. Pendant vingt-cinq ans, les contribuables ont participé au redressement du canton. Aujourd’hui, les finances permettent de leur restituer une partie de cet effort.

Vous ne craignez pas qu’on vous réponde que les principaux gagnants seront malgré tout ceux qui paient déjà beaucoup d’impôts?
C’est la conséquence d’un système progressif. Celui qui paie davantage économisera davantage en francs. Mais cela ne rend pas la baisse injuste pour autant. N’oublions pas qu’une partie importante de la classe moyenne paie beaucoup de choses plein pot sans bénéficier d’aides particulières. Cette initiative va permettre de lui redonner du pouvoir d’achat et profitera à l’économie locale.

Pas touche aux prestations publiques

Tout le monde réclame pourtant de bonnes écoles, des crèches, des transports, des infrastructures et une administration efficace. N’est-ce pas contradictoire de vouloir ces prestations tout en retirant 272 millions de francs à l’Etat qui les finance?
Deux cent septante-deux millions représentent environ 2% du budget cantonal. Une entreprise, une famille ou une organisation peut absorber temporairement une variation de cet ordre. Aujourd’hui, l’Etat de Vaud dispose d’environ 3,2 milliards de francs de réserves et ses recettes fiscales augmentent d’année en année.

Deux pour cent, cela peut sembler peu. Mais 272 millions restent 272 millions. Où les trouvez-vous concrètement?
Il faut raisonner sur une période de transition. On peut reporter certains projets, revoir certaines dépenses ou différer des engagements supplémentaires. Contrairement à ce que certains avancent, il n’est pas nécessaire de couper dans les prestations existantes. Zurich fait bien et autant tout en prélevant moins.

Vous dites donc qu’il faudra malgré tout faire des choix?
Evidemment. Une baisse fiscale incite à faire des choix, mais rappelons-le, les revenus de l’Etat augmentent année après année et il dispose de solides réserves. Les choix douloureux évoqués par nos adversaires ne servent qu’à faire peur, ils ne sont pas une fatalité.

Une divergence logique avec le Conseil d'Etat

Le PLR, dont vous êtes député au Grand Conseil, compte trois ministres au Conseil d’Etat. Ils ne soutiennent pas cette initiative. Vous connaissez mieux qu’eux la santé financière du canton?
Je n’ai pas cette prétention. Mais quel exécutif a spontanément envie d’avoir moins de moyens? Quand on vous annonce que vos ressources vont diminuer, que vous devez revoir certaines priorités, une réticence s’explique parfaitement.

Tout de même: la baisse des impôts fait partie de l’ADN politique du PLR. Leur opposition ne vous dérange pas?
Non. Il existe une différence entre la logique d’un exécutif et celle d’un parti. Cette initiative a recueilli 28'000 signatures et est largement soutenue par le PLR, l’UDC et les Vert’libéraux vaudois, et même au-delà.

«
Il faut redonner du pouvoir d’achat aux Vaudois
Philippe Miauton
»

Vos ministres sont trop prudents?
Disons qu’ils ne souhaitent pas avancer au même rythme ni de la même manière. Notre initiative demande une baisse d’impôts significative maintenant.

Agir avant de perdre des entreprises

Vous présentez la fiscalité comme un problème d’attractivité. Pourtant, Vaud reste l’un des cantons les plus dynamiques de Suisse. N’est-ce pas la preuve que les impôts ne sont pas le repoussoir que vous décrivez?
La vraie question est: jusqu’à quand? Le canton a énormément bénéficié de l’EPFL, de l’innovation, de la libre circulation des personnes, des accords bilatéraux et de la diversité de son tissu économique. Mais ces avantages ne sont pas acquis pour toujours. Pour la CVCI, il est essentiel d’assurer des conditions-cadres favorables.

Vous avez déjà connaissance d’entreprises ou de contribuables qui quittent Vaud spécifiquement à cause des impôts?
Oui! Et il ne faut pas attendre que le phénomène devienne massif pour agir. L’attractivité repose sur un ensemble de facteurs. Si certains avantages du canton s’érodent et que, parallèlement, la fiscalité devient toujours moins compétitive, on finit par créer un problème.

Autrement dit, vous voulez agir avant d’avoir la preuve que le problème existe vraiment?
Je veux agir avant qu’il ne soit trop tard. En matière d’attractivité, lorsque vous commencez à perdre des entreprises, des employés, donc des contribuables, reconstruire l’attractivité coûte bien plus cher. Nous ne proposons pas de transformer Vaud en Zoug. Nous voulons simplement faire remonter le canton de Vaud de quelques rangs en comparaison intercantonale.

Pour bien comprendre votre philosophie: existe-t-il une situation dans laquelle vous préféreriez consacrer ces 272 millions à des prestations publiques plutôt qu’à une baisse d’impôts?
Le canton a un budget de plus de 12 milliards. L’enjeu, c’est l’équilibre entre les prestations offertes et ce que l’on prélève pour les financer. Aujourd’hui, il faut redonner du pouvoir d’achat aux Vaudois. Chaque contribuable saura comment utiliser cette baisse d’impôts.

Et aujourd’hui, selon vous, cet équilibre est rompu?
Oui. Lorsque Berne ou Zurich parviennent à offrir des prestations importantes avec une pression fiscale inférieure, nous devons nous demander pourquoi Vaud n’y arrive pas.

Comparaison de la charge fiscale dans trois cantons très peuplés. Les chiffres indiquent la part du revenu ou de la fortune prélevée par l’impôt cantonal. Chiffres arrondis.

Vous, personnellement, vous payez combien d’impôts?
(Il soupire.) Je vis à Lausanne, donc beaucoup trop, comme tous les Vaudois.

Combien, précisément?
Beaucoup, mais le sujet n’est pas là. Ce n’est simplement plus justifié de payer autant alors que le canton voit ses recettes augmenter d’année en année.

Vous défendez pourtant une initiative dont vous allez personnellement profiter. Pourquoi ne pas dire combien?
Je ne suis qu’une des 28'000 signatures déposées il y a trois ans pour une baisse d’impôts.

Mais tout le monde se réclame de la classe moyenne, surtout ceux qui n’en sont pas…
Vous trouvez des statistiques qui vous disent que vous êtes dans telle ou telle catégorie, mais peu importe la catégorie. Je fais surtout partie de ceux qui paient leurs impôts, leurs frais de garde et beaucoup d’autres dépenses sans bénéficier d’aides particulières. D’ailleurs, je n’en demande pas.

«
Les contribuables extrêmement fortunés ne sont pas concernés par notre initiative
Philippe Miauton
»

Vous savez au moins combien vous économiseriez avec cette baisse de 12%?
Bien sûr que je pourrais le calculer. Mais ce qui m’intéresse, c’est l’effet global de l’initiative. Pour beaucoup de ménages, quelques centaines de francs ou 1000 à 1500 francs comptent. On nous explique régulièrement que 10, 50 ou 100 francs font une différence dans le budget d’une famille. Je ne vois pas pourquoi ce raisonnement ne vaudrait plus lorsqu’il s’agit d’une baisse d’impôts.

Vous comprenez malgré tout que votre refus de donner votre propre gain puisse nourrir l’idée que cette initiative profite surtout aux contribuables aisés?
Je comprends la question, mais cette initiative s’appliquera simplement à moi comme à toutes celles et ceux qui paient des impôts. Les contribuables extrêmement fortunés ne sont pas concernés par notre initiative. D’autres mécanismes s’appliquent à eux. Ce texte s’adresse aux centaines de milliers de Vaudoises et de Vaudois qui paient des impôts chaque année.

En 2027, pour qui voterez-vous?
Vous pensez que je pourrais être tenté de voter pour quelqu’un de gauche?

Reformulons, puisque vous êtes joueur: soutiendrez-vous les trois ministres PLR sortants malgré leur opposition à cette initiative?
Je verrai selon la température! (Rires.) Plus sérieusement, je ne leur en veux pas. Ils font leur travail, je fais le mien comme directeur de la CVCI et député, et les citoyens feront le leur dans les urnes.

Donc cette divergence ne pèsera pas dans votre vote?
Honnêtement, je pense que chacun joue son rôle et qu’une divergence sur une initiative ne suffit pas à résumer l’action d’un conseiller d’Etat.

Si vous deviez convaincre une personne encore hésitante en une seule idée, laquelle serait-ce?
Je lui demanderais simplement ceci: est-ce que Vaud doit se résigner à rester tout en bas du classement fiscal suisse? Nous sommes un grand canton, avec une économie forte. Zurich et Berne offrent eux aussi des universités, des hôpitaux, des infrastructures et des prestations publiques importantes tout en prélevant moins. Notre canton doit pouvoir le faire également tout en redonnant du pouvoir d’achat à sa population.

Le match romand: Pour une même famille gagnant 100'000 francs brut par an, les écarts sont importants.

Vous promettez donc qu’aucune prestation ne devra être supprimée?
Je dis qu’il est possible d’absorber cette baisse sans entrer dans une logique d’austérité ni démanteler les prestations publiques. Cela incitera le gouvernement à prioriser davantage. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose.

Pour aller plus loin, un débat opposant Philippe Miauton au conseiller national socialiste Benoît Gaillard est organisé le 7 septembre à 19 h 30 à l’hôtel-café restaurant La Suite, à Payerne.

Le camp du oui

Pour le camp du oui à l’initiative des 12%, qui réunit la droite vaudoise et les milieux patronaux, les ménages vaudois sont pris en étau par la hausse continue de leurs dépenses: primes, transports, alimentation, logement, assurances ou énergie. A ces charges s’ajoute l’impôt – sur lequel, soulignent les initiants, les contribuables n’ont aucune prise. Selon eux, la pression fiscale vaudoise est l’une des plus lourdes de Suisse, juste derrière Genève.

Les partisans de l’initiative s’appuient notamment sur les comparaisons intercantonales. Pour une famille avec deux enfants, dont les deux parents travaillent et qui dispose d’un revenu de 125 000 francs, la facture fiscale cantonale peut être plus de deux fois plus élevée dans le canton de Vaud qu’à Zurich. Une différence qui, à leurs yeux, «ne trouve aucune justification objective».

Ils insistent: la comparaison n’est pas faite avec Schwytz ou Zoug, mais avec Zurich, canton le plus peuplé de Suisse, dont ils jugent les infrastructures et les prestations publiques comparables à celles de Vaud. Leur conclusion est sévère: le canton serait devenu trop cher, notamment pour une classe moyenne qui subirait une fiscalité élevée sans bénéficier de prestations significativement meilleures qu’ailleurs.

Pour les initiants, l’impôt constitue aussi l’une des rares charges importantes sur lesquelles l’Etat peut agir directement. Une baisse de 12%, identique en pourcentage pour tous, permettrait ainsi de «redonner une bouffée d’oxygène et du pouvoir d’achat» aux ménages. Elle profiterait également, assurent-ils, à l’économie locale et aux commerces.

Enfin, ils relativisent son coût: environ 2% du budget global de l’Etat. Le canton continuant, selon eux, d’engranger des recettes supplémentaires, ce ne serait pas aux contribuables de financer une hausse des dépenses qu’ils jugent excessive, ni de payer la facture des gaspillages et dysfonctionnements régulièrement dénoncés.

Pour le camp du oui à l’initiative des 12%, qui réunit la droite vaudoise et les milieux patronaux, les ménages vaudois sont pris en étau par la hausse continue de leurs dépenses: primes, transports, alimentation, logement, assurances ou énergie. A ces charges s’ajoute l’impôt – sur lequel, soulignent les initiants, les contribuables n’ont aucune prise. Selon eux, la pression fiscale vaudoise est l’une des plus lourdes de Suisse, juste derrière Genève.

Les partisans de l’initiative s’appuient notamment sur les comparaisons intercantonales. Pour une famille avec deux enfants, dont les deux parents travaillent et qui dispose d’un revenu de 125 000 francs, la facture fiscale cantonale peut être plus de deux fois plus élevée dans le canton de Vaud qu’à Zurich. Une différence qui, à leurs yeux, «ne trouve aucune justification objective».

Ils insistent: la comparaison n’est pas faite avec Schwytz ou Zoug, mais avec Zurich, canton le plus peuplé de Suisse, dont ils jugent les infrastructures et les prestations publiques comparables à celles de Vaud. Leur conclusion est sévère: le canton serait devenu trop cher, notamment pour une classe moyenne qui subirait une fiscalité élevée sans bénéficier de prestations significativement meilleures qu’ailleurs.

Pour les initiants, l’impôt constitue aussi l’une des rares charges importantes sur lesquelles l’Etat peut agir directement. Une baisse de 12%, identique en pourcentage pour tous, permettrait ainsi de «redonner une bouffée d’oxygène et du pouvoir d’achat» aux ménages. Elle profiterait également, assurent-ils, à l’économie locale et aux commerces.

Enfin, ils relativisent son coût: environ 2% du budget global de l’Etat. Le canton continuant, selon eux, d’engranger des recettes supplémentaires, ce ne serait pas aux contribuables de financer une hausse des dépenses qu’ils jugent excessive, ni de payer la facture des gaspillages et dysfonctionnements régulièrement dénoncés.

Le camp du non

Pour le camp du non à l’initiative des 12%, qui réunit notamment la gauche, les syndicats et le Conseil d’Etat, la baisse profiterait surtout aux contribuables les plus aisés. Leur raisonnement est simple: plus une personne paie d’impôts, plus elle économiserait avec une réduction de 12%. Les opposants estiment donc que le gain resterait modeste pour les revenus moyens ou faibles, mais pourrait être important pour les hauts revenus et les grandes fortunes. A leurs yeux, l’initiative creuserait ainsi les inégalités.

Le véritable enjeu se situe surtout, selon eux, du côté des finances publiques. L’initiative priverait le canton d’environ 272 millions de francs de recettes par an, alors que sa situation budgétaire est déjà sous tension. Un manque à gagner qui devrait, craignent-ils, être compensé par des économies, des hausses de tarifs ou un transfert de charges vers les communes.

Les opposants redoutent ainsi des coupes dans de nombreuses prestations: santé, EMS, soins à domicile, école, formation, aides sociales, culture, sport, agriculture ou transition climatique. Ils craignent notamment une remise en cause du plafonnement des primes maladie à 10% du revenu, ainsi qu’un affaiblissement des PC familles, de la rente-pont ou des aides à l’insertion.

La baisse d’impôts pourrait dès lors, selon eux, se révéler coûteuse pour les ménages par d’autres biais. Frais de garde, transports publics ou formation pourraient augmenter, tandis que certaines prestations de santé deviendraient moins accessibles. Les communes pourraient aussi être contraintes d’augmenter leurs impôts pour compenser un désengagement du canton.

Pour le camp du non, le calcul doit donc dépasser la seule facture fiscale: les francs économisés risqueraient d’être repris ailleurs, sous forme de prestations réduites ou de tarifs plus élevés. Préserver le pouvoir d’achat passerait ainsi davantage, à leurs yeux, par le maintien des services publics et des aides que par une baisse générale des impôts.

Pour le camp du non à l’initiative des 12%, qui réunit notamment la gauche, les syndicats et le Conseil d’Etat, la baisse profiterait surtout aux contribuables les plus aisés. Leur raisonnement est simple: plus une personne paie d’impôts, plus elle économiserait avec une réduction de 12%. Les opposants estiment donc que le gain resterait modeste pour les revenus moyens ou faibles, mais pourrait être important pour les hauts revenus et les grandes fortunes. A leurs yeux, l’initiative creuserait ainsi les inégalités.

Le véritable enjeu se situe surtout, selon eux, du côté des finances publiques. L’initiative priverait le canton d’environ 272 millions de francs de recettes par an, alors que sa situation budgétaire est déjà sous tension. Un manque à gagner qui devrait, craignent-ils, être compensé par des économies, des hausses de tarifs ou un transfert de charges vers les communes.

Les opposants redoutent ainsi des coupes dans de nombreuses prestations: santé, EMS, soins à domicile, école, formation, aides sociales, culture, sport, agriculture ou transition climatique. Ils craignent notamment une remise en cause du plafonnement des primes maladie à 10% du revenu, ainsi qu’un affaiblissement des PC familles, de la rente-pont ou des aides à l’insertion.

La baisse d’impôts pourrait dès lors, selon eux, se révéler coûteuse pour les ménages par d’autres biais. Frais de garde, transports publics ou formation pourraient augmenter, tandis que certaines prestations de santé deviendraient moins accessibles. Les communes pourraient aussi être contraintes d’augmenter leurs impôts pour compenser un désengagement du canton.

Pour le camp du non, le calcul doit donc dépasser la seule facture fiscale: les francs économisés risqueraient d’être repris ailleurs, sous forme de prestations réduites ou de tarifs plus élevés. Préserver le pouvoir d’achat passerait ainsi davantage, à leurs yeux, par le maintien des services publics et des aides que par une baisse générale des impôts.

Indépendamment de l’initiative, le canton a déjà adopté plusieurs mesures d’allègement fiscal qui déploieront pleinement leurs effets en 2027.
Un article de «L'illustré» n°35

Cet article a été publié initialement dans le n°35 de «L'illustré», paru en kiosque le 27 août 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°35 de «L'illustré», paru en kiosque le 27 août 2026.

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